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JE SUIS PEINTRE A SINGAPOUR

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Abandonner un métier quand on part en expatriation ? Non, Nathalie nous parle plutôt d’une heureuse reconversion.

 

Pouvez-vous vous présenter, Nathalie ?

Je m’appelle Nathalie, j’ai la quarantaine allègre, je suis une artiste peintre largement autodidacte et je vis à Singapour depuis presque 10 ans. Ma vie n’a pas toujours été celle-ci.
Je suis originaire de la région de Cognac, dans le sud ouest de la France. Mes parents y possèdent une propriété viticole. Mon père est bouilleur de cru, il produit du cognac qu’il fait vieillir avec amour dans son chai. Après un bac scientifique, je poursuis des études techniques (maths, mesures physiques, dessin industriel...), puis marketing et j’entre naturellement dans l’industrie. D’abord dans une entreprise de fabrication de robinet, puis dans une entreprise de distribution de pièces de quincaillerie.

 

 

Je travaille à temps complet, quand un jour de 2002, mon mari me propose de partir à Singapour où un poste l’attend. Lui, fils d’expatriés a orienté ses études sur le commerce international et a toujours rêvé de travailler à l’étranger.

 

Quelle a été votre réaction à l’idée d’aller habiter sous d’autres latitudes ?

J’accepte. Oh bien sûr, je me pose alors un tas de questions, je vais tout quitter : ma famille, mes amis, mon boulot, ma maison, mes repères... Ce n’est pas sans appréhension, mais après tout, c’est une expérience à vivre. Je ne veux pas me retourner un jour sur notre vie et avoir des regrets. Nous vendons donc notre maison en Normandie -ni lui, ni moi ne sommes de cette région-. Je pose un congé sabbatique d’un an auprès de l’entreprise qui m’emploie -juste au cas où je ne m’adapterai pas à l’expatriation- et nous partons avec notre fils et quelques malles nous installer en Asie.

 

Avez-vous envisagé de travailler à Singapour dans votre branche ?

Arrivée à Singapour, je ne cherche pas tout de suite un nouvel emploi, nous ne savons pas combien de temps nous resterons. Notre fils a 4 ans et lui aussi a perdu bien des repères. Il refuse la langue anglaise parlée ici et entend que les Singapouriens apprennent le français. Après quelques temps, tout finit par rentrer dans l’ordre, non sans l’aide providentielle de la télévision anglophone qui diffuse des dessins animés très appréciés ! Mon mari travaille déjà en anglais depuis longtemps, il n’a donc aucune barrière de langue. Quand à moi, j’avoue que mon anglais est bien rouillé. Je ne l’ai plus pratiqué depuis les bancs de l’école et puis il s’agit d’un anglais technique, finalement peu approprié à la vie quotidienne. Un petit stage de langue au British Council de Singapour me remet dans la bonne mesure, mais cependant c’est un peu léger pour travailler en anglais.

 

Ce tournant dans votre vie a-t-il été le facteur déclenchant à vos aspirations, une nouvelle vie une opportunité pour faire complètement autre chose... ?

Je ne suis pas très à l’aise avec ma nouvelle situation de femme d’expatrié. J’ai sans arrêt l’impression d’être parfaitement inutile. Je ne participe plus à l’apport à notre budget commun et en plus je me sens coupable de dépenser. Il ne m’est encore jamais arrivé de dépendre financièrement de quelqu’un et je ne le vis pas bien. Mon adorable mari lisant en moi comme dans un livre ouvert me rassure, et surtout il me propose de faire un break dans ma vie professionnelle et me lancer dans des activités que je n’ai pas eu le temps de faire jusque là. J’ai toujours eu envie de peindre. J’ai même pensé un moment faire les beaux arts, mais mon niveau en maths et en sciences ont poussé mes parents à m’encourager à continuer ce domaine.

 

Comment avez-vous abordé ce changement ?, Par quel biais, une rencontre ?

Donc, dès mon arrivée en septembre 2002, je me rends à l’Association Française de Singapour qui propose des activités. Entre autre, il y a un atelier de peinture. J’y vais les mains dans les poches, sans pinceaux, sans peinture ni toile. Je sonne et l’animatrice, Christine Bedel, une ancienne des Beaux arts, m’ouvre alors la porte d’un autre monde.
Une révélation.
Je me jette à la peinture comme on se jette à l’eau. C’est l’émerveillement total. Je taraude ma nouvelle prof pour lui soutirer le maximum d’informations techniques. Tout m’intéresse, tout m’attire : l’acrylique, le collage, le mixed media (techniques mixtes)...Je me cherchais, la peinture m’a trouvée ; poser la couleur me semble évident.

 

De l’origine de vos créations :

De la phase d’observation à celle de la création quelle a été votre démarche artistique ?

