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Orthophoniste à Bangkok, Marine nous raconte son parcours d’expat


marine-guillemain-photo-FXPLe goût des autres et d'ailleurs, de la volonté, aussi, sont les ingrédients qui ont permis à Marine d'exercer son métier d'orthophoniste à Bangkok. 

Nous avons interviewé Marine Guillemain, orthophoniste à Bangkok et questionné sur son parcours. Marine est orthophoniste au Samitivej Srinakarin Hospital depuis 3 ans où elle rencontre des patients francophones. La moitié de la semaine, Marine est "détachée" au lycée français pour accompagner les élèves ayant besoin d'un soutien orthophonique. Elle a 33 ans et exerce son métier depuis 10 ans.

Marine, qu’est-ce qui vous a amenée en Thaïlande ?

« J’ai fait 5 séjours  en 4 ans dans ce beau pays qui ont forgé mon envie de le "vivre" davantage et vu naitre la frustration de ne faire que passer. Mon activité professionnelle ne me satisfaisait plus complètement et j'ai laissé place à cette envie profonde de voyage qui me nourrissait depuis longtemps.
J'ai fait toutes mes études en France et à l'obtention de mon diplôme de capacité d'orthophoniste, ai accepté une collaboration à La Réunion pour 1 an....pour finalement y rester 7 ans. J'y ai appris mon métier,  fait de fantastiques rencontres professionnelles, monté des projets et commencé à entrevoir les problématiques d'immigration, de pluriculturalisme et de langues qui sont celles de La Réunion. J'y ai créée une association de prévention en orthophonie dont les activités m'ont permis de m'ouvrir sur la formation des enseignants, la guidance parentale, l'illettrisme. Je me suis beaucoup formée ces dernières années là et ai appris à parler de mon métier, le défendre, le partager. Je crois que cette expérience associative et de présidence m'a été très salutaire pour la suite.
A l'issue de mon 5ème voyage j'ai eu les faveurs de ma bonne étoile!! Une fois rentrée à La Réunion, ma volonté était bien affirmée mais je n'avais absolument rien de concret. J'étais prête à voyager en sac à dos, être orthophoniste ou encore me lancer dans une autre branche. Et puis j'ai Googlelisé "orthophoniste Bangkok" et de forums en contacts mails, d'échanges écrits en entretien Skype, j'ai obtenu une promesse d'embauche et suis partie 6 mois plus tard à Bangkok avec 3 colis de matériel orthophonique et mes 2 valises.

Le contrat d'orthophoniste était proposé par le Samitivej Srinakarin Hospital en réponse à la demande du lycée français international de Bangkok. J'avais un contact au lycée français, une maman d'élèves qui avait œuvré dans le montage du projet et le responsable du marketing international de l'hôpital qui était français.

Je dois avouer que si aujourd'hui je suis satisfaite de mon travail, il n'en n'a pas été de même à mon arrivée. Je n'avais connu la Thaïlande qu'en vacances et n'avais jamais travaillé qu'en libéral, c'est à dire en étant très indépendante.

Alors à Bangkok, il a fallu accepter les conditions du contrat local classique, expliquer ma profession, non pas seulement organiser mon travail sur les deux lieux mais le créer, faire avec le barrage de la langue et la différence culturelle à l'hôpital, s'intégrer à l'école française, accepter de "faire le deuil de la toute puissance du libéral" comme m'avait aidée à le comprendre une bonne amie... ne jamais s'énerver et surtout s'armer de patience.

En ce qui concerne les démarches administratives, elles ont été gérées par le Samitivej ce qui m'a ôté une belle épine du pied. Il y a juste eu cet incident à mon arrivée au Laos où je devais obtenir un visa d'un an et rentrer dans le pays le sésame en poche : l'hôpital m'avait remis une pile impressionnante de documents pour l'immigration et en à peine 1 minute, l'employée a déterminé qu'il m'en manquait 6. Pas de visa. J'étais fatiguée, inquiète, perdue... alors j'ai pleuré!! Une anglaise et son employeur thaï sont venus à mon secours, il a appelé mon hôpital, géré mes documents, reproposé ma demande de visa et au bout d'une heure, c'était réglé ! Et comme ils repartaient sur Bangkok, ils m'ont même ramenée en voiture!!

Peut être qu'à ce moment là, je vivais simplement ma première expérience de la dualité thaïlandaise: même si cela semble compliqué, tout s'arrange... »

Qui sont vos patients ?

