A quelques jours de la fête des mères, nous avons une pensée pour celles qui doivent justement annoncer à leurs parents leur départ prochain. Soit tout se passe dans la joie, et c’est le bonheur, mais pour certaines quelques grains de sable viennent gripper une machine qui pourtant semblait si bien huilée : la famille.

Quand à l’annonce du grand départ ça coince, ça grince...
Pendant des semaines et des mois on avait gardé l’info pour nous baladant le doigt sur la mappemonde en se demandant si les bruits de couloir se confirmeraient ou non pour un départ prochain sous d’autres latitudes. Ce n’est pas le goût du mystère qui avait cousu notre bouche, non, mais comme un vague sentiment que cette annonce ne serait pas reçue par nos proches par des glapissements de joie... Prémonition....
A la table dominicale on avait bien entendu des réflexions du genre « Ah cette pauvre Arlette qui ne voit plus ses petits enfants depuis qu’ils sont à N.Y » ou encore « Dire que Joséphine s’est saignée à blanc pour offrir les études de médecine de sa fille et qu’elle a rien trouvé de mieux que de convoler avec son japonais de mari, pays où elle ne peut même pas exercer ! ».
On déglutissait avec peine notre gigot purée en se disant que ça n’allait pas être coton d’avouer que nous aussi nous allions grossir la cohorte des expatriés... Et puis un vendredi soir c’est officiel, la feuille de route et le contrat sortent tout frais du bureau du DRH, plus moyen de reculer. Dimanche entre la poire et le fromage, à moins que ce ne soit entre les peanuts et le kir on va se jeter dans le grand bain familial pour leur annoncer la nouvelle et l’adrénaline nous irradie des orteils aux oreilles.
« Je suis très proche de ma famille et j’avais du mal à l’annoncer » Sonia 41 ans.
Dans une famille Ricoré
« On a une grande nouvelle à vous annoncer ! »
A leur mine réjouie à l’idée de savoir qu’ils vont bercer dans leur bras un troisième sous-produit, on se dit que l’angle d’attaque est perfectible.
« Heu ! ce n’est pas ce que vous croyez » avance-t-on timidement avec une impression d’ovaires qui se rétractent à moins que ce ne soit une boule d’angoisse qui se noue, là précisément, entre le plexus et l’estomac, « non c’est qu’il y a de fortes chances qu’à la rentrée prochaine nous déménagions ».
Déjà se lit au mieux l’incompréhension, voire la consternation sur le visage de notre chère famille. C’est là que notre moitié, qui jusque là s’était tenu coi, l’air pas concerné du tout, nous laissant aller seule au front, juge opportun d’ajouter :
« Pourquoi tu dis de très fortes chances puisque c’est signé, nous partons au Bénin/Inde/Colombie.... »
Trahison masculine oblige on fait passer notre cacahuète coincée dans la glotte par une grande rasade d’alcool fort et on repart vaillamment sur la ligne de tir. On constate immédiatement que l’ambiance familiale est plombée par cette annonce et qu’une fête Amish passerait pour une joyeuse déconnade à côté de notre réunion familiale.
Après un silence pesant, le patriarche lance d’un ton qui évoque plus le grondement du tonnerre, un glacial :
« J’espère que vous savez ce que vous faîtes, et que cette aventure ne tournera pas en eau de boudin » _ Charming !
On avance les arguments mille fois repensés dans la voiture en arguant du fait que c’est une chance incroyable pour notre tendre moitié, une opportunité qui ne peut se refuser au risque d’être déstocker par le DRH, que ça leur fera un but de voyage, que...
C’est le moment que notre mère choisit pour le dégel des grands sentiments. « Et mes petits enfants, autant dire que c’est comme si je n’en avais plus, je ne vais plus les voir ». on évite là de lui rappeler que lors de la scarlatine de Lucille il y a quinze jours, elle avait répondu à mon appel de détresse que c’était vraiment dommage mais elle ne pouvait annuler son café avec une amie qui a tant de problèmes et qu’elle a promis d’aider.
