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Comment gérer les malentendus interculturels

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malentenduCela m’a pris de longues années de vie à Paris pour enfin comprendre que quand en France vous dites « Non ! », (« Non, ce n’est pas possible. » « Non, ca ne marchera pas. » « Non, je ne suis pas d’accord ! »), ce n’est pas un « Non » qui a le même sens que le « non » avec lequel j’ai été élevée aux Etats Unis.

Au début, cela me déprimait : j’avais l’impression que les gens refusaient de coopérer. Puis cela me mettait en colère. Et j’ai découvert le mot « Si ! », comme dans « Si, si, c’est possible ! » Pour un mot en anglais, « Yes », vous en avez deux français: « oui » et « si ». Le « Non » français s’insère dans un système de valeurs où la confrontation a une place de choix, une valeur positive qui signifie le désaccord, la critique, le débat d’idées, la défense de ses droits.

Des mots et situations qui paraissent simples sont une source inépuisable de malentendus interculturels. Ils peuvent être comiques mais aussi à l’origine d‘inconfort, de jugements de valeur voire de conflits.

D’où proviennent les malentendus ?

Les mots constituent la première source de malentendus. C’est le principe des « faux amis ». Enfant expatriée américaine en Angleterre, j’ai attiré les rires moqueurs de mes petits camarades lorsque j’ai utilisé le mot « pants », pantalon, alors que pour les petits Anglais, « pants » signifie « petite culotte ». Vexée, j’ai rapidement corrigé mon erreur.

On voudrait faire confiance à la traduction automatique, mais on se rend vite compte qu’un mot n’a pas un sens dans l’absolu. Il appartient au groupe qui l’utilise. Les mots sont comme des étiquettes données aux choses par un groupe culturel pour décrire leur réalité et fonctionner ensemble. Quand vous traduisez « déjeuner » en français par « lunch » en anglais américain, on imagine bien qu’on ne va pas manger la même chose ni de la même manière.

Lors d’une session de formation à Sofia en Bulgarie, la formatrice demande aux stagiaires s’ils ont compris sa présentation. Quelques stagiaires secouent la tête de gauche à droite. Diligemment la formatrice répète ses explications, et réalise par leurs regards perplexes que le signe de tête pour « oui » est ce qui en France signifie « non ». Eclats de rire quand le malentendu est révélé.

La gestuelle des mains constitue une autre source de malentendus. Comment faites-vous le signe pour « OK » ? En France, vous touchez votre pouce et votre index. Ne vous avisez pas de faire ce signe au Brésil, où il a un sens vulgaire.

Les règles de politesse définissent la manière de socialiser respectueusement dans un groupe culturel. Faire la bise n’est pas une habitude partout, on le sait. En Asie, la bise est rare. Mais même quand vous êtes dans un pays où la bise se fait, le geste n’est pas identique, ni son sens. Autour de la Méditerranée, les différences sont subtiles : est-ce que j’embrasse mes collègues au bureau? Est-ce que les hommes embrassent les hommes, ou non ? Est-ce réservé à l’expression de l’affection ou seulement un rituel social ? Sans parler du nombre de bises ou la joue par laquelle on commence. C’est quand vous enfreignez la règle que vous vous rendez compte qu’il y a une règle différente de celle de chez vous.[*]

Une culture est un système d’interprétation du monde. Nous voyons les choses à travers le filtre de notre système de valeurs, nos habitudes, notre éducation. Nous donnons un sens à ce que nous voyons. Ce sont ces interprétations qui nous permettent d’agir. Si en France votre nouveau voisin pose des questions précises sur vous et votre famille, vous vous méfierez de lui : il ne respecte pas ses distances. Comment vais-je faire pour l’éviter ?

Que faire pour éviter les malentendus interculturels ?

Votre talent interculturel consistera en votre capacité à gérer les situations embarrassantes. Différentes stratégies sont possibles : dites ce que vous êtes en train de faire, donnez le sens de votre action dans votre culture : « En France, nous avons l’habitude d’inviter les enfants l’après-midi pour fêter les anniversaires. Cela permet aux enfants de jouer ensemble, et nous pourrons prendre le café pour faire connaissance ». Soyez attentif aux réactions de votre interlocuteur et laissez-lui la possibilité de sauver la face : rappelez-vous que les mots ne sont pas transparents. S’il dit « Oui, nous viendrons très probablement », cela peut être un moyen de refuser poliment.

Quand un incident vous vexe ou vous choque, c’est un moment intéressant de découverte des cultures, et probablement plus sur la découverte de votre propre culture. L’autre vous paraît vous manquer de respect ? C’est possible, mais il a peut-être enfreint une règle de votre culture qui n’est pas significative dans la sienne. Explorez exactement ce qui vous heurte. Ensuite cherchez quel sens cela peut avoir pour l’autre. Vos ressources pour cela sont vos collègues expatriés expérimentés, la littérature spécialisée, votre professeur de langue. Personnellement, je donne priorité aux personnes que j’appelle des « médiateurs » : des personnes ayant une expérience de vie biculturelle, qui font le pont entre les cultures et qui peuvent aider à « traduire » le sens de tel ou tel incident d’un système culturel à l’autre.

Alors que tout grand voyageur qui se respecte (et qui respecte les autres !) saura trouver les règles d’étiquette et les gaffes à éviter, les malentendus interculturels sont souvent insidieux. Nous ne les repérons même pas. Là, c’est votre compétence de communication qui vous sera utile : savoir chercher les faits derrière les interprétations, être vigilant sur le décalage entre les mots et ce qu’ils représentent, savoir partager ses perceptions : Qu’est-ce que vous voulez dire par xxx ? Qu’est-ce qui vous fait dire ça ? Donnez-moi un exemple de ce que vous voulez dire.

Les malentendus interculturels mettent en exergue un aspect essentiel de la communication interpersonnelle : « on ne s’entend pas », au sens de « on ne se comprend pas ». Communiquer, étymologiquement, c’est construire du sens ensemble : il y a de bonnes chances que si vous êtes un bon communiquant, attentif au relationnel et au sens, vous avez de bonnes bases pour être efficace en situation interculturelle.

BarbaraMattisonBarbara Mattison, coach interculturel et psychanalyste, intervient auprès des individus et des organisations pour développer leurs compétences interculturelles depuis plus de 20 ans. Elle est membre du Conseil d’administration de Sietar France (Société pour la L’Education, la Recherche et la Formation Interculturelles et du Café Bilingue.

[*] Vous trouverez sur Youtube une ancienne campagne publicitaire de la banque HSBC qui illustre de manière amusante plusieurs malentendus interculturels.


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