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Gérer l’absence et la séparation temporaire pour la famille expatriée


Gérer l’absence et la séparation temporaire pour la famille expatriéeGérer l’absence et la séparation temporaire pour la famille expatriée
Lors d'un départ en expatriation ou d'un retour, il n'est pas rare qu'un des parents parte le premier pour commencer son nouveau poste. La famille doit alors gérer l'absence et la séparation temporaire. Adelaïde Russel décrypte pour vous ce moment généralement difficile.
Gérer l’absence et la séparation temporaire en période de transition pour la famille expatriée

La période de fin d’année scolaire signifie pour certaines familles expatriées des changements à venir. Un nouveau déménagement implique une période de transition qui rime souvent avec séparation. Le membre de la famille qui démarre un nouveau travail à l’étranger, ou de retour dans le pays d’origine, part souvent en « éclaireur ».

Il doit non seulement effectuer sa prise de poste, mais aussi commencer seul sur place à organiser l’installation matérielle de la famille. Pendant ce temps l’autre partenaire a pour mission de clôturer l’année avec les enfants, terminer son travail, préparer le déménagement… En dépit des difficultés à surmonter, cette étape transitoire de l’expatriation, bien verbalisée et préparée, a pour intérêt d’introduire chacun aux changements à venir et d’augurer l’évolution identitaire de la famille.

Une alliance salvatrice

C’est à ce moment qu’une alliance du couple et de la famille autour d’un travail d’équipe avec une répartition des taches est indispensable. Chaque membre du couple a des charges à gérer au quotidien, dans un registre différent, qui doivent être reconnues par l’autre. La verbalisation et la valorisation de ce qu’effectue chacun pour le bien-être global de la famille, est un puissant levier d’accomplissement.

Une implication de tous les membres

Les enfants en bénéficient aussi : ils ne doivent pas ignorer tous les efforts que demandent aux parents cette séparation temporaire et ses contraintes. Ils doivent bien avoir en tête que le but ultime est le confort futur de la famille. Chaque membre de la tribu peut être impliqué dans la dynamique constructive et participer à l’effort commun lorsqu’il est bien expliqué. Par leur attitude de soutien au parent resté seul avec eux, les enfants peuvent ainsi contribuer à un vécu heureux dans le présent et le quotidien. Malgré toutes les frustrations de cette situation imposée.

Un couple au clair

C’est pour cela qu’il est important que le couple soit au clair dans son engagement. Et qu'il ait réglé auparavant le maximum de vieux comptes et dettes enfouis. Il faut pouvoir partir sur des bases claires et saines dans une optique gagnante. Car le meilleur comme le pire peut se vivre lors des périodes de séparation qui sont des sources de tension. L’absence peut nourrir le ressentiment et aiguiser la rancœur en cas de colère latente. Car elle réactive des vécus de manque et d’abandon. L’absence peut tout autant faire grandir l’amour qui se nourrit de reconnaissance et d’admiration pour tout ce que l’autre réalise en éveillant la thématique du don et de la construction mutuelle. Face aux oscillations naturelles entre ces deux extrêmes, aux partenaires de prendre le temps avant la période de séparation de choisir avec responsabilité la tonalité affective dominante dans laquelle elle se vivra…

Un investissement des liens affectifs

Cette période de séparation contrainte a aussi pour intérêt que la non-présence stimule l’investissement mental. L’absence physique de la personne aimée amène à faire davantage appel aux représentations mentales de l’autre construites en soi, et fait vivre le lien psychique que l’on entretien en soi avec l’autre. Prendre des temps de pause pour penser à lui, lui parler, élaborer des pensées à lui partager plus tard, va par conséquent développer et enrichir sa propre vie intérieure.

Se sentir en sécurité dans sa relation avec l’autre est la grande condition qui permet de vivre le plus sereinement possible son absence au quotidien. Cette sécurité s’acquiert à travers la confiance projetée en l’autre. Mais aussi en s’appuyant sur la partie internalisée de sa présence en soi. C’est exactement le même processus qui a lieu lorsque le tout jeune enfant apprend à se séparer de ses parents. Il ne souffrira plus de leur absence à partir du moment où il aura internalisé leur présence en lui par le biais de représentations et images mentales sur lesquelles il peut s’appuyer pour se rassurer. Et pour que cette étape de son développement psychique se passe au mieux, il faut des personnes congruentes dans leurs comportements (ici le cas du parent qui revient toujours quand il dit qu’il va revenir et ce de façon récurrente)…

Intérêt et limites des relations par Internet

Les moyens de communication modernes doivent être utilisés à bon escient, de façon programmée et ponctuelle, pour se rapprocher malgré la distance et partager des moments. Cependant ce ne sont pas des béquilles affectives qui font croire de façon illusoire que la séparation n’a pas lieu. Il faut poser des limites à la connexion. Il n’est pas possible d’être en communication et reliés tout le temps. Plus le lien internalisé avec le membre de la famille absent est empreint de sécurité moins le besoin d’échanger en permanence se fait ressentir. Des moments ponctuels qui peuvent être investis qualitativement sont dédiés à cela.

Verbaliser

La verbalisation joue un grand rôle auprès des enfants. Il est bon de faire vivre mentalement l’image de l’autre : parler du parent parti en éclaireur, évoquer des détails de sa personnalité et comment il aurait réagit face à telle situation, rappeler tel événement à lui raconter, tout ce bain de parole atténue l’absence. Le manque peut aussi être comblé par des gestes de don de la part des enfants : préparer des dessins, des messages, des photos à l’attention du parent absent est une belle occasion d’apprendre à gérer le vide que laisse l’autre. Dans une famille l’on reçoit beaucoup et l’on peut donner également quelque soit son âge !

Une famille adaptable

Enfin, cette période de séparation contrainte a pour intérêt qu’elle prend fin. Une fois la famille réunie et les retrouvailles savourées, il est bon de prendre un moment pour reparler ensemble de ce qui a été vécu à travers cette période, les possibilités que cette situation a ouvertes et faite émerger. La famille n’est plus comme avant, il y a eu des changements et des rééquilibrations sont à opérer… Et voilà le parfum de transformation qui s’est instillé dans le groupe familial et lui donne l’occasion de s’enrichir. Une famille qui sait qu’elle a les ressources pour faire face avec flexibilité à des conditions de vie différentes se sent plus unie et plus forte.

Toute sorte de situation familiale est possible à vivre, avec sérénité, et peut faire grandir la vie de famille, tant que les liens internalisés sont solides, empreints  d’une confiance mutuelle et fortement investis. Cette période de transition au début d’une expatriation ou impatriation relève de situations plus compliquées à vivre dans le présent (comme la séparation familiale durant la période estivale, les missions en tant que célibataire géographique pour le conjoint salarié) mais qui présentent pour la famille des bénéfices secondaires intéressants à moyen terme à condition que tous jouent le jeu du resserrement des liens malgré la distance !

Adélaïde Russell

ARAdélaïde Russell est psychologue et co-auteur avec Gäelle Goutain des livres "'L'Enfant expatrié" et "Conjoint expatrié". Avec sa famille elle vit en expatriation aux Etats-Unis et a été expatriée dans de nombreux autres pays. Elle reviendra s'installer à Toulouse à la rentrée prochaine.

 

FemmExpat vous conseille également de lire cette autre interview d'Adélaïde Russel 

Rediffusion du 19 juillet 2013


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