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Europe Italie Ma destination

Vanessa, immergée depuis quinze ans en Italie

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Vanessa1Ma première expatriation en Italie s’est faite à l’occasion d’un stage de fin d’études, près de Cremona, dans le Nord de l’Italie. Je rêvais de cette expérience depuis plusieurs années. J’ai en effet toujours été attirée par ce pays, y ayant passé plusieurs étés en vacances pendant mon enfance, mes parents habitant non loin de la frontière, en Provence.

Forte de mes 10 ans d’étude de l’Italien et d’une grande passion pour les langues étrangères, je pensais n’avoir aucun problème à me faire comprendre des “autochtones”, mais c’était sans compter sur la présence de dialectes régionaux encore parlés couramment, même par les jeunes. Cela a donc été difficile au départ de dialoguer avec les opérateurs de l’usine où je travaillais.

Les premiers jours d’acclimatement ont donc été rudes, arrivée en Italie pendant un mois de mars glacial, et logée dans un couvent de sœurs laïques, qui économisaient sur le chauffage la nuit et qui exhortaient les pensionnaires à aller à la messe tous les dimanches. Mais nous reparlerons de la religion plus tard…

Heureusement, j’y ai par contre été accueillie comme une sœur par de jeunes italiennes du Sud, émigrées au Nord pour motif de travail, qui comme moi étaient à environ 800 km de chez elles. Nous partagions la cuisine, et dès le premier soir j’ai dû jeter ma soupe instantanée, emmenée comme kit de survie, pour gouter la “pasta al sugo”, préparée avec la sauce tomate maison de leur chère “Mamma”, dont elles faisaient la réserve lors de leurs rares retours “au pays”.

Mon logement se trouvait dans une petite ville de province, mais tous les soirs après le diner, même en plein hiver, le centre-ville magiquement s’animait. Le passe-temps favori des Italiens, en particulier des jeunes, est de se promener sur la rue principale, où les commerces ont tous les vitrines illuminées, pour faire des rencontres et déguster une glace artisanale au clair de lune.

Pendant ces 6 mois de stage, j’en ai surtout profité pour améliorer mon accent (rouler les “R” n’est pas facile quand on n’est pas immergé dans le pays) et faire du tourisme dans les alentours pendant les week-ends. Le plus petit village italien a toujours un centre historique avec une place animée et des beautés architecturales insoupçonnées.

A la fin de mon stage, je suis rentrée en France pour soutenir ma thèse et chercher du travail. J’ai eu alors la grande chance après quelques mois de décrocher mon premier boulot…en Italie, dans la région de Pavie !

Ma première surprise a été de découvrir que pour pouvoir signer mon contrat de travail, je devais d’abord m’inscrire sur la liste locale des chômeurs…dont on m’a rayée un quart d’heure plus tard.

Contrairement à mon précédent statut de stagiaire, dans la filiale italienne d’une grande multinationale française, j’avais cette fois un contrat de travail local Italien, dans une entreprise d’origine américaine. J’ai vite découvert que mon diplôme de Grande Ecole avait été une sorte de carte de visite (les étudiants italiens ne réalisent que très rarement des stages en entreprise), mais que cela n’aurait aucun effet favorable sur mon premier salaire. En effet, le salaire en Italie est très peu lié aux études réalisées. Il résulte principalement des années d’expérience accumulées. D’ailleurs au cours de plusieurs entretiens passés en Italie je m’étais entendue dire qu’à 24 ans j’étais trop jeune pour pouvoir prétendre au poste…

L’avancement dans l’entreprise, n’est ici souvent pas le résultat de vos compétences et de vos résultats effectifs, mais de l’image que vous donnez. Mon premier chef aurait préféré que je sorte du travail à 20h, ayant passé une partie de mon temps à lire le journal, plutôt que de devoir expliquer à ses collègues pourquoi je sortais presque tout le temps à 18h, malgré la reconnaissance de mes qualités de précision et d’efficacité.

En compensation, au travail l’ambiance est beaucoup plus conviviale, moins formelle qu’en France. Au début, je trouvais que cela manquait un peu trop de sérieux, mais on s’habitue vite… Lorsque vous commencez une réunion, il n’est pas rare qu’un des participants raconte la dernière blague à la mode ou ce qu’il a regardé à la TV la veille. On arrive aussi souvent à la réunion sans ordre du jour, et on en repart parfois sans plan d’actions.