Quand à notre petit frère il tonitrue péremptoire « ouais ! Génial mais pas de bol j’ai vu en cours que c’était pile poil le pays où il y avait des inondations/malaria/enlèvements/tremblement de terre, ça vous fait pas flipper, vous ? ». T’as raison Jojo d’en rajouter, pense-t-on très fort, remets-en une couche veux-tu ?
Mais on répond, en se souvenant de notre dernière formation sur l’embellissement de la communication, d’un ton calme et posé : « L’entreprise n’envoie pas une famille si elle sait qu’il y a des risques majeurs, d’ailleurs sur le site du ministère, qui ne brille pas par son optimisme soit dit en passant, ils ne disent rien de ce que tu avances. » En fait le site on l’a vite fermé parce que sinon on ne bougerait pas de Bécon les Bruyères et puis énoncer tout haut cette affirmation c’est aussi une façon de nous rassurer.
Pour enfoncer le clou notre grand-mère chérie commence à se moucher dans le torchon en reniflant bruyamment et conclut par « Moi qui rêve de grandes tablées avec toute la famille, je vais finir toute seule avec Jean Pierre Pernault comme seule compagnie » Un baiser plus tard sur cette chère tête blanche...
...Et c’est là que notre héros tacle tout le monde par un « Bon tout ça c’est pathos et pataquès, de toute les manières nous n’avons pas le choix, en plus il y a bien un moment où il faut couper le cordon ombilical ! ».
Lui il a pas fait la formation "communication", dommage car ça fait un bail qu’on savait qu’il n’avait pas plus de psychologie qu’un petit pois mais là, alors qu’on avait pris force précautions pour éviter le clash, on l’énucléerait volontiers avec délectation. En même temps on ne peut s’empêcher de penser que la fonte des glaciers c’est rien que du pipi de chat à côté du déluge de culpabilité qui nous inonde. Jusqu’à présent tous les déjeuners en famille ressemblaient à une béatitude amniotique et tout d’un coup on se rend compte que tous ces reproches à peine voilés ne sont que la traduction de leurs angoisses.
Autre cas de figure
Depuis longtemps planait cette éventualité maintes fois repoussée de partir. Nous avions toujours opposé que les parents étant âgés, nous nous sentions redevable de leur vieillesse confortable et rassurante avec nous à leurs côtés. Puis vient le moment où ce départ est inéluctable. Les parents entre temps ont vieilli et on fait un travelling arrière avec le regret de ne pas avoir accepté plus tôt.
Quand on leur annonce le départ, on les sent se tasser sur leur siège et ce n’est pas que le poids de l’âge. Ils ne disent rien et c’est encore pire. Il se sentent comme trahis par la vie qui va trop vite et nous impuissante à ne pas retenir le temps. Eux qui se déplacent avec difficulté de la table au fauteuil ne peuvent imprimer qu’on parte si loin et si longtemps.
Et comme disait le père de Valérie alors qu’elle lui disait qu’elle partait au Maroc rejoindre l’homme de sa vie :
« Je suis content pour toi, mais tu verras arrive un moment où ce n’est plus le temps qui passe mais le temps qui reste à vivre et sans les siens »
Enôôôrme culpabilité à gérer. « Il y avait dans son regard autant de tristesse que d’angoisse sans savoir si elle me concernait moi ou lui. Tous les deux veufs, je savais pourtant qu’il n’avait d’autre désir que de me voir à nouveau heureuse . Jamais je n’ai vu autant d’amour, de tristesse et de solitude dans un regard. » Valérie.
Viennent ensuite les éventuels frères et sœurs qui alourdissent la barque en vous faisant remarquer que c’est à eux maintenant qu’incombe la « charge » de leurs parents.
« J’avais l’impression de me décharger de ma mère de 98 ans sur ma sœur qui en avait 71 » Françoise 51ans.
Pour Christine qui avait passé avec succès l’examen du départ dans sa propre famille qui est constituée d’une direction bicéphale et de deux frères, l’annonce à la mère de son compagnon a été plutôt houleuse pour ne pas dire tempétueuse. Son jusque là cher et tendre avait annoncé que peut être un jour, enfin on n’en sait rien mais il se pourrait que...
