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QUAND LE COUPLE VACILLE

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Corinne, psychothérapeute individuel et couple, en expatriation, vous livre les premiers signes qui doivent alerter pour ne pas laisser la place belle aux nuages et autres intempéries de couple.

"Exerçant depuis deux ans la psychothérapie (individuelle, de couple et familiale) en Chine, j’ai acquis une vision assez nette des souffrances que peut causer l’expatriation."

Le premier danger m’apparaît être celui d’une désagrégation progressive du lien de couple, liée à l’éloignement croissant, sur bien plusieurs plans, des deux partenaires.

Pour commencer, il arrive que du jour au lendemain, les époux soient amenés à expérimenter des séparations longues et/ou très fréquentes.

- Monsieur rejoint parfois le pays d’expatriation bien avant sa famille (femme et enfants restant plus longtemps dans le pays d’origine pour des raisons professionnelles, scolaires...), ou alors il doit travailler dans une ville si distante de son nouveau foyer qu’il reste sur place, loin des siens, du lundi matin au vendredi soir, ou encore il est sans cesse en voyage d’affaires (ces hommes-là partent non pas en expatriation, mais pour "un business trip de trois ans" !) et s’absente de plus plusieurs soirs par semaine pour dîner avec les différents acteurs de son univers professionnel...

- Madame quitte elle aussi régulièrement son mari pour passer de longues vacances en France avec les enfants. Reste que même lorsqu’il est en week-end ou en vacances, Monsieur peut demeurer "marié à son travail davantage qu’à sa femme", par la généreuse entremise de son smart phone et/ou ordinateur portable ! Il faut avouer, à sa décharge, que la pression professionnelle qui pèse sur ses épaules est parfois énorme.

L’expatriation est souvent synonyme pour lui d’accroissement majeur de ses responsabilités, de complexification de ses fonctions (contexte multiculturel oblige) et de stress lié à la sensation de ne pas avoir le droit à l’échec, ce qui signifierait la fin de l’aventure dans laquelle il a embarqué tous ses proches et menacerait la sécurité financière associée, qu’il assume souvent (et parfois pour la première fois) seul. Difficile pour le couple, dans ces conditions, de conserver du temps pour nourrir son intimité, avoir des loisirs en commun et échanger autour des expériences, des moments importants vécus par chacun au cours de sa journée (à ne pas confondre avec la communication liée à la logistique de la vie quotidienne !)... L’intensité du partage et de la complicité de couple se réduit alors comme peau de chagrin et ce processus éloigne l’un de l’autre...

Une autre sorte de distance peut également s’installer, insidieusement, entre les époux. Liée cette fois à une différence croissante dans l’estime qu’ils se portent mutuellement. Car si l’expatriation permet souvent à Monsieur d’accéder à un statut gratifiant à plus d’un titre (amélioration des différents éléments de sa rémunération, augmentation de son pouvoir comme de son rayon d’action, enrichissement personnel sur un plan culturel, intellectuel..., reconnaissance de la part de son environnement professionnel exprimée sous différentes formes...), il en va parfois bien différemment pour Madame.

Dans son cas, en effet, trois scénarios catastrophiques peuvent malheureusement se mettre en place. Le pire est sans doute celui où l’épouse, supportant mal sa séparation brutale avec son environnement familial, amical, professionnel et ne s’adaptant pas à sa nouvelle existence, ne crée pas de nouvelles relations, ne se lance pas dans de nouvelles activités, se replie sur elle-même à la maison et sombre dans l’ennui. Inutile de préciser que dans ces situations, la dépression, les souffrances psychosomatiques et l’alcoolisme peuvent entrer dans la bien triste danse.

Dans d’autres cas, Madame se lance avec enthousiasme (au moins au départ) dans les joies et le confort de sa nouvelle existence d’expatriée relativement oisive et remplit son emploi du temps d’activités plaisantes, parfois même intéressantes, mais déconnectées de tout projet personnel mûrement réfléchi. Entre shopping, séances de sport, rendez-vous beauté (le fameux trio coiffeur/esthéticienne/manucure), déjeuners avec les copines, cours de langue et activités culturelles ou manuelles sporadiques, elles ne s’ennuient certes pas, mais, sans toujours s’en rendre compte, laissent leur existence perdre un peu, beaucoup, voire énormément de son sens.

D’autres femmes, encore, parviennent à trouver un job dans leur ville d’adoption, mais malheureusement pas toujours à la hauteur de ce que leurs diplômes et expérience professionnelle antérieure leur permettait d’espérer en France. Chez ces femmes aussi, ennui et déprime peuvent alors pointer leur nez.

