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Quand bore out et burn out ne font pas bon ménage !

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Bore out vs burn out - couple« On croit que l’on va faire un voyage » disait Nicolas Bouvier « mais bientôt c’est le voyage qui vous fait ou vous défait ».

 

La désillusion

Les premiers mois d’intégration, les expatriés surfent sur la vague de l’excitation et de la nouveauté. Le stress provoqué par le changement leur donne de l’énergie et chacun s’investit à fond dans ses nouvelles responsabilités. Mais une fois la lune de miel passée, la réalité peut se montrer plus âpre et douloureuse que ce qu’ils ont imaginé.

Nombreux sont les expatriés qui font l’expérience d’un malaise et de sentiments confus après cette première phase d’intégration.

 

Changer de lieu, de vie personnelle et professionnelle génère du stress plus ou moins important, les repères sont différents. Devant la nouveauté, et l’inconnu certains se sentent comme de jeunes enfants émerveillés et/ou à la fois perdus et désarmés.

 

Quand je rencontre Sophie pour la première fois en séance elle est proche du bore out et son mari Philippe n’est pas loin de l’épuisement professionnel.

 

Sophie et Philippe ont dit oui à l’expatriation avec beaucoup d’énergie et d’enthousiasme, chacun avec ses rêves et ses fantasmes.

Pour Sophie 35 ans, ce départ sonnait comme une douce libération. Sophie occupait une poste de Directeur de Clientèle dans une agence de publicité à Toulouse. Très investie dans son travail, ses responsabilités la ravissaient mais lui laissaient aussi très peu de plages pour ses 2 enfants, son mari et pour elle même.

Quand son mari Philippe, 42 ans lui a parlé d’une mutation à Washington, elle a d’abord hésité puis a commencé doucement à rêver à un quotidien plus doux en se disant que c’était la chance de leur vie et que ça ne se refusait pas.

Philippe de son côté en poste dans une société de cosmétique était ravi d’accepter cette promotion et la perspective de voyager et de prendre la responsabilité de la Zone Amérique le grisait.

 

Les nouveaux rôles décevants!

Les premiers mois d’intégration demandent beaucoup d’énergie aux nouveaux arrivants.

A l’arrivée le conjoint “suiveur” doit rapidement maitriser la situation pour le bien être et la sécurité matérielle et affective de chacun (aménagement du nid, gestion des détails de la vie quotidienne parfois dans une langue qu’il ne comprend pas, organiser les conduites, les activités, anticiper, agir dans de nombreuses directions, comprendre son nouvel environnement etc)

 

Son rôle est celui de “père/mère courage”. Chacun compte sur lui, il se donne sans compter, sans s’écouter et doit tenir le coup tout en restant positif pour maintenir l’équilibre familial fragile dans les premières semaines d’installation (Les parents étant les seuls repères stables).

 

De plus, tisser un nouveau réseau demande du temps, des efforts, de la régularité et de la disponibilité pour s’ouvrir aux autres. Recréer c’est repartir de zéro avec des doutes sur soi, des joies et des déceptions. Marine expatriée à Hong Kong, me décrivait en séance qu’elle avait “peur d’être ridicule et de ne pas oser aller vers les autres ”. Quant à Paul, 28 ans, il n’avait “pas encore rencontré de gens assez sympa pour les revoir en solo !”

 

Sophie a suivi le même chemin et adopté au départ par plaisir des nouveaux rôles pour s’intégrer, mais elle s’est sentie assez vite décalée et différente.

Au fil des mois, loin de sa famille, de ses amis, de ses collègues et de ses responsabilités professionnelles elle a ressenti sa liberté comme trompeuse et culpabilisante. Le sport, les loisirs, les sorties d’école, les accompagnements, les visites culturelles qui comblent son temps…ne lui conviennent pas !

 

Le bore out

Sophie trouve les mots pour exprimer ce qu’elle ressent mais sans comprendre très bien quand et comment elle a perdu pied « je tourne en rond et je me sens vide, mon calendrier est vide aussi, le temps paraît s’allonger et l’espace se rétrécir ». » Je pleure beaucoup, je ne veux plus me lever, ni sortir de la maison. Je n’ai plus la force »

Sophie ressent un vide immense celui laissé par le deuil de sa vie d’avant. Sa nouvelle page est blanche teintée de solitude et de frustrations. Elle se sent pour la première fois de sa vie dépendante, incompétente et inutile !

 

Comprendre

Pourquoi certains vivent cette expérience plus aisément alors que pour d’autres l’expatriation entraine de véritables tremblements émotionnels ?