Le matin on se salue avec un “ciao”. Il ne viendrait à l’idée de personne de vous serrer la main ! Je pense même qu’ils se sentiraient offensés.

Au travail, j’ai eu la chance de rencontrer mon futur mari, un Italien émigré du Sud, originaire des Pouilles. Cela est d’ailleurs très mal vu par les collègues de travail d’avoir son fiancé ou son mari dans la même entreprise, je pense par jalousie. Seulement un an après notre rencontre, nous sommes partis ensemble pour une mission de 6 mois en Hongrie, avec la même société. Cela a été une expérience de couple enrichissante, mais nous n’avions qu’une voiture, partagions les mêmes horaires de travail et presque le même bureau, et au final être ensemble 24h su 24 était devenu un peu lourd.

En Italie j’ai décidé de mettre au monde nos 2 enfants, qui ont aujourd’hui 3 et 10 ans. L’hospitalisation à la maternité et l’accouchement sont complètement pris en charge par la Sécurité sociale italienne, à l’exclusion de la péridurale pour laquelle une demande spécifique est nécessaire.

Le système sanitaire italien n’a pas bonne réputation (de nombreux Italiens viennent se faire opérer dans le Sud de la France), mais j’ai à chaque fois rencontré, pour la plupart, des personnes humainement formidables et tout s’est bien passé. Le seul point négatif a été le forcing de certaines infirmières pour l’allaitement au sein à 100%. Imposition un peu difficile à accepter lorsque votre nouveau-né pleure toute la nuit parce que vous n’avez pas encore eu la montée de lait, et que vous aimeriez bien vous aussi vous reposer quelques heures…

C’est probablement ancré dans la culture italienne, très catholique.

J’ai par la suite eu confirmation que la religion occupe une part importante dans la société italienne. Elle est d’ailleurs citée dans la Constitution italienne.

Lorsque nous avons acheté notre maison, en construction dans un nouveau quartier de la ville, peu de temps après notre installation, nous avons eu la visite d’un Monsieur qui nous a dit « vous me reconnaissez ? ». Non, ça n’était pas le Mr. Benetton de la publicité. Je l’avais bien déjà vu quelque part, mais où ?… C’était le curé de la paroisse qui venait bénir notre nouvelle maison et notre famille.

La religion catholique est aussi omniprésente dans le système scolaire. Dès la maternelle, les enfants ont droit à la prière du vendredi et reviennent à la maison en vous parlant de Jésus, sans en connaitre la signification.

Dans les écoles et les bureaux publics, il y a toujours un crucifix accroché au mur. A l’école élémentaire, le cursus prévoit 2 heures de religion par semaine. Officiellement, au début de l’année scolaire vous pouvez demander à exempter votre enfant du cours de religion, mais cela ne ferait que le discriminer.


Vanessa2L’autre point négatif de l’école en Italie
, ce sont les horaires. Passée la crèche (souvent privée), si vous travailler à plein temps, il faut prévoir un support extérieur pour pouvoir aller chercher les enfants à l’école l’après-midi. La maternelle finit bien souvent à 16h, et l’élémentaire à 13h. Heureusement, dans notre commune (de 7.000 habitants), un service de “dopo-scuola” (d’étude) est prévu jusqu’à 17h30. Mais comment ferons-nous quand il rentrera au collège ?

Quand mon fils était à la maternelle, il était le seul à ne pas avoir quelqu’un de sa famille qui vienne le chercher à la sortie. Sa maitresse en entretien me l’avait d’ailleurs bien fait remarquer plusieurs fois, me soulignant que cela n’était pas bon pour son équilibre personnel…

Dans le « Bel Paese » la famille est une valeur encore bien présente. Les grands-parents habitent souvent à coté de leurs enfants, si ce n’est dans le même immeuble. Pour la plupart des Françaises, cela serait inconcevable d’habiter dans l’appartement mitoyen de sa belle-mère, et même de ses propres parents.

Dans le milieu professionnel, la femme qui travaille et a des enfants est aussi discriminée. Je peux témoigner qu’au retour de maternité, dans les 2 cas, je me suis retrouvée après quelques mois avec un nouveau chef intercalé entre moi et mon précédent supérieur hiérarchique…On m’a en outre bien fait comprendre que le nombre d’heures de présence est essentiel. Difficile à mettre en pratique lorsque pendant les 3 premières années de votre enfant vous êtes obligée de laisser votre poste de travail d’un minute à l’autre pour aller chercher votre enfant à la crèche, qui ne peut pas le garder dès qu’il a 37,2°C ou quelques boutons rouges sur le ventre, à défaut d’avoir en support des grands-parents, tantes…etc. à proximité.

