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Mon expérience humanitaire aux Etats-Unis


BenevolatVolunteerUSAL'ubac de l'expatriation est l'immigration non voulue. Comme ces immigrés politiques que Lorraine accueille et guide à Philadelphie au sein de l'HIAS.

En tant que bénévole - je préfère le terme anglophone de "volontaire", je me suis investie dans deux organismes :
- le service de migration de Philadelphie :HIAS & Council
- et ce qu’on appelle la "clinique" de la School of Law de l’université de Villanova, c’est-à-dire la prise en charge de demandes d’asile par des étudiants finissant leur formation.

Avec HIAS, j’ai eu principalement un rôle d’aide organisationnelle auprès de deux personnes : celle qui coordonne l’accueil des réfugiés à Philadelphie puis la responsable du "fundraising". J’ai également participé à l’installation d’un couple de réfugiés Karens, Aung et Win. Ils avaient fui la Birmanie où les Karens sont persécutés, puis passé 10 ans dans un camp en Thaïlande. Je les ai aidés à passer des entretiens de recrutement, à comprendre le rôle du propriétaire de leur appartement, à gérer la sortie de la maternité quand ils ont eu un bébé, à ouvrir un compte en banque, à se repérer dans le système des bus de Philadelphie etc

Avec la "clinique", j’étais interprète pour des demandeurs d’asile francophones, ce qui couvre aussi bien la préparation par les avocats de l’entretien avec le gouvernement que l’entretien même, l’audition éventuelle par le juge, et la traduction de documents. J’ai notamment accompagné un demandeur d’asile de R.D.C., qui avait été torturé et s’était caché plusieurs mois avant de réussir à acheter un billet pour les USA. Sa femme, diplomate, y avait été envoyée en poste fictif, avec leurs enfants, puis abandonnée sur place, sans ressources, avec une menace de mort en cas de retour dans son pays.

J’ai été volontaire d’avril 2008 à juillet 2010. J’utilisais l’anglais pour le travail avec les avocats, les étudiants et l’organisme de migration, et le français avec les demandeurs d’asile francophones.

Pourquoi j’ai choisi cette activité :
J’ai choisi cette activité car j’avais déjà côtoyé des réfugiés ; je suis attirée par les questions de migration, qu’elle soit volontaire ou forcée. Cela me permettait d’utiliser mes compétences et ma connaissance du français. Enfin, aux USA une activité bénévole peut déboucher sur une activité professionnelle.

La fréquence de mon activité :
-Mon activité avec HIAS m’occupait initialement 3 matinées par semaine : deux au bureau, puis une avec Aung et Win. Ensuite j’ai trouvé un emploi et renoncé à ce rythme ; j’ai conservé uniquement le lien avec Aung et Win.
- Pour la clinique, je prenais initialement une matinée sur mon temps de travail hebdomadaire. Le cas est devenu complexe et dans les semaines précédant l’entretien officiel, la préparation me mobilisait presque chaque jour !

Les compétences personnelles que j’ai utilisées :
Mon activité a mobilisé mes compétences en organisation et programmation, ma capacité d’intégration dans une équipe (j’ai interagi avec tous les métiers de HIAS par exemple), mon relationnel. Et mon français évidemment.

Les difficultés que j’ai pu rencontrer :
Je n’ai pas souvenir de difficultés particulières dans cette activité, hormis celles de la structure même, comme le niveau de ressources de HIAS.
L’enjeu -plus que la difficulté-résidait aussi dans l’attitude à adopter envers les populations aidées. D’une part, elles venaient de pays dont je connaissais peu la culture, ce qui comportait un risque d’incompréhension, de maladresses. D’autre part, tout en les assistant, il ne faut pas oublier que ces étrangers ont une dignité, et des ressources étonnantes -le couple de réfugiés a trouvé un travail dans le mois qui a suivi son arrivée aux USA !
Enfin, je dois reconnaître que malgré ma solidité, revenir chaque jour sur les tortures et les menaces d’un demandeur d’asile a fini par troubler mon sommeil, momentanément.

Ce que cela m’a apporté :
Ce que je retire de mon activité dans le milieu de l’immigration politique, ce sont principalement les rencontres incroyables : des avocats choisissant l’immigration quitte à diviser par 3 leurs revenus, des professionnels organisant des arrivée de réfugiés totalement démunis, de jeunes avocats consacrant un semestre de leur formation à un cas réel, d’autres volontaires désireux de faire une différence dans leur communauté, et bien sûr des étrangers qui savent se concentrer sur l’essentiel pour surmonter les horreurs qu’ils ont vécues et leur dénuement.

Personnellement j’étais fière de mettre mon savoir-faire au service de personnes qui ont traversé des situations et des événements indicibles, et qui s’accrochent pour reconstruire une vie décente.
Paradoxalement, ayant moi-même accompli toutes sortes de démarches pour installer ma famille aux USA (ouvrir un compte bancaire, obtenir un numéro de sécurité sociale etc), j’étais parfaitement en mesure d’aider des réfugiés à faire de même, alors que des américains n’ayant pas eu à faire ces démarches récemment n’avaient pas les informations nécessaires.

Cette expérience m’a aussi permis de constater la force de cette idée de communauté aux USA ; je pense qu’elle occupe une place qui est souvent occupée par les services publics en Europe.

Voici les conseils que je donnerai à quelqu’un qui souhaiterait avoir une expérience similaire aux USA :
J’ai eu l’occasion de donner des conseils à d’autres personnes souhaitant avoir une expérience similaire aux USA.
Tout d’abord je recommande une grande solidité, un bon équilibre émotionnel et psychologique car quand on n’est pas professionnel, la confrontation avec des personnes torturées ou persécutées est choquante. Une fois prêt, il ne faut pas être surpris si les organismes tardent à répondre aux propositions d’aide, elles sont amenées à se focaliser sur des besoins immédiats (exemple : rechercher l’équipement permettant d’accueillir une famille de quatre réfugiés la semaine suivante).

L’impact de cette expérience sur ma vie ensuite :
Je vis maintenant en France. Je reste en contact avec les étrangers que j’ai aidé aux USA, et avec certaines personnes des organismes de migration ; ce sont des relations fortes qui m’ont marquée. Ces expériences continuent d’avoir un impact sur ma façon de voir la vie : elles m’ont confirmé qu’il y a des hommes, des femmes, des familles, qui continuent à garder la tête haute et à s’activer pour améliorer leur quotidien, quelles que soient les épreuves. Je me suis souvent demandée comment on trouvait l’énergie de vivre après de telles atrocités, et je les vois se démener pour trouver un pays d’accueil, un travail, apprendre une langue, élever des enfants, surmonter leurs peurs... Leur courage et leur goût de la vie forcent mon admiration.
J’espère redevenir volontaire dans le domaine de l’immigration, mais quoi qu’il arrive ces souvenirs resteront toujours gravés dans ma mémoire.

Lorraine
2012

Voici les sites des deux organismes :
HIAScherche régulièrement des volontaires
Clinic for Asylum Refugee and Emigrant Services, Villanova University School of Law

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