Connexion en tant que membre

Expériences à l'étranger Vénézuéla

Agnès, peintre au Vénézuela malgré tout



AgnesBourelyPortraitCouleur
Je suis d’un tempérament heureux, volontaire, entier et tenace, avec un fort instinct de vie, ce qui est un atout pour suivre mon mari dans ses déplacements à l’étranger pour son travail. Je suis diplômée des Beaux Arts d’Angers avec une formation à Denver (The Colorado College of Arts and Design) aux USA. L’année dernière mon mari et moi étions installés à Paris où j’avais un atelier à « La Fabrique » à Ivry sur Seine, mais en Septembre nous déménagions et nous nous installions à Lecheria au Venezuela, une expérience on ne peut plus intense pour l’adaptation et la réorganisation…

 

Tout ce que nous avions à Paris, comme la sécurité, l’école pour les enfants, les biens courants de consommation, la vie culturelle ou encore la liberté de circulation, nous ne l’avons plus ici. Mais le Venezuela nous offre en échange une belle maison, de l’argent, du personnel, des voyages et découvertes en Amérique du sud. Cependant des tensions sont palpables. Par exemple, la semaine dernière, un chauffeur qui amenait mon mari, en voiture blindée s’est retrouvé en taule après avoir fait trois casses avec arme à feu dans une banque, une bijouterie et dans la rue, avec la voiture d'un français. Finalement, la voiture fut réquisitionnée chez les flics, ne présentant plus de roues ni batterie ni autres pièces. C'est bien, la gendarmerie manquait de pièces détachées ! Le français de son côté a engagé un avocat pour essayer de récupérer sa voiture.

 

Ma priorité était de m’installer dans un atelier indépendant de la maison et de me procurer du matériel. En effet, il n’y a rien ici, même pas des tubes de gouache pour les enfants. Finalement, après beaucoup d’efforts et de gueulantes, j’ai un magnifique atelier de 200 m² avec vue imprenable sur la mer des Caraïbes et ce, dans un immeuble gardé, puisque c’était le critère obligatoire. La douane Vénézuélienne, quant à elle, n’autorise pas l’entrée de peinture liquide dans le pays. Comme rien n’est permis ici, mais que tout est possible, je me procure donc mon matériel à Miami, avec l’aide d’un voisin vénézuélien qui le fait venir jusqu’ici.

 

Je travaille assidûment tous les jours. Le climat idyllique et l’ambiance calme et isolée de mon atelier dans ce pays, malgré ou à cause de l’insécurité, m’oblige à une réflexion, une concentration nouvelle et sereine. Je dirais de ma peinture qu'elle est une recherche de construction plastique qui correspond à ma sensibilité de l’instant. Pour cela, je fais jouer mon instinct des couleurs avec une maîtrise ou un lâché des matières ; tout en n'hésitant pas à mettre en péril l’existant pour garder une bonne dynamique, ce qui est le plus complexe. Ma technique préférée est l’acrylique sur grandes toiles et mon artiste fétiche s’appelle Albert Oelhen. Cette vie d’expat m’aide forcément à remettre en place et en question mon travail régulièrement. Après un mois dans ce nouvel atelier j’ai l’impression de retrouver une nouvelle énergie que j’adore et que j’aborde cette fois avec un peu plus de retenue que me le dicte en général mon tempérament. Les couleurs, la lumière, et le manque d’activité extérieure, le calme social, influencent mon travail. Nous avons du stress mais il est différent de celui à Paris.

 

Au mois d’Octobre, je suis allée à la “Feria” sorte de FIAC à Caracas (assez antique pour la peinture) pour rencontrer d’autres artistes. J'ai également fait un petit tour artistique (galeries et fondations) à Miami qui donne un peu d’air par rapport au monde des galeries parisiennes un peu précieuses à mon goût. Nous avons visités la civilisation Mayas dans le Yucatan, un très beau voyage puis la Colombie et des belles surprises au Venezuela.

 

Notre vie est un éternel recommencement, que l'on assume dans la joie malgré des agacements, sans découragement.

 

Avec pas mal de persévérance et de constance nous avons trouvé un rythme de croisière efficace. Un bel atelier pour moi, un ami qui possède un jet et me rapporte du matériel top de Miami, une femme de ménage, une jeune fille pour les enfants, et une galerie ici avec une antenne à Caracas et peut être Miami. Le consul m'a organisé une exposition en mai, j'envoie les invitations avec des gilets pare balles ! Mon mari quant à lui est très amusé et passionné par l'ambiance de son travail et les enfants sont heureux : école, piscine et musique l'après-midi... Trop cool, on était là pour l'aventure pas pour une vie pépère.

