Connexion en tant que membre

Expériences à l'étranger Irak Ma destination Ma vie en expatriation Moyen orient Vie pro

Florence, une française au Kurdistan d’Irak


Flo-KurdistanFlorence  habite à Sulaymaniyah en Irak depuis janvier dernier. Elle s'occupe du Club d'Affaires Français du Kurdistan et a créé avec des kurdes une association d'amitié franco-kurde appelée DIALOG. Elle nous parle de ses projets au Kurdistan et de ce peuple auquel elle voue une amitié sincère.

Dans quel contexte êtes-vous partie au Kurdistan?
Je suis partie au Kurdistan d’Irak pour suivre mon mari qui a été muté là-bas par son entreprise. Je suis la première femme d’expatrié de son entreprise qui ait accepté de s’installer au Kurdistan.  Avant, nous vivions à Madrid.
Le Kurdistan étant une région d’Irak, j’ai bien sûr eu quelques appréhensions. Et  voir mes enfants, ma famille et mes amis très inquiets sur notre sort ne m’a pas facilité les choses.

Quelles ont été vos impressions au regard des habitants et de votre nouvel environnement ?
Nous sommes arrivés au cœur de la nuit en janvier 2013. Il neigeait. J’ai regardé le ciel tout gris, la neige tomber, et je me suis demandée ce que j’allais devenir… Au début, je me sentais très seule, et heureusement que la connexion internet marchait bien ! Je passais mes journées à parler avec ceux que j’avais laissés en Europe. Tout a changé le jour où j’ai commencé à prendre des cours de kurde.

Avez-vous rencontré des difficultés dans votre adaptation? Dans l'apprentissage de la langue? Est-il facile de nouer des amitiés avec les kurdes?
Petit à petit, j’ai commencé à rencontrer des gens. J’ai trouvé les kurdes particulièrement francophiles et hospitaliers. Même en ne balbutiant que quelques mots, il est très facile de nouer une relation avec eux. Ils sont simples, possèdent un grand sens de l’humour, et aiment d’amour leur région. Cet amour, ils ont d’ailleurs réussi à me le transmettre. J’ai eu le coup de foudre pour les montagnes du Kurdistan.

 Y-a-t-il pour vous en tant qu'expatriée des contraintes à respecter en terme de sécurité, notamment liberté ou non de circuler ?
Etant femme d’expat d’un grand groupe, il y a certes des règles à respecter, imposées par la politique de l’entreprise. Mais je connais d’autres expatriés qui vivent et circulent tout à fait normalement. Ceci dit, les routes sont quand même dangereuses, surtout à cause des animaux qui les traversent et des automobilistes qui ne respectent pas la limitation de vitesse. Quand à la liberté de circuler, elle est totale dans toute la région. Cependant, il n’est pas possible d’aller dans le reste de l’Irak sans visa, compliqué à obtenir.

Parlez-nous de la communauté expatriée
A Sulaymaniyah, la communauté française est encore très réduite (une douzaine de personnes), ce qui est fort dommage lorsque l’on voit combien les kurdes sont francophiles et seraient ravis de voir davantage d’entreprises françaises s’implanter. Moins frileux que les français, ce sont les américains, les russes, les allemands, les anglais et les italiens qui arrivent en force et raflent tous les contrats… Car le Kurdistan est une des régions du Moyen Orient des plus stables d’un point de vue sécuritaire et en plein essor économique. Mais cela, il semble que les français ne le savent pas encore, sauf quelques rares grandes entreprises.

Pouvez-vous dire dans quels projets vous vous êtes impliquée ?
Lorsque je suis arrivée au Kurdistan, le Consul de France à Erbil (la capitale) venait de monter un Club d’Affaires Français. Je lui ai proposé de m’en occuper, et dans ce cadre, j’ai commencé à rencontrer les notables de Sulaymaniyah. Tous m’ont parlé de l’existence de l’école française Danielle Mitterrand et de l’annonce de sa fermeture, ce qui avait l’air de les blesser profondément. Avec deux amis kurdes, Rizgar Ramat, ex directeur des anciens combattants au Ministère de la Défense et Ako Ghareb, Président du centre culturel de la Prison Rouge, nous avons donc mis sur pied un plan de sauvetage de cette école, seule présence « publique » française dans la région, et dont la situation critique avait sérieusement entaché l’image de notre pays. Nous avons donc créé une association d’amitié franco-kurde, DIALOG, structure qui avait comme première mission d’ouvrir une nouvelle école française à Sulaymaniyah. C’est chose faite depuis le 23 septembre.