Voilà, cela fait maintenant 17 ans que je suis établie en Italie. Je regrette un peu le temps où je me sentais dépaysée. Je trouve cela presque de la routine lorsque je vais faire un tour à Venise le dimanche.

J’irais même jusqu’à dire qu’il y a certains jours je ne me sens plus trop Française. Je n’aurais jamais pensé que l’on puisse perdre la maitrise de sa langue maternelle, à cause de son peu de pratique. Pourtant il y a certains jours où je cherche mes mots…

C’est pourquoi, dès leur plus jeune âge, je me suis efforcée de parler Français à mes enfants, leur papa leur parlant Italien. Mon ainé m’a parlé en Français jusqu’au jour où il a pris conscience qu’il était différent de la plupart des autres enfants, en particulier à l’école. Maintenant, il me répond la plupart du temps en Italien, même s’il est parfaitement bilingue. Il n’a par ailleurs aucun mal à s’exprimer exclusivement en Français avec ses grands-parents maternels. Cela fait quand même un drôle d’effet lorsque votre enfant vous dit “toi Maman tu es Française, moi je suis Italien”.

Après mures réflexions, j’ai entrepris récemment les démarches auprès de la préfecture pour obtenir la nationalité italienne (sans perdre la nationalité française). Il suffit d’être mariée depuis plus de 6 mois avec un Italien, et de présenter un extrait de casier judiciaire vierge et un extrait intégral d’acte de naissance. Avoir la nationalité italienne ne m’apporterait que 2 avantages: pouvoir voter aux élections législatives (je peux déjà voter aux municipales et aux européennes) et accéder éventuellement à certains postes de fonctionnaires sur concours (pour faire par exemple le garde-chasse, il faut être Italien).

J’ai toutefois changé d’idée lorsque j’ai découvert que la démarche administrative me couterait 200 euros (!).

Au début je me sentais une étrangère, surtout lorsque la conversation faisait référence à la culture (en particulier dans les domaines : littéraire, de la chanson, de la télévision) qu’un chacun accumule dès l’enfance, et qu’il est difficile de récupérer en peu de temps. De la même façon, un Italien se sentirait étranger si vous lui parliez de Casimir et de l’ ”Ile aux enfants”.

Maintenant, je dois dire que ce qui me fait encore penser de ne pas être encore complètement une Italienne, c’est lorsque je m’aperçois que mon mari et moi avons une conception assez différente de l’éducation à donner aux enfants. Les Italiens sont plus permissifs et se laissent influencer par les sentiments; les Français plutôt cartésiens et attachés au respect des règles.

Somme toute, en Italie il fait bon vivre. Si c’était à refaire, je reprendrais la même décision de partir travailler à l’étranger. Pour les enfants, le problème principal reste la distance des grands-parents. Comment leur expliquer quand c’est la fête des “nonni” qu’ils ne peuvent pas emmener comme les autres enfants leurs grands-parents à l’école pour leur faire voir leurs dessins. Heureusement, la crèche de mon petit dernier est intégrée dans le complexe d’une maison de retraite, et mon fils va parfois faire des travaux pratiques avec ses grands-parents d’adoption (pâtisserie, collages, etc…).

Dans la vie de couple, contrairement à qui décide de s’expatrier volontairement ensemble, et à s’investir ensemble dans une expérience challengeante, dans mon cas je regrette parfois devoir être la seule à devoir m’adapter aux différences de culture, surtout que comme je suis désormais bien intégrée et bilingue, on est beaucoup plus exigeant avec moi car on ne me donne plus les excuses de la petite étrangère à peine débarquée.

J’ai eu une fois l’occasion de rentrer en France. Au retour de mission en Hongrie, la société où mon mari et moi travaillaient nous avait proposé un poste dans le pays de Loire pour tous les 2, mais mon mari qui, étrangeté de la vie, pendant sa scolarité avait toujours haï la langue française, a eu peur de ne pas parvenir à s’adapter.

C’était il y a 15 ans. Au final, c’est mieux comme ça.


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