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En direct de Kiev : témoignage de Laure


la révolution orange kievEn exclusivité pour Femmexpat, Laure, expatriée à Kiev depuis 5 ans, nous raconte les évènements de ces derniers mois jusqu'à ce week-end, où la ville semble avoir retrouvé le calme. C'est un témoignage unique que nous vous livrons ici.

Kiev, depuis décembre 2013

Le refus de la signature de l’accord d’association avec l’Europe a pris la plupart des Ukrainiens qui le souhaitaient par surprise. Très vite, les Kiéviens ont repris le chemin du Maydan comme ils l’avaient fait en 2004, lors de la révolution orange. Ils sont étudiants, professeurs, employés, généralement plutôt éduqués et prennent place jour et nuit sur la place centrale de Kiev. Ils sont nombreux mais cela reste encore des protestations de gens éduqués, qui n’ont pas un large soutien des Ukrainiens. Alors que le mouvement s’essouffle, le 30 novembre au petit matin, ils sont très violement évacués du Maydan. Ce qui était un mouvement assez minoritaire est devenu l’espace d’une nuit une vraie protestation nationale : il faut se débarrasser d’un gouvernement autoritaire, corrompu qui vole les richesses du pays. L’EuroMaydan est né. Très vite, s’organise un camp retranché dans la ville incroyablement organisé. Le lieu est propre avec ses propres règles internes. Quand les rues de Kiev ne sont pas déneigées, le Maydan l’est. On y pénètre par des ouvertures dans les barricades. Chacun y a son rôle : le veilleur, la cuisinière, le militant etc… Une grande scène est construite, des membres de l’opposition s’y succèdent, haranguant la foule, l’exhortant à ne pas lâcher.

Week-ends après week-ends, les familles viennent sur le Maydan dirent leur ras le bol et soutenir ceux qui occupent la place et un tronçon de l’avenue Kreschatik toute la semaine. Sans aucune crainte, nous y allons avec les enfants. Nous voulons leur montrer ce que veut dire se mobiliser pour la liberté et la démocratie. Nous pouvons très facilement discuter avec les occupants qui sont contents de voir des étrangers vivant sur place les soutenir, ils ne nous tiennent pas rigueur de ne pouvoir échanger qu’en russe ou en anglais. J’y achète un ruban aux couleurs de l’Europe et de l’Ukraine que je garde noué sur mon sac. Beaucoup d’Ukrainiens le portent également, c’est une sorte de signe ralliement. Des caissières font un sourire quand elles le voient, un médecin, à l’hôpital public, me remercie de soutenir « Maydan ». Certains de mes collègues y passent des nuits. Ils ont moins de 30 ans, ont souvent accompagné leurs parents en 2004. Ils me disent leur ras le bol d’un quotidien gangréné par la corruption, des infrastructures  obsolètes et pas entretenues, d’un avenir qu’ils ne voient pas.

Malgré le camp retranché du Maydan, la vie est tout à fait normale. Puis fin janvier, alors que les opposants veulent se rendre à la Rada, la police répond avec les armes et tombent les premiers morts. Cet après-midi là, mes collègues de bureau sont prostrés, ne parviennent plus à travailler et passent leur temps à scruter les informations en direct sur le net. Notre employeur nous permettra de sortir plus tôt, c’est un soulagement pour tous. On sent que le mouvement est de plus en plus déterminé : personne ne quittera le Maydan tant que Yanukovitch ne sera pas parti. Jusqu’à la semaine dernière : mardi 18, le métro ferme  17h, plus moyen de rentrer chez soi. En rentrant à pieds à la maison, je croise un groupe de jeunes filles de moins de 30 ans, en jupe, casque de vélo vissé sur la tête et armées de battes de baseball.

révolution orange kiev

Les opposants et la police anti-émeute s’affrontent très violement dans la nuit de mardi à mercredi. Les Titushkis, des jeunes désœuvrés qui acceptent d’en découdre avec les pro-maydan pour une somme journalière modique, se déplacent en bande dans le centre-ville faisant régner le trouble et un climat pesant.  Le mercredi 19, je peux aller au bureau à pieds et malgré la situation, mes collègues ukrainiens travaillent. Les femmes m’invitent préparer le 23 février avec elles, date anniversaire de l’ancienne armée rouge. On y fête traditionnellement les hommes, les remerciant de protéger la nation et leurs familles. Cela me parait surréaliste dans cette situation d’insurrection, mais on ne déroge pas aux fêtes en Ukraine.

kiev révolution orange

Les combats s’intensifient dans la journée, la peur de basculer dans une dictature est évidente. Comme le métro n’a pas rouvert, les déplacements sont toujours compliqués et peuvent même devenir dangereux. Nous serons autorisés à quitter le bureau plus tôt de nouveau. Les écoles sont fermées, la ville s’arrête et les combats font rage sur le Maydan. La niania qui s’occupe des enfants quand je travaille a pu rentrer chez elle.

J’ai décidé de ne pas travailler le jeudi 20, les déplacements peuvent s’avérer dangereux, et je préfère rester avec les enfants. Nous habitons assez loin de Maydan pour ne pas craindre pour notre sécurité mais le suivi de l’actualité en direct nous laisse sans voix, le nombre de morts ne cesse de croitre. Vers 17h les combats s’arrêtent. Là encore, nous assistons à des scènes incroyables sur espreso.tv qui filme en direct 24/24 le Maydan depuis 3 mois. Des milliers de personnes sont en prière pour honorer les morts des dernières 24h. Je retrouve un groupe de familles françaises dans le petit parc au bout de notre rue. Beaucoup ont décidé de partir, on se demande si les combats ne vont pas reprendre. Certaines entreprises ont demandé aux femmes et aux enfants de quitter l’Ukraine. De notre côté, deux de nos enfants n’étant pas en vacances, nous attendons la fin du week-end pour prendre une décision. Ce ne sera pas tant pour notre sécurité, mais rester des jours parqués à la maison n’est pas très facile pour des enfants.  En soirée, j’ai enfin des nouvelles de mon amie ukrainienne Anna que je savais sur le Maydan. Ouf ! Elle  a passé sa journée à apporter des médicaments dans les hôpitaux de Kiev.

révolution orangeFinalement, depuis ce paroxysme de violence, tout est calme dans Kiev. Les déplacements sont normaux, le métro a rouvert vendredi matin, le Maydan a obtenu ce qu’il voulait, Yanukovitch est parti, les élections anticipées auront lieu fin mai. Nous restons donc à Kiev, allons porter des denrées et des médicaments au monastère Saint Michel qui est la base arrière du Maydan. On y trouve du réconfort, de quoi se vêtir, s’alimenter, se reposer. Là aussi l’organisation est sans faille : dès notre arrivée, on nous dit où déposer les paquets, on voit les femmes préparer les repas, c’est très propre, il est évidement interdit de fumer ou de boire de l’alcool dans l’enceinte du monastère. Les gens qui ont participé aux combats sont facilement identifiables, ils sont exténués, leurs visages sont très peu expressifs. Je me sens un peu voyeuriste mais le sentiment de se dire que l’on est en train de vivre des heures historiques pour l’Ukraine où nous vivons depuis longtemps, l’emporte. Demain lundi, la vie devrait reprendre son cours habituel. J’ai hâte de retrouver mes collègues que je n’ai pas vus depuis mercredi dernier.

Laure , à Kiev
22/02/2014

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