A sa mère qui ne voulait pas croire à un éventuel départ, il l’a chargée, elle, Christine de le lui annoncer puisque entre femmes c’est plus facile (dixit son cher et tendre qui commençait à le devenir un peu moins !). La réaction a été d’une violence déconcertante :
« Elle m’accusait de lui ravir son fils chéri en bonne mère méditerranéenne, que c’était forcément une idée à moi de l’embarquer dans cette aventure, que c’était pour qu’il m’épouse, j’ai essayé de garder mon calme en lui disant que je n’étais pas ravie de quitter mon boulot, que moi aussi j’avais la trouille mais dans la cuisine je n’ai pas pu m’empêcher de lui dire que ça faisait 5 ans qu’elle me gonflait et que pour finir oui c’était peut-être la meilleure solution que de se barrer à l’autre bout du monde. Grosse fâcherie avec sa mère et avec mon compagnon par voie de conséquence. »
Chris, 29ans.
Pour les grands parents et petits enfants.
La problématique est souvent la même que quand on quitte des parents âgés si ce n’est qu’un lien privilégié se tisse souvent entre grands-parents et petits enfants. « Quitter ma grand-mère c’est ce qu’il y a de plus dur, mes parents sont jeunes, ils viendront mais ma grand-mère et confidente c’est un lien qui se dénoue. » Mélody 30 ans.
Et inversement quand ce sont les grands-parents qui partent, ils ont l’impression qu’une partie de l’enfance des petits de leurs petits va leur échapper. Pour être honnête c’est plus le son de cloche des grands-mères que des grands- pères. « J’avais comme l’impression de les abandonner les grands comme les petits, ça faisait rire mon mari qui se voyait toujours en fringant jeune homme alors que j’adore mon rôle de grand-mère. J’y ai beaucoup réfléchi et je crois que c’est ça la différence entre les hommes et les femmes, ça remet plein de choses en question. » Roseline. 55 ans.
Les enfants vis-à-vis de leurs parents
Quand les enfants sont grands, installés ou étudiants l’annonce du départ de leurs parents est aussi une transition pas toujours facile à négocier surtout quand les parents ne les ont pas habitués à l’expatriation.
« Ils nous prennent pour des fous, ils sont très sceptiques sur notre projet et même si on leur dit que le monde évolue et que ce sera sans doute l’ordinaire de la vie, ils ne comprennent pas, du coup je suis entre deux chaises, je tais mes angoisses et je suis obligée de dire que tout va bien » Hélène.
Mais comment s’y prendre ?
D’abord tout ne se passe pas mal. Dans beaucoup de familles surtout ceux qui ont voyagé, on comprend, on accepte et on se réjouit, même si on a de la peine.
Mais si vous sentez qu’annoncer votre départ à la famille va provoquer des réactions que vous aurez du mal à « encaisser », prenez d’abord un peu de recul.
Commencer par en parler avec votre conjoint, lui dire que votre famille risque d’avoir quelques réticences et que cela vous préoccupe. Choisissez avec lui le moment où vous allez passer à l’acte et comment vous allez présenter les choses. Bref le travail d’équipe commence !
Le bon moment trouvé, allez droit au but « Mon héros a eu une opportunité de job à Delhi, NY, Tokyo, etc. et nous avons décidé ensemble de répondre favorablement à cette offre. Nous allons donc nous expatrier. »
Parlez de vos joies et de votre enthousiasme, mais n’hésitez pas non plus à dire que ce n’est pas facile pour vous, il vous faut laisser un job, des amis, et aussi les laisser eux et que cela vous coûte.
Laissez les aussi vous parler, et essayer de décoder leurs angoisses à travers leurs critiques, et de rebondir sur ce qui les peine réellement.
Ayez déjà des informations sur le pays à l’aide de guides et de photos, et intégrez rapidement les membres de la famille au projet dans cette aventure.
Dites-leur comment maintenant les moyens de communication réduisent les distances : Courrier électronique, fax pour les plus âges, webcam, MSN, téléphonie par ordinateur (http://www.skype.com) ou très peu cher (http://www.telerabais.com) démystifiez tout ce qui peut créer du stress.
Les assurer que dans votre nouveau foyer vous aurez de quoi les recevoir, et que ce sera pour eux aussi une bonne occasion de voyager et même que nous aurons probablement plus de temps à leur consacrer que si on habitait à 500 km de chez eux.