Avez-vous d'autres projets à court et moyen terme?
Beaucoup d’autres projets, puisque DIALOG a pour vocation de développer une meilleure connaissance entre la France et le Kurdistan à tous les niveaux. Nous sommes donc en train d’établir un programme d’actions culturelles, mais aussi en matière de formation et de développement économique. Egalement, nous sommes en train d’ouvrir une antenne de l’Institut Français au sein de nos locaux, afin d’offrir des cours de français à nos amis kurdes, mais aussi des cours de kurdes aux expatriés.

Flo-Kurdistan2

Pouvez-vous décrire brièvement la ville de Sulaymaniyah ?
Sulaymaniyah est la capitale culturelle du Kurdistan d’Irak. Avec près d’un million d’habitants, c’est la deuxième ville de la région autonome, après Erbil, la capitale politique. Bordée par les montagnes, elle est à 900 m d’altitude, et si les températures atteignent 45/49º l’été, il y neige en hiver. Sulaymaniyah est une ville très agréable à vivre, avec des bons restaurants et des bars très « branchés ». Beaucoup d’expositions, de concerts, d’événements culturels de toute sorte.

Quelle est la condition de la femme kurde ?
En ce qui concerne la condition de la femme, j'ai perçu beaucoup de différences entre elles : les jeunes femmes sont très occidentalisées, maquillées et habillées comme en Europe, et les femmes plus âgées portent davantage le voile.  Il y en a qui travaillent, d'autres qui sont femmes d'intérieur. C’est un choix, car au Kurdistan, la femme a bien entendu le droit de travailler. D’ailleurs, au Parlement, une loi impose qu’au moins 30% des députés soit des femmes. Ceci dit, il semble qu'il y ait encore beaucoup de machisme, surtout en milieu rural, car il y a un nombre très important d'associations d'aide à la femme. J'ai eu l'occasion de rencontrer la Présidente de l'Union des femmes, qui fait un travail remarquable. Ce qui veut bien dire que ces organismes ont le droit et les moyens d'exister.

Que diriez-vous du peuple kurde ?
Je trouve les kurdes très gais, simples, vrais, généreux et fiers. Malgré les nombreux drames qui ont parsemé leur histoire, récente ou ancienne, je ne les ai jamais vus sombrer dans le misérabilisme. Je les trouve exemplaire à ce niveau, car ils sont capables de vivre dans l’instant présent, le fameux « carpe diem » qui est un des secrets d’une certaine qualité de vie.  Ils sont également reliés d’une manière presque sacrée à leurs magnifiques montagnes. Un ami m’a raconté qu’il a vécu un des moments les plus forts de sa vie pendant la guerre contre Sadam Hussein, à la fin des années 80. Sa jambe a été transpercée par une balle. Il a eu peur, il a eu mal, mais lorsque le sang qui coulait de sa blessure a touché le sol, il a ressenti une immense fierté : son sang coulait sur et pour sa terre natale.

Les kurdes me font me sentir comme chez moi. Même mieux, je dirais, car ils sont très blagueurs et je ris beaucoup. Ils sont aussi très bienveillants et travailler avec eux est un vrai plaisir. Ils ont soif d’apprendre, soif de culture et leur enthousiasme est très contagieux. Ce sont des gens nobles de cœur, comme j’en ai vu rarement autant dans un même endroit au cours de ma vie.

Si je devais résumer ma vie au Kurdistan, je dirais qu’en 9 mois j’ai arrêté de fumer, je mange beaucoup plus sainement (ils adorent les jus de fruit frais !), je me sens moins fatiguée grâce au rythme de vie (je me couche tôt et me réveille à l’aurore), je suis entourée de gens bienveillants et je ris beaucoup plus qu’avant.

Florence 
Retrouvez Florence sur son blog : femme française en Irak

 


INSCRIVEZ-VOUS GRATUITEMENT À NOTRE NEWSLETTER

ACCÉDEZ GRATUITEMENT À NOS CONFERENCES ONLINE

Nos derniers articles !