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Asie pacifique Ma destination Népal

58 secondes de terreur pure


TerreurNepalTVAmateur

Ce jour-là, ni les jours suivants je n’ai pas fait le job. Mon job de journaliste. Il m’a paru vain. Comment tordre les mots pour écrire la terreur blanche et muette de ces 58 secondes qui ont mis le Népal à genoux.

Ce papier que j’aurais voulu ne jamais avoir à écrire.

58 secondes dans une vie c’est epsilon… ou pas.

58 secondes durant lesquelles toute une nation retient son souffle, frappée de sidération, dont le cœur s’arrête de battre tandis que celui de ses habitants, lui, bat à tout rompre.  Rompre comme le sol de leur pays qui se dérobe sous leurs pas.

J’ai nommé le Népal. Je sais, j’y étais, ce funeste 25 avril.

Une seconde ça peut être long, alors 58….La relativité du temps prend ici tout son sens. Arrêt sur image.

Comment oublier, 

Ces corbeaux et ces chauves-souris qui volent en escadrilles serrées, annonciateurs de mauvais augure.

Cet instant paradoxal où un grondement qui vient du fond des âges, vous irradie, alors qu’un silence sépulcral s’abat sur la foule si animée d’ordinaire.

 

Ces silhouettes qui tanguent et chavirent puis choient tel un mikado humain.

 

Cette femme projetée au sol, secouée des soubresauts de cette terre qui craque, le visage ravagé d’angoisse, déformé par un cri d’où ne sort aucun son .Un nano instant se souvenir du tableau de Munch et de sa légende : « J’ai entendu un cri infini déchirer la nature. ».

Cette femme qui tente vainement de saisir la main de son enfant dont le corps se recouvre peu à peu de la poussière des briques.

Ce sâdhu, arrimé à son trident, les yeux  remplis de larmes qui ne comprend pas pourquoi les Dieux ne sont plus ses amis.

Ces dizaines de motos couchées dont les roues tournent dans le vide, toute la détresse dans les yeux de cet homme devant son rickshaw écrasé par un poteau électrique alors que son dos n’est que plaie.

Les bras d’inconnus au regard hagard qui vous serrent, les tremblements qui vous secouent, la décharge tout aussi tellurique des nerfs.

Cette vision de cette jeune fille apprêtée en sari rouge pour un mariage  qui disparaît peu à peu comme avalée par les éléments dont seuls les brillants de son bracelet scintillent encore. Femme jusqu’au bout.

Ce sentiment d’être sur un navire chahuté dans la tempête.

Les neurones déconnectés, l’attente…

Et d’un seul coup ce fondu enchaîné au ralenti se déchire. Cette impression diffuse que le machiniste de ce film catastrophe a mis le dolby à fond

Les hurlements des hommes et des femmes succèdent à celui de la terre, concomitants à celui des bâtiments qui s’écroulent. La nuit qui tombe en plein jour. On ne sait plus si la gorge est sèche de poussière ou d’angoisse, les jambes se dérobent, l’énergie comme aspirée, pompée. Et puis une masse hébétée sort de Thamel, le quartier des trekkeurs et touristes, KO debout criant leur terreur.

 

Nouvelle secousse, nouvelle angoisse, ça doit s’arrêter mais ça ne s’arrête pas.

58 secondes qui ont mis le Népal à genoux.

 

Eux qui n’avaient pas grand chose et qui pour beaucoup n'ont plus rien conservent l’essentiel dont ils ont toujours eu conscience : leur courage et leur dignité. Respect.

 

Paquita 

Ce jour là aussi mon insouciance s’est écroulée.

(Image amateur - Sözcü TV)

Si vous voulez aider : 

Un fonds créé par Paquita et une douzaine de ses amis qui se retroussent les manches à Katmandou.
"Chaque jour on prend la voiture, la moto pour distribuer ce que nous avons pu acheter : riz, bâches, médicaments, eau, tout de première urgence, chaque centime d'euros est utilisé uniquement et directement pour les familles délaissées par le gouvernement."

 

 


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