Dans ces trois cas de figure (qui excluent les mères de très jeunes enfants, qui trouvent généralement dans le maternage tout le sens dont leur existence a besoin et les femmes ayant un travail en phase avec leurs compétences), il arrive que les hommes ressentent de moins en moins d’admiration et d’envie d’échanger avec une épouse mal dans sa peau ou immergée dans un style de vie nettement plus empreint de consommation et de divertissement que de croissance personnelle.

Au passage, ils perdent de vue que leur compagne, en ayant accepté de s’expatrier et en apportant à toute la famille la stabilité logistique et affective nécessaire à cette grande aventure collective, est de facto co-créatrice de la valeur (ne serait-ce que financière) générée par celle-ci ! Reste que mari et femme peuvent malgré tout avoir de moins en moins de choses intéressantes à se raconter, voir leurs univers s’écarter l’un de l’autre et que Monsieur peut commencer à trouver son épouse moins captivante (donc moins attirante ?) qu’auparavant.

Ces deux formes d’appauvrissement du lien de couple, d’ailleurs souvent associées, tendent malheureusement à s’aggraver au fil du temps. Car lorsqu’un homme se sent mal chez lui, perçoit cet éloignement et que les tensions se multiplient avec son épouse... il tend à fuir son foyer ! Ne sachant pas comment améliorer les choses au plan privé, il investit encore davantage la sphère professionnelle, lui consacrant toujours plus de son énergie et de son temps, acceptant dîners et déplacements professionnels avec de plus en plus d’empressement.

L’épouse, quant à elle, finit parfois par percevoir l’impact négatif de sa situation d’expatriée sur le regard que son mari porte sur elle et le déséquilibre statutaire qui s’installe au sein de son couple. Elle peut aussi culpabiliser de se sentir mal alors qu’elle a objectivement tout ce qu’il faut pour être heureuse ! Et souffre, bien sûr, des conflits avec son mari, qui peuvent se trouver intensifiés par d’autres types de soucis liés à l’expatriation : mauvaise adaptation des enfants à leur nouvelle vie, tensions avec les familles d’origine (qui ressortent souvent à l’occasion de séjours prolongés au domicile des parents et beaux-parents, lors des séjours en France), difficultés professionnelles...

Alors, son estime de soi et sa joie de vivre, en chute libre, renforçant parfois ses symptômes, rendent sa fréquentation de moins en moins agréable. Et le fossé se creuse... Faisant le lit (si je puis dire) de difficultés bien plus graves encore.

Voici le témoignage de "Caroubiers", expatriée en Algérie :
"Concernant le couple expatrié, je voudrais partager mon expérience.
Sans préciser la nationalité de la société, ni la ville où nous sommes, voici ce qui ne facilite pas mon quotidien d’Européenne : L’Algérie est encore un pays à risque élevé. Pour cette raison, et pour d’autres, les épouses européennes n’ont pas accompagné leurs maris. Elles se limitent à quelques brèves visites. Moi, j’ai accepté d’interrompre mon travail, pour aider mon mari (logistique du quotidien, soutien moral), mais aussi par curiosité pour ce nouveau pays (après l’Afrique du Sud, le Kenya, l’Arabie Saoudite).
Dans un contexte arabo-musulman, il n’est pas si facile de communiquer avec les gens. Avoir des rapports spontanés avec des femmes de collègues serait bien agréable. Or les épouses présentes sur place sont toutes des deuxièmes épouses, bien plus jeunes que leurs maris, et toutes musulmanes sauf une.
Si l’homme expatrié trouve souvent une compagne locale, l’épouse expatriée est - dans de nombreuses cultures - coupée du monde des hommes. Privée de compliments, de regards amicaux ou appréciatifs, et peut-être davantage, respectant des contraintes vestimentaires parfois strictes (qui ne l’embellissent pas), elle peut arriver à ne plus se percevoir comme une femme.
Les figues mûrissent et les roses foisonnent, tout va bien."
"Caroubiers".

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Commentaires

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  • Excellent article!
    Je regrette ne pas l’avoir lu avant! Je reconnais les étapes une à une.

    Je dois dire en plus, que l’expérience de l’expatriation, le fait de changer d’environnement, change certains de nos comportements, et révèle aussi quelque chose de nous en tant qu’individus.

    Afin de casser la spirale infernale, je suis rentrée chez moi, seule, me retrouver, me reconnaître, reprendre des forces. Cela m’a aidée à me concevoir à nouveau, comme un individu, et à chercher mon bonheur en expatriation. Et depuis que je m’affirme plus comme personne, indépendamment du fait d’être l’épouse de Monsieur, mon couple a reprit des forces!

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