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Rencontre entre deux mondes à Pattaya en Thaïlande

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pattaya1Elles sont actuellement plusieurs centaines de femmes expatriées à tenter d’apprivoiser la vie quotidienne à Pattaya, capitale de la prostitution thaïlandaise. A l’arrivée, de nombreux chocs culturels les attendent et de multiples questions les assaillent. Après quelques mois, nombre d’entre elles répliquent activement et sur le terrain au cœur des rues les plus « chaudes » de la ville.
Reportage à Pattaya en Thaïlande et témoignage d’une Belge.

Avec une augmentation de 45 % de ses recettes touristiques et 22 millions de visiteurs, la Thaïlande, en 2012, a battu un record d’affluence. Le pays offre une grande variété de sites aussi bien historiques que naturels mais c’est Pattaya, cité balnéaire du sud-est du pays qui accueille le plus de vacanciers. Dans cette agglomération, peu de temples, de musées ou de sites légendaires mais des plages, du divertissement et des milliers de prostituées dans les bars et les gogo-dancings.

pattaya1Pattaya, communément appelée « la Sodome et Gomorrhe de l’Orient », constitue un cadre socialement complexe. Dans celui-ci, évoluent, côte à côte, cent vingt mille habitants thaïs, sept millions de touristes par an, vingt-cinq mille prostituées, de nombreux expatriés en provenance du monde entier et enfin, de très rares O.N.G.

Cela représente une mixité humaine et culturelle étonnante quand on sait que la prostitution est interdite en Thaïlande, que ces vacanciers sont aujourd’hui principalement russes et chinois et que les femmes occidentales expatriées marchent en toute sécurité en poussant leur voiture d’enfant dans les rues de la ville.

Etre une Européenne à Pattaya

Dans leur majorité, ces femmes expatriées accompagnent leurs époux, employés mutés par une entreprise internationale pour travailler à Ma Ta Phut Industial Estate, le plus grand site industriel de la région. Comme à chaque expatriation, elles sont implicitement chargées d’intégrer leur famille dans un nouvel univers social, culturel et souvent scolaire. Dès leur arrivée à Pattaya, elles réalisent que ce n’est pas le paradis tropical qu’elles avaient imaginé mais une cité très particulière.

« Quand je suis arrivée de Belgique, cela a été très dur pour moi d’habiter dans ce contexte. Cela me détruisait de vivre au quotidien en voyant toutes ces jeunes filles dans les maisons closes à ciel ouvert, du centre ville. Cela me révoltait et touchait quelque chose de très profond en moi.» témoigne Isabelle, Belge, expatriée à Pattaya depuis deux ans. « Deux questions me poursuivaient : comment canaliser tout qui m’envahit quand, au détour d’une rue, je croise une très jeune fille sur laquelle, un homme qui l’achète, pose les mains avec une avidité de conquérant ? Et surtout, comment transformer ma révolte intérieure en action ? »

Une réponse frontale : se rendre de nuit dans les bars

 Face à cette révolte intérieure et à leur sentiment d’impuissance, certaines de ces femmes expatriées ne peuvent « accepter » l’amère réalité de Pattaya. Elles choisissent alors une réponse frontale et concrète : aller de nuit dans les bars à la rencontre des prostituées avec l’Association Tamar Center.

Trois soirées par semaine des équipes du Tamar Center s’y rendent avec un objectif : offrir une oreille attentive et faire connaître les services de l’association. « Elles étaient si belles, si souriantes et à la fois si fermées, si méfiantes. Debout derrière les bars en U jouant avec leur téléphone, assises sur de hauts tabourets en se maquillant, pointant au billard en se concentrant, leur regard interrogatif me brûlait le dos… » nous confie Isabelle.

«Nous nous sommes assises au bar, nous sommes restées longtemps. La principale difficulté était la langue. Elles parlaient peu l’anglais et moi-même succinctement le thaï… l’un dans l’autre, pas assez que pour pouvoir réellement communiquer. J’avais peur, l’impression d’être dans une autre dimension, de vivre une autre vie que la mienne en me demandant constamment « mais qu’est-ce que je fais là, moi ? ». Nous avons changé de bar et j’ai rencontré Om. Elle m’a raconté l’arrivée à Pattaya, l’argent qu’il faut bien gagner, tout ce qu’elle ne peut pas dire à ses parents, les clients qui finalement ne s’avèrent pas tous si mauvais et ses enfants au village qu’elle n’a plus vu depuis deux ans. Dès cette première rencontre, j’ai compris que ce serait ma façon à moi de me battre à Pattaya. Me battre pour et avec ces femmes afin, qu’au moins, elles aient le choix. »

« Ne pas craquer » en retournant dans la rue

Le Tamar Center est l’une des deux seules associations d’assistance aux prostituées de la ville. Il a pour objectif de soutenir ces jeunes femmes en leur proposant des formations de reconversion professionnelle. Ces cursus, d’une durée de trois mois, sont, par exemple, la pâtisserie, la cuisine, les soins esthétiques, la maîtrise de l’outil informatique ou encore l’apprentissage de l’anglais. « Les ladies bar quittent la rue et s’installent au sein de petits appartements loués par Tamar Center dans lesquels elles vivent ensemble pour mieux se soutenir et « ne pas craquer » en retournant à la prostitution.»

En effet, il s’agit d’un choix fréquemment fait. Les stagiaires en formation doivent, dans de nombreux cas, continuer à subvenir aux besoins de leurs enfants et de leurs parents restés dans les villages. La majorité en Isaan, région de l’est de la Thaïlande, la plus pauvre du pays. « Souvent, l’histoire se répète et est fondée sur le mensonge : la jeune femme est envoyée à Pattaya pour y gagner de l’argent, elle ne sait pas ce qu’elle va devoir y faire. Une fois engagée dans les bars, la honte musèle les lèvres de ces femmes qui s’inventent un métier. » poursuit Isabelle. « Tout le monde ferme les yeux mais elles n’osent plus que rarement rentrer chez elles. Envoyés au village peu après la naissance, leurs enfants grandissent élevés par les grands-parents.» Subsistent aux creux des corsages de soie rouge, des photos des bébés précieusement conservées…

 Deux femmes et une rencontre

Telle une riposte féminine face à la cruauté d’une réalité tolérée par les autorités thaïes, nombre d’expatriées européennes se battent dans l’ombre pour l’amélioration de la condition de vie des prostituées thaïes. Leur arme principale : la rencontre sur le terrain. « La rencontre, exempte de jugement, de femmes différentes qui se comprennent, indépendamment de tout code culturel et de toute contrainte linguistique. Pas de la pitié ou de la curiosité mais un échange qui apporte, à l’une comme à l’autre, de l’apaisement et de l’espérance. Nombre de femmes, formées à Tamar Center, découvrent qu’une autre voie est possible et se donnent, parfois, la liberté de l’emprunter.» conclut Isabelle.

Reportage et propos recueillis par Virginie Houet

Pour plus d’informations : http://www.tamarcenter.org/en

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