Connexion en tant que membre

Asie pacifique Chine L'interculturel Les Enfants Ma destination Ma vie en expatriation Vie d'expat Vie familiale & sociale

Le massage des pieds, par ‘Petit roux en Chine’


massage-petitroux1Le massage des pieds est vraiment un moment que j’adore. Avant d’arriver en Chine, je ne savais même pas que cela existait. Mais ici, tout le monde se fait masser. Il y a même des Chinois, dans les parcs, qui se frottent le dos contre les arbres ou qui marchent en chaussettes sur des sentiers de galets et de petites pierres rondes.

Le dimanche soir souvent, on part en famille, se faire masser les pieds. Il y a des salons à chaque coin de rue, mais j’aime bien celui de Madame Wu parce qu’on peut se faire masser, tous les cinq, en même temps et dans la même pièce.

On s’installe dans des fauteuils très confortables qui s’allongent. Généralement, c’est à ce moment là qu’on se dispute, parce que mes frères et moi, voulons tous les trois, nous asseoir seul entre les parents. Les parents eux, souhaitent se mettre l’un à coté de l’autre, sans nous. Avant de commencer, tout le monde est donc un peu énervé mais ça tombe bien puisqu’on vient justement pour se détendre !

« Je prends la masseuse numéro cinq » déclare ma mère. Chaque masseur a un numéro comme à l’armée ou en prison.

« Moi aussi je veux la numéro cinq, c’est la meilleure et je ne l’ai jamais eue », je réclame.

Mon père s’en mêle : « Bon, c’est moi qui vais la demander car c’est la plus jolie. »

Ma mère tranche alors : « Depuis quand ce sont les enfants qui choisissent ? »

Puis elle dit à mon père : « Tu viens ici pour te faire masser les pieds, pas pour admirer la masseuse ! On ne change rien à nos habitudes, je prends la cinq. »

Le rituel veut qu’avant de commencer on nous propose une boisson. Je trouve ça très gentil, même si je ne me fais plus aucune illusion à ce sujet. Je sais que j’obtiendrai au mieux un verre d’eau chaude, au pire un verre d’eau bouillante, buvable dans l’heure qui suit.

« Une fois, on a quand même eu une théière d’eau bouillante, avec à côté, un verre rempli de glaçons », rappelle Augustin.

C’est vrai, je le reconnais, mais j’avais passé dix bonnes minutes à expliquer ce que je souhaitais pour un résultat moyennement satisfaisant ! Au début je ne comprenais pas pourquoi c’était si difficile d’obtenir un verre d’eau fraîche. Maintenant je sais qu’en Chine, l’eau n’est pas potable, qu’on la fait toujours bouillir et surtout que les chinois trouvent contre nature, de refroidir notre corps qui est à trente sept degrés.

Les cinq masseurs rentrent dans la pièce en même temps, avec un seau en bois rempli d’eau bouillante. Pendant une heure ils vont faire les mêmes gestes en même temps, comme une chorégraphie qu’ils répètent. Ils s’assoient chacun face à nous et on plonge nos pieds dans la bassine. Il faut ensuite se lever, les pieds dans l’eau du baquet, pour se retourner et s’asseoir sur un tabouret. L’opération n’est pas évidente. Commence alors le massage du cou…

du cou ? La première fois on avait le fou rire car on ne comprenait pas.

« On est venu pour un massage des pieds, essayait d’expliquer ma mère, pas du cou ! »

« Ca sert vraiment d’avoir fait des études de chinois ! » se moquait mon père.

Plus tard on a compris que leur massage des pieds commence par celui de la nuque et des épaules. C’est inclus dans la prestation.

En Chine, c’est souvent comme ça : on pense utiliser les bons mots, dans le bon ordre, avec le bon ton, bref, on a l’impression qu’on ne peut pas être plus clair, et pourtant, personne ne nous comprend. Parfois même, la situation est tellement étrange, qu’on se demande si on ne vit pas dans un film de science fiction.

Le massage de la nuque, du dos et des bras se termine par une série de coups de poings qui donne l’impression qu’un cheval au galop est lancé sur votre dos. Bien réveillés, on se retourne alors pour s’asseoir de nouveau dans le fauteuil. Les chatouilles des pieds peuvent enfin commencer.

 C'est beaucoup plus agréable, et les masseurs sont très gentils. En plus ils nous aiment bien. Ils nous posent beaucoup de questions sur notre vie. Au fur et à mesure ils nous racontent la leur aussi. On commence à bien se connaître.

 « On est tous étrangers », avait dit un jour, un masseur. « Comment ça étrangers ? Ils ne sont pas Chinois ? », j’avais demandé étonné.

« Si, ils sont Chinois mais pas Shanghaiens. Ils viennent d’autres provinces de Chine », avait répondu ma mère.

A part la jeune numéro cinq, tous ont un enfant. Ce sont leurs parents qui s’en occupent dans leur village d’origine, leur “lao jia“ comme ils disent. Il faut beaucoup d’heures de bus et cela coûte cher de s’y rendre. Comme en plus, ils n’ont presque pas de vacances, les occasions de voir leur enfant sont très rares : une fois par an, au nouvel an chinois.

 Je me dis souvent, qu’heureusement que le massage est très agréable, car à chaque fois que nos copains masseurs nous racontent leur vie ça me rend triste.

 A la fin, ils nous entourent les pieds dans des serviettes chaudes, puis on remet nos chaussures et on se dit à la prochaine.

De retour à la maison, je file au lit. Je tombe comme une mouche et me réveille le lendemain en ayant dormi d’une seule traite.

Extrait du livre "Petit Roux " de Marie Portal.

Site Internet unpetitrouxenchine.jimdo.com 
Illustration de Melanie Abellan

Disponible sur amazon.fr

Femmexpat vous conseille de lire :

Les pétards du nouvel an Chinois

Le Taekwondo

Le livre : Un petit roux en Chine


INSCRIVEZ-VOUS GRATUITEMENT À NOTRE NEWSLETTER

Évènements à ne pas manquer

Pas d'évènements prévus pour le moment.

ACCÉDEZ GRATUITEMENT À NOS CONFERENCES ONLINE

Nos derniers articles !