Connexion en tant que membre

Amérique du sud Brésil Le Bénévolat Ma destination Ma vie en expatriation

Le bénévolat à l’honneur : témoignages croisés avec SFB à Rio



ITW CroiséeSolidariedade França Brasil, une ONG qui défend les droits des enfants et des adolescents dans l'Etat de Rio de Janeiro, crée en 1986. FemmExpat a recueilli les témoignages croisés d’Azou Blain, l’une des fondatrices, et de l’actuelle directrice de l’association, Pascale Fabart, en poste depuis 2013. Un beau témoignage pour la journée mondiale du bénévolat.

Azou, racontez-nous la genèse du projet qui a mené à la création de SFB...

Azou : Novembre 1984, le régime militaire s’achève au Brésil avec l’élection de Tancredo Neves à la présidence de la République. Il tombera malade et mourra avant de prendre ses fonctions. A Noel, nous arrivons à Rio de Janeiro avec mon époux alors nommé à la tête de l’entreprise Otis. Je n’ai à l’époque aucune compétence dans l’action sociale mais je suis disponible et je sens que je peux m’impliquer dans la mise en place de quelque projet… Ma rencontre avec Hélène Blondet épouse du Consul Général adjoint a été fondamentale. Elle venait elle-même d’arriver à Rio et avait déjà une expérience avec une ONG au Cambodge. Notre désir commun était de créer à Rio, une ONG solidaire entre la France et le Brésil.

Comment vous y êtes-vous prises ?

Azou : Pour avancer, il nous a fallu trouver des brésiliens intéressés et connaissant le secteur où nous pouvions tenter de travailler. Nous avions dans l’idée de soutenir les efforts de groupes de femmes déjà formés qui cherchaient à résoudre certains problèmes fondamentaux au sein de leur communauté, en particulier de venir en aide à ces enfants dont les mères travaillent et doivent s’absenter du foyer la journée entière.

Cristina Pereira, une des fondatrices brésiliennes devient la cheville ouvrière de nos premières rencontres locales. Des contacts se nouent ainsi et l’aventure SFB peut commencer avec l’inauguration de la première crèche à São Gonçalo, dans la banlieue de Niteroi.

Dans les secteurs où nous commençons à intervenir, nous rencontrons des gens de grande valeur. Plusieurs se mettent à nous aider et restent aujourd’hui encore, des membres actifs de l’association.

Quelles sont les principales étapes du développement de l’association ?AzouBlain

Azou : D’abord on a « bricolé » ! Avec Hélène, nous avons démarché des ONG françaises pour leur proposer des actions au Brésil. Pour ma part, j’ai tenté de trouver sur place au Brésil des appuis auprès d’entreprises françaises et internationales. Via le consulat, nous avons aussi déposé des dossiers de demande de fonds auprès du ministère des Affaires Etrangères.

Au début, notre action sur le terrain consistait à visiter et sélectionner parmi les communautés, celles qui recherchaient de l’aide pour répondre à des besoins urgents déjà identifiés. Nos premiers projets importants ont ainsi vu le jour avec la construction des premières crèches pour la petite enfance.

Au fur et à mesure, une nouvelle ambition s’est imposée. Il ne suffisait plus de bâtir des crèches, il fallait aussi accompagner la formation de leurs responsables notamment sur des questions comme les soins aux enfants, l’organisation des centres d’accueil, les problèmes de santé et plus généralement l’éducation civique des femmes impliquées...

Il était de plus fondamental que chaque structure puisse être autonome notamment d’un point de vue financier. Avec les membres des communautés, nous avons donc cherché les appuis locaux les plus pertinents et pérennes, par exemple auprès des services publics.

Vous avez réussi à pérenniser des soutiens de taille

Azou : Grâce à nos efforts et au soutien de l’ambassadeur de France au Brésil,  l’association a été reconnue d’utilité publique. Nous avons également obtenu des subventions importantes de la Commission Européenne sous la Présidence de Simone Veil que nous avions eu la chance de rencontrer à Rio en 1992 à l’occasion de sa participation à Eco92.

Solidariedade França Brasil se structure alors avec un plan d’actions défini, des finances en ordre, une équipe de chefs de projets locaux et expatriés très compétents.

Hélène Blondet est ensuite repartie déjà vers d’autres horizons et je suis moi-même rentrée en France. C’était en 1994, Marie Moreira Alves m’a alors succédé. Et depuis nos débuts, SFB continue aujourd’hui encore. Depuis 28 ans !

Une fois rentrée à Paris, dans les premiers temps, j’ai continué à m’impliquer dans le groupe qui s’était alors formé pour soutenir, depuis la France, les actions brésiliennes.

Que vous a apporté, personnellement, votre implication dans cette association ?

Pascale : Mon expatriation à Rio de Janeiro à l’âge de 30 ans a été un déclencheur. J’y ai vu l’opportunité de changer d’orientation dans ma carrière professionnelle. J’avais à l’époque une expérience de plus de cinq ans en Marketing au sein de grands groupes et je rêvais depuis longtemps de donner un sens social à mon travail. Je voulais découvrir l’autre face du Brésil, ne pas me limiter aux clichés. Lorsque j’ai rencontré deux des membres actifs de l’association Solidariedade França Brasil, l’aventure a commencé. C’était il y a sept ans. J’ai commencé à m’impliquer dans l’association comme bénévole, puis j’ai été embauchée comme responsable de la communication puis responsable de la recherche de fonds. En 2013, j’ai été nommée Directrice. Mon travail au sein de SFB est pour moi une source de grande satisfaction personnelle : celle de pouvoir travailler sur des projets auxquels je crois ! Tous les matins, je me réveille en savourant la chance qui est la mienne de faire ce travail-là et de défendre les droits des enfants et des adolescents.