Bien leur dire qu’en cas de coup dur de leur côté un avion est vite attrapé, qu’on n’hésitera pas une seconde à venir si besoin est.
Enfin leur expliquer avec tout le tact et la diplomatie qui vous caractérise que c’est votre décision et votre vie, que pour chacune des parties elle implique des difficultés, que vous entendez leurs arguments mais que c’est votre vie d’adulte et celle de votre propre famille que vous construisez.
Et la famille en expatriation ? Vous verrez que souvent ce sont vos amis qui remplaceront la famille : vous célébrerez des fêtes ensemble (Noël, Pâques), des moments familiaux (baptêmes, communions) et vous trouverez parmi les expatriées, une amie qui sera pour un moment votre mère, votre soeur, votre cousine.
N’oubliez pas les moments importants dans leur vie : des dates anniversaires, leurs anniversaires, et leurs fêtes... et pour conclure ne manquez pas la prochaine ... 25 Mai 2008 : La fête des mères !
Pour celles qui sont déjà parties, n’oubliez donc pas vos Mamans restées en France... Et avec Internet, c’est maintenant si facile, vous cliquez, vous payez, et c’est livré !
Quelques idées de cadeaux :
Des fleurs cela fait toujours plaisir et c’est sur
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Un massage, une cure beauté, un séjour en mongolfière, si vous voulez la jouer un peu original, beaucoup d’idées sur le site :
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Si vous souhaitez réagir à cet article ou apporter votre témoignage, n’hésitez pas, nous pourrons même le publier avec votre accord.
Danièle a réagi et nous la remercions... C’est bien d’avoir l’avis d’une Maman qui a vu ses enfants partir... Voici son témoignage :
"Je m’appelle Danielle et en tant que maman je souhaite réagir à votre article sur « l’annonce aux parents »
Je suis d’accord pour que vous le publiez, mais je doute que vous le ferez, vu son contenu. Toutefois, j’ose espérer qu’il y a quelque part dans le monde (justement hihi) au moins une mère qui pense comme moi. IL est vrai que les pères ont une autre approche, les pauvres au cas où cela ne se passe pas comme ils l’ont imaginé, ce sera encore pour nous de les ramasser à la petite cuiller.
Savoir que ce sont les amis qui vont nous remplacer pour les fêtes dites « familiales » justement CHOUETTE !
Dur pour eux ? Certes mais ils l’ont choisi !
Savoir qu’ils reviendront en cas de coup dur. Youpi, en cas de mort ou de maladie grave on va les revoir. Car il ne faut pas rêver, malgré toutes les promesses faîtes avant le départ, il y a toujours une bonne raison pour ne pas revenir.
Les sœurs ou frères restant au pays ne remplacent pas l’absent, les enfants ne sont pas permutables.
Msn, web cam, cela remplace-t-il vraiment un bisous sur la joue ou un bras sur les épaules ?
Non nous n’avons pas peur des risques encourus dans les pays lointains. Nous ne sommes pas idiots et nous nous souvenons que nous aussi nous avons plongé dans la vie (très jeunes souvent) et sommes encore là, il y a longtemps que nous leur faisons confiance, depuis la première fois où ils sont sortis de la maison seuls.
Ce qui pose problème ce sont les SENTIMENTS ! Comment se réjouir de ne plus voir ceux que l’on aime.
Je n’ai rien dit lorsque que ma fille, mon beau-fils et mon petit-fils sont partis mais je pense avoir eu tort. Quel est ce monde où l’on ne DOIT plus dire tout haut les sentiments que l’on ressent ?
Ce qui pose problème c’est que du jour au lendemain, l’on se sent dépossédé, l’on est plus mère, ni belle-mère, ni grand-mère et... quand il reste effectivement du temps à vivre seulement, il nous faut longtemps pour se faire à l’idée qu’en plus, ce sera sans les siens !
Car... beaucoup ne reviennent jamais. Evidemment changer de décors, d’amis, sans contrainte, est très tentant ! Et alors nous sommes plus tristes encore pour eux, ne se fabriquent-il pas des regrets à venir ?
Existe-t-il un site pour parents d’expat ?."