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Le Couple

La lettre d’amour que tous les couples binationaux devraient lire


Lettre d'amourEn parcourant le site de Sundae Schneider-Bean, nous avons été touchées par cette lettre d'amour. Nous avons souhaité la partager avec vous, parce que si elle intervient dans un couple binational il y a, dedans, beaucoup de choses vraies aussi pour les couples expatriés. De quoi s'inspirer. Respirer. Parler.

 

"Chère moitié,

Je t’écris cette lettre parce que je nous souhaite un futur rayonnant, ensemble. Mais pour que cela soit possible, il y a quelques petites choses que je dois te dire, que j’ai gardées pour moi jusque-là et dont j’ai besoin de me libérer.

Ce que tu t’apprêtes à lire, c’est un peu le condensé spontané de ce que j’ai toujours voulu te dire, sans jamais l’oser. Ne prends rien de tout cela comme une attaque personnelle. Rien ne comporte d’accusation contre toi, tu n’as rien fait de mal. Ce que je t’écris aujourd’hui, c’est juste un reflet de mon monde, un partage avec toi de mon expérience de t’avoir accompagné à l’étranger, dans ton pays. Ce texte, c’est ma tentative de transparence pour que tu saches ce qui se passe dans ma tête et dans mon cœur, et à quoi je ne te laisse pas toujours accès.

C’est peut-être le vin rouge que je sirote en t’écrivant cela qui m’aide, mais ça y est, me voilà prête à dépasser les peurs qui me retenaient jusque-là. Parce que je sais qu’il n’y a pas d’autre moyen de créer un futur ensemble. *grosse inspiration*. Alors voilà…

 

Je n’oublierai jamais tout ce que j’ai laissé tomber pour être avec toi.

Peu importe ce que j’ai gagné en vivant à l’étranger – j’ai fait une croix sur certaines expériences. J’ai abandonné l’idée de travailler et vivre dans ma langue maternelle. J’ai laissé derrière moi ceux que j’aime, je ne suis pas là pour leurs anniversaires et leurs grandes occasions. J’ai quitté un endroit où je sais comment être poli en toute situation. J’ai fait un pas de côté vis-à-vis de la carrière toute tracée qui m’attendait, et pour laquelle j’avais investi beaucoup de moi.

Ce n’est pas de ta faute, ce n’est pas tout noir. J’ai juste besoin que tu te souviennes que malgré les bons côtés et les avantages de la vie dans ton pays, dans ta culture, dans le suivi de ta carrière, je fais l’expérience de pertes inévitables.

 

J’ai beaucoup donné de moi-même pour être avec toi.

En disant « oui » pour vivre dans ton pays, j’ai aussi (in)consciemment embrassé la vulnérabilité, la maladresse, et un processus intense d’apprentissage de la nouveauté.

J’ai passé des heures dans des cafés à essayer de m’approprier une langue étrangère, quand j’aurais préféré passer du temps à faire un jogging, ou à traîner avec des amis. J’ai stoppé net l’élan de ma carrière pour être avec toi, et maintenant j’investis une énergie immense à essayer de me réinventer. Je me donne toute entière pour trouver ma place dans ton monde, sans pour autant me perdre. Et ça peut être épuisant. Je le sais. Tu le sais. Alors au fil des ans, au fil de notre ajustement à cette nouvelle vie ensemble, s’il te plaît, souviens-toi que tant que nous sommes dans “ton” pays, l’égalité est une illusion. On a commencé sur des terrains de jeux si différents. Sache que je me démène pour que ça marche, et cela signifie des sacrifices. La bonne nouvelle, c’est que je n’ai pas fait mes valises pour partir parce que « tu le vaux bien ». Nous le valons bien.

 

Je vois ce que tu fais pour moi.

Je sais que tu t’impatientes d’être toujours mon traducteur, linguistique et culturel. Je sais que c’est difficile de rappeler constamment à tes amis que je ne comprends pas la totalité des subtilités de votre langue quand nous sommes à une soirée. Je sais à quel point c’est pénible, quand tu es submergé de boulot, que je t’appelle pour que tu t’occupes de prendre rendez-vous pour moi chez le dentiste. Je sais à quel point tu dois te sentir mal quand je m’écroule en pleurs dans tes bras en sanglotant sur ma journée merdique. Mais je sens la sincérité de ton réconfort. Je sens tes caresses dans mon dos, je t’entends me dire « oh, ma chérie, je suis désolé ». Et je sais que, au fond, tu te sens responsable de mes souffrances. Et pourtant, tu ne l’es pas.

 

Ce qui me rend malheureuse, c’est moi, pas toi.

