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Les ados et le changement de vie


ado-questions-HPDe l’impact positif d’un changement de vie en pleine turbulence adolescente…

La dimension de potentiel au cours de l’adolescence…

La préadolescence et l’adolescence qui s’en suit sont des périodes pleines de bouleversements physiques et psychiques pour le jeune qui peuvent être vécus comme des épreuves par lui-même et ses parents. On a tendance à mettre l’accent sur tous les risques et conséquences négatives de cette étape de la vie en oubliant que c’est également un grand moment de réorganisation interne pour ceux qui la traversent. Il s’agit aussi d’une période riche en potentiel, très stimulante sur le plan humain et intellectuel. Les affects exacerbés permettent de vivre de grands moments d’enthousiasme et d’exaltation qui alternent parfois avec des vécus de dépression. Souvent traversée par d’intenses moments de rêveries et de profondes interrogations existentielles cette période de la vie où tout peut être possible est une belle occasion offerte à l’adolescent de rejouer certaines étapes de l’enfance tout en poursuivant son affirmation de soi. En bref, l’adolescence offre une deuxième chance au jeune qui, paradoxalement alors qu’il a du mal à se projeter dans l’avenir, fait des choix cruciaux à ce moment de sa vie pour son futur.

Les grands débats internes

Or l’adolescent qui se débat avec ses conflits internes plus ou moins intenses n’en a pas forcément conscience. Il vit au quotidien ses questionnements avec sa quête identitaire et ses corollaires : ses transformations corporelles qui créent un malaise, ses renoncements à l’enfance d’où sont issus ses sentiments de tristesse, l’inéluctable distance prise avec les images parentales exprimée par des réactions de rejet, l’ambivalence entre un désir de liberté totale et une dépendance encore nécessaire qui crée de la colère… Mais aussi des expériences plus positives : les prémisses d’une autonomisation et ses sentiments de fierté, des réalisations dans le domaine artistique ou sportif source d’épanouissement, un appétit de découverte du monde et une avidité d’apprentissage, parfois l’éveil d’une vocation professionnelle et une motivation scolaire pour avancer vers ce but, la priorité donnée aux relations amicales au sein d’un groupe et l’apprentissage des relations sociales, le vécu des premières expériences amoureuses et l’investissement de sa vie sexuelle, affective et mentale… Et dans tout ce tableau déjà très chargé le jeune peut avoir à gérer un autre grand changement dans sa vie : un départ à l’étranger ou un retour dans son pays !!!

Les bénéfices d’un changement de vie

Un déménagement peut avoir comme effet négatif de mettre à mal la dynamique adolescente d’appropriation de sa vie en séparant le jeune de son environnement familier et de ses relations privilégiées. C’est la principale revendication source de conflits à gérer au sein de la famille entre le jeune et ses parents. Cependant, l’autre côté de la médaille offre aussi un potentiel alléchant : c’est une belle occasion de poursuivre sa dynamique adolescente dans un autre contexte, tout nouveau et tout neuf. C’est la possibilité pour lui d’enrichir le panel de ses expériences et de ses relations mais également de prendre conscience du soutien familial duquel il essaie désespérément de se détacher.

Le paradoxal besoin-rejet du soutien familial

Ce dernier point est crucial et très aigu lors des premiers moments au cours de l’installation dans la nouvelle vie, alors que les repères extérieurs se mettent en place: plus le jeune va réclamer de prendre de la distance avec sa famille, plus en réalité il a besoin de bénéficier du rôle contenant et rassurant de celle-ci. Sentir ses parents comme des soutiens, fermes mais disponibles pour l’aider à traverser, sans intrusion dommageable, les vicissitudes de l’adolescence, est un repère interne solide. Et ce, malgré le discours véhément de mise à distance de sa famille par le jeune. Voyant leur enfant pris dans la tourmente de questionnements sur sa personne « qui suis-je ? » qui fragilise ses bases identitaires, les parents s’avèrent être des appuis narcissiques sur lesquels il peut s’étayer le temps de se retrouver. N’oublions pas que l’adolescent n’a pas besoin d’être attaqué (il l’est suffisamment déjà en lui-même) mais bien soutenu et nourri affectivement et mentalement.

Dans un tel contexte parfois explosif il est paradoxalement bon que les conflits éclatent au sein du foyer : les protagonistes s’opposent dans un cadre familial sous-tendu de bien-traitance. Ainsi le jeune ne ressentira pas le besoin d’aller chercher à l’extérieur du cadre familial les limites auxquelles il souhaite se frotter. Il est possible que s’il ne les trouve pas en interne dans son foyer, il adopte une attitude provocatrice qui lui permettra de trouver ces limites dans la société, vers des autorités extérieures plus affirmées et moins bienveillantes envers sa personne.

Par ailleurs, la qualité des relations s’est construite depuis l’enfance : la période de latence avant la préadolescence, durant laquelle les conflits affectifs sont relativement mis de côté et la sphère des apprentissages notamment scolaires très investie, est propice à l’établissement de relations empreintes de communication et de confiance. Cette idée d’instaurer les meilleurs échanges possibles au sein de la famille pour le bien-être de tous agit également comme un acte de prévention, et les fruits sont grandement récoltés au cours de la tourmente adolescente. Cependant dans le cas où cette relation au sein du lien filial/parental n’a pu se mettre en place de façon optimale, l’adolescence offre une nouvelle possibilité. Les relations évoluent avec son enfant qui avance dans sa mue pour devenir un adulte, et des moments de complicité s’instaurent.

L’ouverture au monde

A plus long terme, alors qu’il n’en n’a pas encore conscience, l’expatriation pour un jeune va teinter sa vie de toutes sortes d’expériences bénéfiques en lui ouvrant un panel très varié de possibilités de choix inattendus pour sa vie à lui. Ce sont les rencontres avec des personnes d’origines et de cultures différentes, la pratique d’une nouvelle langue ou d’une nouvelle activité, les visites de lieux, les voyages. Toutes ces découvertes comblent sa soif de connaissance du monde et rentrent en résonnance avec son besoin d’expérimentation.

L’adolescent doit donc se sentir autorisé et invité à se projeter dans cette nouvelle vie, à rêver à ce qui pourrait être possible, à toutes les opportunités et les potentiels qu’elle offre malgré ce à quoi il doit parallèlement renoncer. Finalement un départ à l’étranger ou un retour dans son pays d’origine éveille une dynamique d’adaptation aux changements que le jeune connaît bien puisqu’il la vit déjà à l’intérieur de lui-même…

Adélaïde Russell

AR Adéläide Russell est psychologue et co-auteur avec Gäelle Goutain des livres "'L'Enfant expatrié" et "Conjoint expatrié". Avec sa famille elle vit en expatriation aux Etats-Unis et a été expatriée dans de nombreux autres pays.  Elle contribue régulièrement à la rédaction d'articles pour le site FemmExpat et anime le Club des Mamans.


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