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Comment, ingénieur, je suis devenue artiste-peintre en expatriation


steph

 Aujourd’hui quand on me demande ce que je fais, j’ai encore une petite hésitation à dire que je suis artiste peintre. Je ne me sens pas légitime.

 
Et pourtant prononcer le terme artiste peintre, même du bout des lèvres, est un grand pas. Il y a quelques mois je disais « je bossais chez Total maintenant je peins », puis « je peins » tout court. Cela déroute toujours mon interlocuteur qui ne comprend qu’après une longue explication.

 
Et pourtant, dans mon esprit, mon projet est très clair.

 

 

C’est un projet qui murit depuis très longtemps sans que ce soit vraiment conscient.

 
J’ai commencé à peindre petite, les mercredis après midi, chez Madame Reineville, à Pontoise. Il faudrait que je demande à maman pourquoi elle m’y avait inscrite, je ne m’en souviens pas très clairement, suffisamment pas pour me dire que l’initiative ne devait pas vraiment venir de chez moi.

 
Mais cela m’a plu, ce silence dans l’atelier, le pinceau qui glisse, les couleurs qui surgissent. Cela plaisait aussi à mon maître puisque j’ai exposé très vite, à 10 ans peut-être, dans la salle communale de ma ville de banlieue. Un homme est venu me demander combien je vendais mon tableau. Cela m’a glacée, jamais au grand jamais je n’avais imaginé que je puisse le vendre, ni m’en détacher, ni le laisser partir. Mon pauvre interlocuteur a dû être surpris, quant à moi, je n’ai jamais plus voulu exposer…

 
Et la vie a continué, j’ai bien étudié, j’ai suivi les rails de l'excellence académique, j’ai fait de très belles études, ce qui rendait mon entourage très fier et par ricochets moi aussi. Alors j’ai foncé tête baissée, Dauphine puis les Mines de Paris, pour ensuite entamer une carrière prometteuse chez Total. J’étais gonflée de diplômes, avec une tête bien faite, une jeune femme brillante. On m’attendait.

 
Et nous sommes partis au Brésil. Mon mari a été expatrié, je l’ai suivi, j’ai été embauchée par Total à Rio, pour un job nouveau, exaltant, amusant. La vie allait bien, merci.

 
C’est un soir que tout a basculé. Il me manquait quelque chose, mon job qui était si sympathique ne me nourrissait pas assez,  la vie qui était si douce à Rio me semblait incomplète. Les amis qui m’accompagnaient ce soir-là m’ont glissé discrètement  « et la peinture ? ». La peinture ! Mais oui ! La caipirinha, les couleurs, les sons, les mouvements, l’espace de Rio de Janeiro ont fait le reste. Ce que j’avais enfoui depuis ma première vente ratée, et toutes mes tentatives incertaines de reprendre la peinture le soir en rentrant du boulot… Tout cela faisait sens. 

 
peintureAprès quelques jours de réflexion, j’ai présenté ma démission, je me suis inscrite à l’école des arts visuels de Rio, et depuis je ne lâche plus un seul jour de semaine mon pinceau ou mon crayon. J’ai mûri, j’ai travaillé, j’ai exposé (et vendu !).

 
Il a fallu du courage ? Oh oui. Abandonner ce bon sofa confortable d’une carrière toute tracée dans un univers ultra-connu, pour se retrouver sans légitimité, face à moi-même dans un milieu que je ne connaissais pas. Oui il a fallu du courage, et presque de l’inconscience. Mais quelle récompense que d’être heureuse tous les jours en se levant, avec la perspective de savoir que mon pinceau ou mon crayon va glisser sous mes doigts. Et de savoir que j’ai de quoi nourrir toute ma vie. Je sais que je vais devoir travailler encore et encore, que je vais devoir chercher longtemps, avec une grande humilité, ce qui m’habite et comment l'exprimer.

 
Et j’ai une chance immense d’avoir mon mécène et mon premier fan à la maison, mon mari. Lui qui n’a jamais voulu une seconde que je lâche ma carrière, il est le premier aujourd’hui à me soutenir et m’encourager. Un délicieux indice : quand il rentre tard le soir épuisé du boulot, avant de dire qu’il est arrivé, il se glisse sans bruit dans mon atelier pour découvrir les travaux de la journée. Et reste un instant à les apprécier. Cela m’émeut à chaque fois.

 
Les projets à venir ? Une expo collective de dessins de nus à Rio, une licence d’arts plastiques par correspondance à la Sorbonne, et un projet d’expo individuelle de peinture, mais je ne sais trop quand…

 
Un jour peut-être j’affirmerai avec confiance « je suis artiste peintre ». Je l’espère, sans l’attendre trop vite, il me reste tant à faire.

Stéphanie, Rio 
Vous pouvez retrouver les créations de Stéphanie sur son  site Internet.  

 

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