 

Quelques mois plus tard…

 

L'entreprise nous semble très mauvaise joueuse et nous oblige à relancer les dés ! Même pas peur on va continuer à jouer. Nous voilà donc encore au Venezuela, mais plus pour longtemps. La vie n'est plus vraiment possible pour les quelques familles encore folles qui y sont restées. Nous vivons avec des gardes en permanence à la porte de la maison, aussi à la plage, sur les îles. Il faut dire qu'un mois auparavant il y a eu, sur une île voisine, une descente de sept mecs armés de kalachnikov en plein après-midi ; ils ont troussé tout le monde. Il y a de moins en moins à manger dans les magasins et il faut user de stratagèmes savants pour avoir du PQ, la feuille de bananier n’étant pas confortable

 

Mon mari a une pression au travail assez ubuesque puisque qu'on l'a accusé de complot avec « l'empire » et d’avoir un compte aux US pour s'en mettre plein les poches (hélas ce n'est pas vrai!). Gégé agent double... ça a du style. Mieux qu'un film, mais bon ! Quant aux femmes et aux enfants, l’entreprise leur demande de partir. Les maris restent, ils ont besoin d'eux (nous sommes une option encombrante maintenant). Mon mari prospecte pour se trouver un autre poste en expat : pour l'instant c'est la Mongolie profonde avec la famille à Pékin (merci la pollution) ou l’Arabie Saoudite (mini jupe et voile pas très compatible) ou Houston (JR version GB and Sue'-Agnès ?) ou Shanghai ou Abu Dhabi (mini-jupe pas possible non plus, mais expat sympa) ou Afrique du sud (insécurité pour insécurité !) ou… ça change toute les heures.AgnesBourelyAffiche

 

En attendant un poste à l’étranger on rentre en France et mon mari reste ici. Nous avons négocié avec l’entreprise de terminer ici l’année scolaire, à moins d'une mauvaise évolution ou d’une révolution du pays (et non d’une « révolution » organisée par le gouvernement) et c'est très chaud… quelquefois il y a des « feux d'artifice » sur la place en face de chez nous. Il y a bientôt des élections mais on ne sait pas quand. Il y a tellement d'histoires que je ne raconte rien de plus... je ne saurais plus m’arrêter!

 

J'ai remis une option pour l'atelier à Ivry sur seine, j'ai eu une réponse positive. La vie calme a quelquefois ses qualités, mais ce n'est plus l'option en cours. Ma mère a toujours rêvé que j'épouse un notaire de province... mais là c'est moi qui continue mon rêve pour trois mois et je me remets au travail dans mon paradis : atelier de rêve, vue imprenable sur la mer des Caraïbes et toiles qui me motivent !

 

L'histoire continue pour nous, mais plus au Vénézuéla, le Vénézuéla c'est presque fini et nous ne regrettons en rien de cette aventure !

 

Après trois mois d'incertitude pour la rentrée prochaine et une probable installation à Berlin , nous avons inscrit les enfants à Berlin et à Paris au cas où… et à présent, nous savons depuis 15 jours que nous partons pour Houston. Nous sommes le 20 juillet. Il n'y a pas encore de places pour les enfants à l'école Franco-Américaine, le visa c'est la galère parce que mon mari est au Vénézuéla jusqu'au 30 juillet que le contrat avec l'entreprise doit se signer à Genève et que la rentrée des classes est le 19 aout à Houston. Mon mari prend son poste le 1er novembre au Texas il doit finir sa mission Vénézuélienne. Je fais donc la rentrée seule avec les enfants.

 

J'ai pris des contacts avec deux galeries au Texas, je n'attend qu'une seule chose : réorganiser notre vie au plus vite pour continuer mon travail commencé sur la mer des Caraïbes. Je suis à Paris pour quelques semaines mais n'arrive pas à travailler, il me faut du calme et un environnement adéquat, Je suis lente et très impatiente.

 

J'aime bien cette phrase « Ne demande jamais ton chemin à celui qui le connait. Tu risquerais de ne pas t'égarer. » Charles Péguy y ajoute la notion de "marcher droit" qui est indispensable il me semble.

 

 

Comme beaucoup d’artistes j’aimerais que le dictat du marché de l’art nous laisse le bonheur des surprises avec un respect du mélange des genres. A nous d’imposer notre liberté et notre obsession irrationnelle de notre pratique artistique et de jouer avec ce milieu qui a bien du mal à faire abstraction du fric et de la mode dans ses démonstrations.

Image5 Image10 Image8
Image9 Image13 Image12
Image15 Image7 Image6

-

-

Par Agnès

---

FemmExpat vous conseille de lire : 

Mon V.I.E au Vénézuela 
Caracas : les bonnes adresses
Expat à Caracas
Caracas : à savoir avant de partir


INSCRIVEZ-VOUS GRATUITEMENT À NOTRE NEWSLETTER

ACCÉDEZ GRATUITEMENT À NOS CONFERENCES ONLINE

Nos derniers articles !