« Peindre n’est-ce pas presser la couleur pour en extraire la lumière ? » me dit un jour Bérangère Prévost, une plume de l’Association Française.
C’est vrai, la lumière et la couleur de cette ville équatoriale m’ont sauté au visage. Je me mets à sillonner la ville à pied, appareil photo en bandoulière, cherchant au petit matin la lumière rasante et les effets d’ombre. J’y trouve des portes de temple rouge éclairé par le soleil matinal, avec des ombres projetées, des silhouettes de lanternes. Cela me fascine et m’inspirera beaucoup par la suite. J’aime aussi les visages asiatiques. Je trouve belles ces femmes aux yeux bridés et aux pommettes hautes.

 

Comment la culture locale imprègne-t-elle votre imaginaire ?

Début 2003, je me lance dans la peinture à l’huile, sans pour autant arrêter l’acrylique. Ma première huile est un profil d’une jeune fille thaïe en clair obscur. J’éprouve une fascination pour cette lumière qui surgit de l’obscurité. Ensuite, je travaille beaucoup les portraits en clair obscur, à la poursuite de cette sensation de la lumière qui surgit de l’ombre, de cette ligne de démarcation entre l’obscur et le clair, comme un sillon dans le néant. J’entame aussi des recherches dans tous les domaines. Je fais des essais de fond, de forme. Je suis influencée par les silhouettes longues et blanches des jeunes filles des peintres vietnamiens. Puis je m’en écarte. Progressivement, je m’éloigne de la copie pour construire. La photo est devenue prétexte à interprétation.
Les portraits en clair obscur, les portes rouges et le mixed media (particulièrement les mélanges photo et peinture) vont être mes fils conducteurs.
Et puis, il y a cette exposition faite avec les élèves de l’atelier de peinture de Christine Bedel et ces personnes qui souhaitent acheter un de mes portraits...Je pense que ce sont ces acheteurs qui m’ont définitivement convaincue que la peinture est ma voie. Sans même y penser, ils vont m’apporter quelque chose de très important : une reconnaissance. J’ai de nouveau ma place dans ce monde et ce en dehors d’un job en entreprise. La même année, je vends 2 autres toiles. La machine est lancée.

 

Comment vous êtes vous « formée » à ce nouveau métier ?

En juin 2004, l’atelier de peinture de Christine Bedel ferme ses portes. Elle rentre en France.
Moi qui n’ai pratiquement aucune culture en peinture -je ne connais en tout et pour tout que quelques impressionnistes et Léonard de Vinci- je vais poursuivre seule ma formation en me plongeant à cœur ouvert dans l’histoire de l’art et par le travail acharné de ma technique.
En Mars 2005, face à la demande, je crée une structure de business en conformité avec le droit singapourien et ouvre les portes d’un atelier d’initiation à la peinture qui reçoit une dizaine d’élèves par semaine.
Le but de mon atelier est de guider les débutants dans leurs premiers pas de peintre. Je me rends compte rapidement que j’adore ces moments de partage.
Concernant mon propre travail pictural, je suis profondément séduite par la lumière qui se reflète sur les portes rouges des temples, créant des jeux d’ombre et de matières. Ce sont des impressions que je veux partager. J’entame sur ce sujet une série de porte à la peinture à l’huile, dans lesquelles j’intègre des pièces anciennes, des ferrures de meuble que je chine dans Singapour lors de mes promenades.
Mon travail sur les portes va commencer à attirer les regards.

 

En 2006 vous connaissez un nouvel épisode dans votre vie d’expatriée, comment la gérez-vous ?

Soudainement en mars 2006, suite à un changement de politique dans la société de mon mari, nous sommes priés de rentrer en France, en Normandie. C’est l’horreur. Je dois trouver précipitamment un autre atelier pour mes élèves. Fermer ma structure Singapourienne. Inscrire mon fils en plein milieu de l’année scolaire dans un établissement en France et gérer un nouveau déménagement.

 

Le retour en France soulève un certain nombre de questions :

Que dois-je faire ?
- Retrouver un emploi dans le domaine que j’ai quitté 4 ans plus tôt ?
- Recréer une structure afin de pouvoir exercer mon nouveau métier de peintre ? Cela va-il fonctionner ?
Je fais tout en même temps, sur le même front, je commence une recherche d’emploi et j’ouvre une structure me permettant de pouvoir exposer mes toiles en France. Je me joins également à une association de peintres et j’expose avec eux. La suite prouve que je ne retrouverai pas d’emploi en entreprise, mais que mes toiles rouges d’inspiration asiatique fraichement débarquées en Normandie -au milieu des marines- séduisent les gens.
Mais l’Asie me manque, et je ne suis pas la seule. A la maison, tout le monde rêve de repartir. On décide alors de se donner les moyens de nos désirs.

