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Vivre à Annaba, Algérie


annaba_AlgérieDéjà le 1er décembre, comment y croire, avec ce soleil éblouissant !
Dans ma courette, comme on dit ici, concert de chants d’oiseaux dans l’oranger des voisins, bulbuls, mésanges et peut-être des fauvettes furtives, dans l’ombre du feuillage. L’air est tout imprégné de l’odeur de fermentation des oranges trop mûres qui tombent et pourrissent par terre.
Quelques abeilles butinent les dernières fleurs du néflier. La tempête de la nuit a décroché quelques gros citrons. Les roses ont résisté.

Le calme est revenu, sur la mer couleur céladon, quelques navires en rade. Internet me renseigne sur les cargaisons, rond à béton, ciment en palette, bois, blé en vrac, gasoil. Pav. BHS, Pav. HKG, Pav. ITA...
Les arbres du square Calypso ont été à nouveau élagués jusqu’à l’os. Je ne m’indigne plus : tout repousse si vite en Algérie...

Grand soleil, mais hiver tout de même pour les dames âgées qui recouvrent leurs gandouras de grosses vestes et de châles, en voici une qui passe, emmitouflée dans une harmonie de rouge feu et de rose shocking, puis une autre, plus austère, en noir et beige.

Le 4 décembre, il fait froid, peut-être 15° C. Dans ma boîte aux lettres, double surprise : une lettre postée le 30 octobre, dont l’enveloppe n’a pas été ouverte ! Je mets mon anorak et descends ma colline vers le marché, que les pluies torrentielles de novembre ont transformé en cloaque. Depuis sept ans, on promet aux marchands de réhabiliter le marché, un tas de sable a été livré, Incha Allah. Je compatis. Sur les étals : petits pois, artichauts, menthe, persil et coriandre, fenouil, pommes de terre nouvelles, tomates et olives fraîches, navets jaunes tendres et sucrés, betteraves, haricots à cosses roses, toutes les couleurs y sont, les pluies de novembre c’est aussi le deuxième printemps de l’Algérie. Sur les bas-côtés, la bourrache refleurit. A la campagne, c’est le retour des iris sauvages.

Je ne résiste pas au plaisir de faire un détour par le bord de mer. La Méditerranée est bleu pétrole sous un ciel de catalogue de vacances. Pourtant les amoureux ont déserté les bancs de ciment, face à la mer, légèrement en contrebas de la Corniche, où ils sont à l’abri des curieux. Je croise des jeunes hommes, jeans, Nike aux pieds, qui remontent leurs cols roulés et ferment le zip de leurs blousons noir et blanc. Les pêcheurs à la ligne occupent le parapet, ils préfèrent le vent un peu frais à leur F3 encombré de famille.

Puis je remonte vers la maison, notre pâtissier - quelle tentation, en fin de parcours - est en train de fermer, j’achète la dernière tarte au citron meringuée. Une spécialité que les pieds-noirs ont transmise, avec les vol-au-vent, les croissants, pains au chocolat, palmiers, meringues et mille-feuilles, biscuits à la cuiller et sablés (et le baba au rhum, mais le rhum est désormais remplacé par de la fleur d’oranger...)

Puis c’est le 7 décembre, Awal Mouharem, le premier jour de l’année musulmane. En ville, rien ne distingue cette journée des autres, pas d’ambiance festive, aucune décoration, pas d’illuminations. Dans les familles, on va cuisiner un dîner de fête, me dit-on, la chakchouka (une soupe épicée à la viande) et le couscous, rien de particulier. Voilà, l’année 1432 a commencé.
À midi, ce 7 décembre, il fait une chaleur incroyable, près de 30° C, le soleil est aveuglant. J’aurais dû prendre un chapeau de soleil... J’ai rendez-vous avec une amie qui souhaite me montrer la tombe de ses parents dans le cimetière Zeghouane. C’est un cimetière ancien, planté d’arbres, avec vue sur la mer, où sont enterrés de nombreux habitants d’Annaba, nés et morts sous la colonisation. On y voit des tombes d’intérêt historique comme celles de la mère de l’écrivain Isabelle Eberhardt (1897), d’un lieutenant des tirailleurs algériens tombé en 1866, d’une jeune martyre tuée au maquis en 1961.

Les jours qui suivent sont splendides, 25° C. Sur le trottoir, les vieux messieurs frileux ont repris leurs parties de dominos acharnées, c’est dire s’il fait doux. Dans les rues commerçantes du centre-ville, des baladeuses croulant sous les fruits gênent le passage des voitures : dattes en branches, clémentines et oranges cueillies avec leurs feuilles, bananes (importées de l’Equateur), pommes Golden, coings magnifiques et même des fraises. Il y a aussi des charrettes supportant un brasero, pour les châtaignes grillées, un parfum d’hiver sous le soleil de décembre.

Puis le temps fraîchit à nouveau, le mercure passe sous les 10°C, nous sommes gelés. La pluie arrive, partout l’eau stagne, ruisselle, éclabousse.

Réveil du 16 décembre après une nuit d’orage, la pluie martelant le toit plat, à croire qu’elle tombait droit dans le salon. Les Musulmans ne sont pas gâtés pour Achoura, le dixième jour de l’année, surtout fêté par les Chiites, il fait froid. La ville se vide sous les giboulées de grêle. Les marchands des rares boutiques restées ouvertes sont transis. Les camelots installés sur les trottoirs se collent aux murs. Je suis en ville avec une amie algérienne, pour acheter d’ultimes cadeaux, nous ne savons pas où nous abriter, les cafés maures sont réservés aux hommes, et cette amie respecte le jeûne (facultatif) de deux jours, je ne peux pas lui proposer d’entrer dans une pâtisserie. Nous nous quittons sous nos parapluies.

Le lendemain, le soleil est revenu, le ciel est d’un bleu lumineux intense.
Mais il faut faire nos valises, car nous fêterons Noël à Berlin. Apprenant la nouvelle, mon maraîcher a dit "Saluez mes enfants pour moi !", avec ce joli geste des Algériens, la main droite sur le cœur. Ses trois fils sont à Lyon, mais Berlin c’est l’Europe, et l’Europe, comme le dit un graffiti, c’est la clé de la vie.
Je fais une dernière promenade dans le crépuscule d’une grande douceur, la mer est couleur de porcelaine, un pull-over suffit. Les familles flânent sur la Corniche (l’unique promenade en ville) : les dames algériennes, toutes en foulard, portent de longs manteaux à col de fausse fourrure, des bottes ! Des petits enfants en grosses doudounes se pourchassent en riant (n’ont-ils pas trop chaud ?). Le jour baisse, les lampadaires s’allument, il est préférable de héler un taxi.

Nous ne sommes pas les seuls à fêter la Nouvelle Année 2011 ailleurs. De très nombreux Algériens partent fêter la Saint-Sylvestre en France ou même en Tunisie, si proche. En Algérie, le désir de fête n’est pas facile à assouvir.

Anne Sonia D.F

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