SFB est le fruit d’un travail commun tout au long de ces derniers 25 ans, de l’engagement de nombreuses personnes réunies pour l’amélioration de la société brésilienne. Aujourd’hui, je me sens partie intégrante de cette construction collective, de ce projet commun qui a placé l’humain au centre de tout, en valorisant la personne, ses compétences et son savoir-faire.

Azou : Cette expérience SFB à l’époque inédite pour moi, tout à fait nouvelle a donné un vrai sens à mon séjour brésilien. Grace à elle, j’ai approché de nombreux aspects de cette société en pleine mutation. Les responsabilités que j’ai assumées pendant toutes ces années ont donné à mon séjour un contenu inespéré. J’ai aimé les gens avec qui j’ai travaillé, j’ai mesuré leur courage, leur disponibilité, leur confiance en l’avenir et celle qu’ils nous accordaient.

J’aime le Brésil. Il reste pour moi presque une deuxième patrie. Sûrement en partie, grâce à SFB !

Pensez-vous que cette expérience a changé votre séjour au Brésil ?

Pascale : Lorsque j’ai découvert Rio, je me suis heurtée à une réalité sociale violente, inacceptable. Certes, en France les inégalités existent mais elles ne sont pas aussi criantes. Pour moi qui étais tombée amoureuse du Brésil, il m’était devenu impossible de rester sans rien faire.

SFB défend le droit des enfants et des adolescents dans la banlieue défavorisée de Rio. Je suis allée sur le terrain. J’ai vu la force de caractère de ces femmes qui travaillent notamment dans les crèches communautaires pour la petite enfance. J’ai vu leur lutte pour défier la précarité de leur quartier. Pour améliorer les conditions de santé des familles, pour garantir aux enfants et adolescents une éducation de qualité et des conditions de vie, dignes. Leur courage me donne à apprendre et à penser.

Qu’avez-vous appris en vous impliquant pour cette association ?

PascaleFabartPascale : Mon engagement constitue un véritable challenge au quotidien et un enrichissement personnel immense. J’ai appris à être plus patiente, à accepter les contretemps. Tout ne se passe pas toujours comme on l’a prévu. J’ai gagné en flexibilité, en résilience, en acceptation de l’autre.

J’ai découvert un pays aux multiples facettes : tout en nuances, avec des problématiques différentes d’une région à l’autre. J’ai pu me rendre compte de la chance que nous avons en France d’avoir un système éducatif et de santé justes, le même pour tous et qui fonctionne. En travaillant chez SFB, j’ai appris également à mieux comprendre le fonctionnement des institutions brésiliennes. J’ai découvert par exemple que la société civile brésilienne peut s’organiser comme partenaire à part entière dans la définition et la mise en œuvre des politiques sociales publiques, contrairement à la France où les institutions dotées de prérogatives et délégations de compétences précises couvrent tous les champs de l’Education et de la Santé. Pour cette raison, l’une des lignes d’actions de SFB est justement de renforcer l'incidence de la société civile sur les politiques publiques liées à l’enfance et à l’adolescence.

Quelles sont les principales difficultés que vous rencontrez ?

Pascale : Au Brésil, il faut s’armer de patience pour affronter l’administration et travailler avec les organes publics. On peut se retrouver dans des situations absurdes et kafkaiennes. Dans ces moments, il ne faut pas baisser les bras et prendre exemple sur les populations avec qui nous travaillons qui, année après année, continuent de lutter dans leurs communautés, avec la même énergie pour défendre le droit des enfants, des adolescents et des familles.

Quels conseils donneriez-vous à une personne qui souhaiterait avoir une expérience similaire dans votre pays d’expatriation ?

Pascale : SFB soutient des initiatives locales et je pense que c’est là un des différentiels majeurs de notre association. Nous développons nos projets à partir d'une première analyse du contexte et surtout à partir des initiatives, des demandes et potentiels de la population locale qui travaille pour la protection des enfants et des adolescents. Par ailleurs, tous nos investissements ont comme objectif d’encourager sur le long terme, l’indépendance des populations soutenues ainsi que leur autonomie financière. Je pense que cette approche et cette méthodologie fondent la spécificité de notre action.

Alors si je pouvais donner un conseil à quelqu’un qui souhaiterait vivre une expérience similaire, ici au Brésil, ce serait de ne pas arriver avec l’envie de sauver le monde ni avec une idée toute faite d’une solution. Mener à bien un projet social au Brésil nécessite du temps, il faut s’imprégner du pays, connaître le contexte dans lequel on souhaite travailler et bien évaluer les nécessités de la population locale.

Pour en savoir plus sur Solidariedade França Brasil : www.sfb.org.br

Logo SFB FINAL

Femmexpat vous conseille de lire :

Belo Horizonte : Les expatriées répondent à nos questions !

Quelle femme expat êtes vous ?

Le violon dans les favelas de Rio de Janeiro

« As Cordinhas de UERE » : Le violon dans les Favelas de Rio de Janeiro


INSCRIVEZ-VOUS GRATUITEMENT À NOTRE NEWSLETTER

ACCÉDEZ GRATUITEMENT À NOS CONFERENCES ONLINE

Nos derniers articles !