 

En 2007, retour en Asie et là c’est une nouvelle impulsion dans vos créations, non ?

Un an plus tard, en septembre 2007, nous nous installons de nouveau à Singapour. Je ferme la structure française et recrée la structure Singapourienne.
J’ouvre un nouvel atelier de peinture chez moi et commence à recevoir des élèves. Les ateliers que j’anime visent à encourager l’expression personnelle, la créativité. Le but n’est pas tant d’apprendre à faire une belle peinture -même si le beau résultat ne gâte rien au plaisir- mais surtout apprendre à se connaître soit même et découvrir ses propres possibilités. C’est en ce sens que je guide mes élèves. Ces échanges me nourrissent, autant que l’Asie que je retrouve avec bonheur. Ma peinture aussi trouve un nouvel élan avec mon retour à la lumière équatoriale.

 

Et puis en 2008, Encore un pas de plus avec une exposition ? Est-ce si facile ?

2008 est une moisson d’or, de nouvelles ferrures, des rouges plus nuancés, des peintures multicolores d’inspiration Peranakan. J’introduis des mélanges Japon-Chine, en utilisant des résines comme glacis pour produire un aspect laqué extrêmement brillant et profond « à la chinoise », mais en gardant des lignes équilibrées « à la japonaise ».

Enfin je suis prête et je souhaite réaliser une exposition. Je me renseigne un peu au niveau des institutions françaises à l’étranger...Je ne recevrais pas d’aide. C’est dommage.
Je conçois seule mon site web, il me servira de vitrine afin de montrer aux gens les divers aspects de mon travail. _ J’organise également seule mon exposition, pas question de renoncer : recherche d’une galerie à louer, création et impression des invitations, mailing, organisation du vernissage, transport et accrochage des tableaux...
En juin, tout est prêt et j’ouvre les portes de ma première exposition en solo à la galerie Art-n-i Gallery à Singapour. J’invite la communauté française, sans oublier Mr l’Ambassadeur et son attaché culturel, à découvrir mes œuvres. C’est un succès, les gens sont au rendez-vous (sauf les représentants des institutions françaises) et ils apprécient. Depuis j’essaie d’organiser une exposition par an. Mais ce n’est pas toujours simple, car entre les ateliers que j’anime et mon travail personnel, il reste souvent peu de temps.

 

Depuis que vous avez pris les pinceaux, comment vos créations évoluent -elles ?

2009 - 2010 - 2011
Mon travail s’oriente sur le temps qui passe à Singapour ou ailleurs. Je vois tant de choses disparaître et apparaître. La ville est en éternel mouvement, métamorphose. C’est la même chose pour les gens, ils disparaissent, meurent, s’éloignent ou changent... Je suis un témoin du temps qui passe, des choses qui sont arrivées.

Dans cette même logique, je fais revivre les belles asiatiques -jeunes mariées ou icônes de la mode des années 30- en les mêlant à la modernité. Je veux faire ressurgir les racines, rendre hommage à ces femmes devenues un jour des vieilles dames, les mettre en valeur quand elles étaient de jeunes épouses, magnifiquement parées. J’ai envie de les faire revivre de façon gaie, dans la lumière et les couleurs d’une éternelle jeunesse.

Aujourd’hui je reste une touche à tout. Je suis en recherche perpétuelle. Pour moi, la peinture c’est avant tout un regard sur les choses. L’artiste est un prisme, il agit sur le monde en le décomposant en image afin de révéler, d’émouvoir. Images enregistrées comme la photo, images fabriquées comme la peinture, le mélange photo/peinture, objet même, tous ces médias s’imposent d’eux même pour communiquer l’émotion. Je n’offre rien de plus que mon regard sur l’Asie.

 

Avec le recul et l’expérience, pour faire émerger votre volonté de faire de votre peinture une activité à temps plein, comment qualifieriez-vous le passage de votre vie « d’avant » à l’actuelle. Quelles sont les qualités requises pour changer complètement d’orientation ?

Ma vocation est inattendue et relève de l’anecdote : une expatriation.
Mais pour faire de la peinture une activité à plein temps, il a fallu plus que cela.
Je n’étais pas peintre, je le suis devenue. Je n’étais ni précoce, ni prodige, mon art est né de mon enthousiasme pour la couleur, et sans doute de quelques prédispositions, c’est vrai.
Mais c’est la volonté, la ténacité et une rigueur de travail qui m’ont permis d’en faire un métier -non pas seulement un hobby-.
Il n’y a pas de destin, il y a ce que nous faisons.

 

Un immense merci à Nathalie Laoue pour le temps qu’elle nous a accordé, et un non moins immense bravo pour ces créations et son travail.

Visitez son site internet : www.nathalie-laoue.com     

Facebook : www.facebook.com/NNel.Painting

 

Interview recueillie par Paquita

 

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