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Education Les Enfants

Apprendre le français par la méthode douce : c’est possible !


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Faire apprendre le français à ses enfants : une méthode originale et créative

 

 Parce que ces moments où l’on s’installe pour faire du français avec nos enfants tournent parfois à la corvée, au cauchemar, au conflit, j’avais envie de vous partager, en toute humilité, mon expérience avec ma fille. Pendant près de trois ans, c’est ainsi que je lui ai fait faire du français : en lui proposant d’écrire une histoire. Aucune méthode académique, mais beaucoup de moments complices !

Elle s’est installée, a taillé son crayon, s’est relevée pour aller chercher sa gomme, s’est rassise, a pris une feuille de son classeur. Elle me regarde.

Le plus dur dans l’écriture, c’est de s’y mettre.  Pour arriver à une telle routine, il faut avoir entièrement confiance en son enfant et faire preuve de beaucoup de patience. L’aider à poser un cadre. Un cadre qui lui convient. Le laisser faire, le laisser trouver ses marques. Le résultat est là : il est 5 heures précise, et elle est là, prête, comme elle l’avait elle-même convenu. Déjà satisfaite d’avoir réussi ce sur quoi elle s’était engagée.

Elle me lit ses notes précédentes et me questionne : que devrait être la suite ? Je lui renvoie ses questions : que ferait-elle dans la même situation ? Son personnage principal réagirait-il de la même manière ? La discussion s’ouvre, les échanges fusent.

L’écriture ouvre sur le monde imaginaire. La créativité s’épanouit quand on écrit sa propre histoire. Une histoire simple se complexifie au fil des mots. Les enfants ont une liberté d’expression qui leur ouvre des univers incroyables.

Elle commence à écrire. Une mèche lui tombe sur les yeux, elle la repousse tout en continuant. Ça n’a pas toujours été ainsi. Les premières fois, je pouvais détecter ses pensées qui papillonnaient : elle me parlait de sa journée, me demandait ce qu’on allait manger, se plaignait du bruit du petit frère… Doucement, je la ramenais sur la voie de l’écriture : « Pourrais-tu me décrire comment ton personnage est habillé ? » ou encore « Que ressent ton personnage face à cette situation ? » et le tour était joué.

La concentration. Focaliser assez longtemps son esprit pour pouvoir mettre toutes les chances de son côté pour terminer le texte. Même nous, les parents, - avouons-le ! - avons tendance à nous éparpiller. La sonnerie d’un téléphone, la notification d’un nouvel email, la conversation de collègues nous déconnecte de ce que nous étions en train de faire. Et même sans ces parasites extérieurs, notre cerveau est souvent en pleine ébullition et nous pensons à mille autres choses. L’écriture apprend à concentrer toute son attention. Il faut s’appliquer, faire attention aux fautes, éviter les répétitions, trouver les mots justes, écrire une histoire cohérente. Quinze minutes de ce régime tous les jours et notre enfant a toutes les clés en main ! Bien sûr, il y aura toujours des moments plus difficiles, des circonstances qui rendent délicate cette concentration. Mais en les invitant à se consacrer à une seule tâche, celle d’écrire, nous leur apportons la sérénité nécessaire pour apprendre.

Je regarde ailleurs, j’essaie de ne pas voir les fautes qu’elle ne manque pas de faire. Pas facile de ne pas l’interrompre. Mais c’est le contrat tacite que nous avons passé. Je prends moi aussi mon stylo et commence d’écrire sur tout autre chose. Elle me voit faire et me lance un clin d’œil.

Il est difficile de ne pas reprendre systématiquement les fautes de son enfant. Nous avons été tellement baigné dans cet environnement du « zéro faute ! » que nous oublions que ces erreurs sont aussi un moyen d’apprentissage. Elles permettent de comprendre, de fixer dans la mémoire, d’assimiler ainsi des règles. Ne gâchons pas l’élan d’écriture de notre enfant en le coupant ainsi à chaque faute. Chaque chose en son temps. Et ayons confiance en sa capacité à vouloir bien faire.