« Mes patients sont de nationalités différentes mais ont pour point commun d'être francophones (de langue maternelle ou de scolarisation). La majorité d'entre eux sont scolarisés au lycée français, les autres le sont dans des écoles Thaï, britanniques ou américaines.

Je reçois principalement des enfants, de 3 à 18 ans et très rarement des adultes, en raison de la faible demande.

Je m'en étonne d'ailleurs même si j'en discerne les raisons principales (manque d'informations, patientèle plus âgée localisée en dehors de Bangkok, défaut d'assurance, rapatriement...). »

 

Quelles sont les principales difficultés que vous rencontrez chez vos patients ?
« Les principales pathologies que je rencontre chez mes patients sont des retards de parole et de langage ainsi que des troubles spécifiques d'apprentissage (dyslexie, dysorthographie, dyscalculie, dysphasie, dyspraxie). Il n'y a pas de grande différence entre ma pratique auprès de ces enfants et de ceux de France bien que le contexte de bilinguisme thaï/français puisse y apporter une certaine spécificité. Il y a donc un travail important de prévention et de guidance parentale à faire.

Mais la difficulté majeure liée à la vie à l'étranger est l'absence de structures adaptées de diagnostic et de prise en charge pluridisciplinaire quand cela est nécessaire. Nous aurions besoin d'un psychologue scolaire et d'un pédiatre francophone sur la zone ainsi que d'un psychomotricien et des AVS de formation (Assistante de Vie Scolaire). La structure de référence pour le handicap en France, dont dépendent les enfants DYS, n'a pas de services adaptés pour l'étranger, ce qui peut nous poser des problèmes pour la reconnaissance du handicap.

Grâce aux flux d'expatriation, nous avons la chance d'avoir 4 psychologues francophones sur Bangkok en ce moment  mais dont 2 sont voués à partir.

Bien que l'environnement scolaire fasse de son mieux pour s'adapter à cette particularité de l'étranger qui est aussi sa raison d'être, certains cas méritent davantage que ce que nous proposons à l'heure actuelle. »

Que vous apporte votre métier dans cet environnement international ?

« Travailler dans un lycée français est une expérience unique (cela ne se fait pas en France) et me permet de côtoyer les enseignants, apprendre d'eux et échanger. Je me sens plus en compréhension des problématiques qu'ils peuvent rencontrer tout en vivant une proximité professionnelle qui nous permet d'être plus réactifs, plus adaptés, plus efficaces. Enfin, évoluer dans un environnement médical thaï en parallèle me permet de rester connectée avec cet aspect de ma profession, avoir un contact direct avec les médecins, pouvoir trouver parfois des thérapeutes qui travailleront en parallèle avec mes patients et jouer un rôle de conseil. J'apprécie aussi énormément de pouvoir venir en soutien des patients français hospitalisés, avant rapatriement, qui se munissent d'un sourire magnifique quand ils peuvent avoir une petite conversation en français. »

 

Quels conseils pouvez-vous donner à des familles confrontées à ces difficultés ?

« Aux familles concernées par les troubles du développement et des apprentissages chez leurs enfants, je conseillerai de faire le maximum de démarches en France avant de partir ou pendant les retours estivaux (bilans orthoptique, psychomoteur, évaluations pluridisciplinaires, demande de reconnaissance du handicap auprès de la Maison Départementale des Personnes Handicapées, prescriptions médicales pour la prise en charge par les assurances) parce qu'une fois les besoins de l'enfant évalués, il est plus facile de s'assurer d'un environnement adéquat.

Une bonne assurance santé, couvrant les dépenses paramédicales est également conseillée.

Pour finir, je ne pense pas que l'expatriation soit incompatible ou peu recommandée dans le cadre des difficultés d'apprentissage à condition de s'assurer de trouver sur place un maximum de solutions rééducatives, scolaires, thérapeutiques. Attention toutefois à bien annoncer ses besoins auprès des professionnels en place car certaines pathologies requièrent du matériel, une formation complémentaire ou des moyens peuvent être absents. Il y a malheureusement aussi parfois des listes d'attente. Mais la vie à l'étranger peut offrir certains avantages comme des classes aux effectifs réduits, un travail d'équipe enseignants/thérapeutes plus rapproché, moins de subordination aux lourdeurs administratives.

A l'étranger rien n'est parfait mais tout s'invente, se créé et s'ouvre à notre créativité. »

Marine GUILLEMAIN
Orthophoniste
orthobkk@gmail.com
Samitivei Srinakarin Hospital
Lycée Français International de Bangkok


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