Je sais à quel point tu peux te sentir personnellement insulté quand je critique la culture locale. Je sais que c’est dur pour toi de me voir pleurer. Si je suis honnête avec moi-même, ce qui me met en rogne, ce n’est pas juste le barman qui ne comprend pas ma commande, pourtant si basique. C’est plus la frustration de ne pas y arriver, alors que ça devrait être si simple. Imagine l’épuisement d’être en adaptation permanente. En fait, et j’ai beaucoup de mal à l’admettre, ce qui me tue, c’est moins le pays lui-même que les efforts qu’il m’en coûte de m’adapter aux aléas de la vie à l’étranger. La difficulté de m’ajuster à un endroit qui ne colle pas avec mes valeurs et mes préférences. Voilà, j’ai besoin de me plaindre. Parce que je me sens challengée. Mais ça me fait grandir, aussi. Et ça, c’est une bonne chose.

Et, chéri, cela ne veut pas dire que nous n’avons pas nos soucis de couple. Il y aura toujours des zones de notre relation où on pourrait, toi ou moi, en faire plus. Mais bon, ce n’est pas l’objet de cette lettre. En revanche, le fait que je sois sur ce chemin chaotique vers une chouette vie à l’étranger, ça, c’est de mon ressort.  

 

Voilà ce dont j’ai besoin de ta part.

J’ai besoin que tu acceptes le fait que toi aussi tu vis une phase d’adaptation à une autre culture, chez toi, dans ta vie. Tu t’adaptes à moi , à ma culture familiale, à mon genre, à ma culture nationale. J’aimerais que tu prennes conscience des aléas de ta propre adaptation à notre nouvelle vie.

J’ai besoin d’empathie. J’ai besoin que tu te souviennes que, quand on rentre d’un déjeuner dominical dans ta famille, potentiellement je ne trouve pas le sommeil en me demandant  si je ne regretterai pas de passer tant de temps loin de ma famille et de mes amis de toujours.

J’ai besoin de ton soutien. Quand je me débats avec un problème, je ne veux pas que tu me proposes des solutions, je veux que tu me demandes « est-ce que je peux t’aider, là, tout de suite ? ». Et que tu écoutes la réponse. Je sais que tu voudrais pouvoir m’aider à trouver la solution et m’empêcher de m’empêtrer dans le problème. Mais tu ne peux pas, tu te souviens ? C’est mon combat. Je sais que je dois faire ça de mon côté, je ne veux juste pas le faire toute seule. J’ai besoin de toi à mes côté. Et j’ai besoin d’un câlin.

 

Voilà ce que je veux pour nous.

Je veux qu’on s’engage à savoir retrouver l’étincelle, notre étincelle. Qu’on s’engage à ne pas perdre de vue ce qu’on s’est promis quand on s’est dit « oui ». Qu’on se souvienne toujours de notre curiosité initiale l’un pour l’autre. Peu importe que notre amour et notre passion soient ensevelis sous une épaisse couche de diplômes de langues étrangères, de nuits à sangloter en position fœtale, ou de stress à faire en sorte que la mayonnaise prenne, on saura les raviver.

 

Voici la promesse que je te fais.

Je te rappellerai à quel point je t’aime, même quand les temps sont durs. Je te dirai que « nous » me manque. Je m’appliquerai à ramener les bonnes choses à la surface. Je m’appliquerai à rester focalisée sur ce qu’il y a de bon et beau à propos de nous, de ce pays, de ta culture. Je ne perdrai pas de vue le fait que nous formons une sorte d’alchimie. Ensemble, nous formons quelque chose de spécial.

Je ferai en sorte de me rappeler que tout ceci, c’était mon choix. Je ne suis pas une victime. J’essaierai de me voir comme une héroïne qui se débat dans les méandres d’un intense processus d’apprentissage. Je m’ouvrirai à l’idée que en phase de stress, il s’agit peut-être surtout d’une phase d’apprentissage où je grandis. Je pense que je suis en train de devenir plus forte grâce à tout ça. Et quand les choses se compliquent, je veux trouver une solution pour que ça marche pour nous.

On est des partenaires, on est là-dedans ensemble. Et ça en vaut tellement la peine !

Avec tout mon amour,

Ta chère moitié."

 

sundae_headshotSundae Schneider-Bean est coach, spécialiste des problématiques interculturelles. Expatriée, elle s’est donnée pour mission de vous aider à tirer le meilleur parti de votre vie à l'étranger.

 

 

Lire la version originale de la lettre (en anglais)

Pour en savoir plus sur Sundae Schneider-Bean (en anglais)

Le site de Sundae Schneider-Bean (en anglais)

 

 

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