Elle relève soudain la tête : « Maman, je ne sais pas comment ça s’écrit ! »

Et c’est normal ! Même si c’est un mot qu’elle a déjà utilisé plusieurs fois, même si elle l’a revu hier, même s’il ne contient aucune difficulté ! Le voilà dans un autre contexte et les repères sont faussés ! Elle se questionne, elle doute, elle cherche la réponse. Preuve que quelque chose l’a dérangée ! « Vas y, essaie ! » C’est la meilleure des réponses que nous pouvons alors offrir. L’aider à trouver en se trompant,  en reprenant, en essayant de nouveau pour avoir le triomphal « Oui ! C’est ça ! ». Et pour les jours de fatigue, ne pas trop lui en demander, lui épeler simplement le mot. C’est aussi apprendre. L’écriture a cela de précieux qu’elle permet d’expérimenter le langage, de se l’approprier, de faire appel à sa mémoire et à son intuition.

« Tu ne trouves pas qu’on pourrait améliorer cette scène ? » « Avec cette description, j’ai du mal à imaginer le lieu… » « J’ai compris qu’il se passait ça, est-ce que c’est bien ce que tu voulais dire ? »

Elle fronce les sourcils.

Comprendre que l’on écrit pour quelqu’un, pour faire passer une histoire, un message, des émotions et que l’interprétation du lecteur peut être différente, c’est aussi comprendre la complexité de la communication entre les êtres humains. Communication qui est essentielle car nous avons tous besoin de nous sentir connectés les uns aux autres. Lorsque le message est brouillé, on reprend son travail, on essaie de le dire avec d’autres mots, on explore encore plus loin ce langage. On persévère.

Elle reprend son histoire en ajoutant, modifiant, raturant… La tension monte, elle se lève de sa chaise, revient et puis, sans crier gare, elle s’écrie « Mais elle est nulle mon histoire ! » ou « J’y arriverai jamais, c’est trop dur ! » Les larmes s’accumulent au bord de ses yeux. Une colère sourde. Une frustration. Elle aimerait tellement que ce soit plus facile, plus simple…

Quand le doute frappe, quand le découragement s’invite, quand la démotivation s’insinue dans l’esprit, il n’est pas facile de soutenir son enfant. Chacun est différent, chacun réagit à sa manière, mais chacun trouve aussi sa solution. Écoutons ce qu’ils ont à nous dire, cherchons à savoir le pourquoi, et soyons force de proposition : une pause s’impose-t-elle peut-être ? une autre activité autour de l’écriture ? un câlin ? une séance de chatouilles ? ou encore une discussion à bâtons rompus sur ce qui leur fait dire que cette histoire est nulle ! Ici c’est l’empathie du parent qui permet de sortir de l’impasse.

Elle a repris et au bout d’un moment met un point final à son texte. Elle me sourit et me tend sa feuille. Je la repousse : « Non, lis-le moi ! » Son sourire s’élargit et elle commence à me lire à voix haute les merveilleuses aventures de son personnage : elle est fière de ce qu’elle a fait. Elle sait que ce n’est pas parfait mais elle a aimé l’effort qu’elle a mis dans ces mots, dans ces phrases, dans cette histoire. En lisant, elle corrige encore des fautes. Elle s’interrompt parfois « Tu comprends, n’est-ce pas ? ». Une fois la lecture terminée, nos regards se croisent. Des regards remplis de fierté, de satisfaction et de tendresse.

Catherine Allibert

 

cath-allibCatherine Allibert est écrivain et accompagnatrice des enfants expatriés dans le monde de la langue française.
Son site : www.unehistoiredeninjasetdesamourais.com
« J’accompagne votre enfant dans l’écriture d’un livre en vous incluant dans cette aventure. Je propose aussi des jeux d’écriture que j’ai appelé « défis » car c’est en incitant les enfants à les relever, tout en s’amusant, que nous avons les meilleurs résultats ! »

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