A cela plusieurs raisons.

 

L’expatrié, derrière les images véhiculées d’une vie dorée et facile, doit s’accommoder de son histoire personnelle, de ses fragilités, ses idéaux et de ses illusions puis les confronter à cette nouvelle réalité. Ces décalages, ces renoncements et ces ajustements vont entrainer une période de stress plus ou moins déstabilisante à laquelle l’expatrié n’est pas préparé.

 

Sophie a été bercée par une illusion de toute puissance, en pensant saisir la chance de sa vie, mais subit finalement 2 chocs importants sans les avoir imaginés : celui de l’acculturation et celui dû à l’arrêt de son travail même si elle l’avait désiré.

 

Après 6 mois, elle se sent bouleversée, « en morceaux », isolée, découragée, triste et ne comprend pas comment elle est en arrivée là. Terriblement seule dans cette aventure, sans son réseau amical ou familial, elle se sent aussi trahie par son mari Philippe, lui même étant totalement absorbé.

 

 

Du côté du conjoint 

Philippe a peu de temps pour l’écouter. Le conjoint à l’origine du départ porte une double responsabilité celle de la mobilité et celle financière. Il démarre un nouveau job, doit relever de nouveaux défis dans un pays dont il ne maitrise pas toujours la langue, les codes sociaux et managériaux.

 

Condamné à réussir, Philippe se donne à fond dans son travail, accumule les heures d’avion et les décalages horaires. Etouffé par la charge de travail et les informations (mails, réunions etc) il est à 200% connecté sur l’extérieur.

Structuré à outrance dans son planning, décidé à relever ce challenge et à réussir, il ne se rend pas compte qu’il est entrain de se déconnecter de lui même et par là même de sa femme en détresse.

 

Les stresseurs

Le nouvel expatrié derrière l’excitation de l’arrivée et la prise de son nouveau poste doit faire face à de nombreuses sources de stress, plus ou plus importantes. Dans son cas, Philippe cumule de la fatigue, l’impossible charge de travail à accomplir, la peur de ne pas atteindre ses objectifs ambitieux, un patron américain qui le sollicite jour et nuit du lundi au dimanche, une nouvelle zone à appréhender, un nouveau réseau professionnel à se construire, sans compter la pression de son épouse.

Plus les jours passent plus il se sent stressé, plus il se sent vulnérable et ce qui lui paraissait une aventure excitante devient angoissante.

Il se sent seul, son environnement est nouveau et inconnu, sa femme ne peut pas l’aider, ni prendre le relai. Il se sent responsable de la tristesse de Sophie comme il porte seul maintenant la charge financière de la famille et la responsabilité de ce départ.

 

Pris dans une roue infernale qui ne s’arrête plus, l’impuissance le guette, la fatigue et l’anxiété s’installent. Philippe dort de plus en plus mal, il n’arrive plus à déconnecter et n’entrevoit pas de solution immédiate. Il n’a pas de choix, il ne peut plus faire marche arrière mais continue sans vraiment sentir que son corps répond moins bien.

L’épuisement et le burn out ne sont pas loin, Philippe devient en quelques mois une victime d’une vie trop saturée.

 

L’expatriation : une thérapie au cœur des émotions

L’expatriation nous offre de plus en plus de tableaux tragiques comme Sophie et Philippe : des hommes et des femmes en souffrance.

Derrière la belle aventure, et les préjugés, vivre une expatriation peut se révéler être un véritable tourbillon émotionnel destructeur.

 

Certains vont s’ajuster au pays, trouver leurs marques et rebondir rapidement afin d’entamer un processus de changement positif.

D’autres mettront plus de temps pour s’adapter et n’auront pas la force de puiser seuls dans leurs ressources émotionnelles. Ils pourront avoir besoin de l’aide de leur entourage, ou d’un professionnel pour prendre du recul se construire une nouvelle identité en respectant leurs propres limites.

 

Finalement, homme ou femme, l’expatrié doit pour réussir cette aventure se mettre à l’écoute de ses nouveaux besoins et réaliser un voyage inattendu au cœur de la vie et de ses émotions.

 

albaneAlbane Giacon, Psychologue-Psychothérapeute à New York

 

Albane Giacon est expatriée en famille depuis plus de 10 ans (Hong Kong, New Delhi et New York). Psychologue-psychothérapeute française à New York, spécialiste de l’expatriation et du stress, elle possède plus de 20 ans d'expérience professionnelle en accompagnement et relations humaines. Elle écrit et anime régulièrement des ateliers auprès de la communauté francophone.

www.psychologue-expatriés.com

 

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