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Devons-nous apprendre les gros mots à nos enfants ?


Devons_nous_apprendre_les_gros_mots_a_nos_enfantsIl y a ceux qu’on lâche spontanément quand on se cogne l’orteil dans un pied de chaise, ceux que l’on regrette parce qu’ils sont dit sous le coup de la colère, ceux qui cherchent à insulter, à provoquer, Oui, les gros mots font partie de la langue française. Mais voilà, nous parents expatriés, comme tout parent, avons aussi un devoir d’apprendre la civilité et les bonnes manières à nos enfants.

L’avantage, en vivant à l’étranger, c’est que nous avons la possibilité de protéger facilement nos enfants de ces mots peu recommandables. Mais ne devrions-nous pas pour autant leur en parler ? Ne serait-ce que pour leur culture ? Et aussi peut-être pour qu’ils sachent se défendre?

Les gros mots, une marque de la culture française ?

Quand nous sommes rentrés en France, mes enfants ont été effarés par le nombre de gros mots qu’ils entendaient à la récré ! « M…. », « P…. » et « Fais ch… » semblaient être des mots communs ! Moi-même, prenant de plus en plus les transports publics, je fus aussi surprise du niveau de langage des usagers. À croire que notre séjour loin de cet univers nous donnait un nouveau point de vue.

Est-ce propre à la culture française ?

Peut-être. Les Américains d’ailleurs préviennent leur interlocuteur qu’ils vont parler de manière crue en disant « Pardon my French ! » (« Excusez mon français ! »). Ça en dit long sur l’image que nous renvoyons auprès de la population étrangère!

Mais à propos, que font-ils eux ?

Sur les chaînes de télévision américaines, tous les gros mots sont remplacés par des « beeps ». Je me suis toujours demandé ce qu’un film comme « Raging bull » pourrait donner. Sûrement une symphonie de « beeps » ! La culture de cette censure se retrouvait d’ailleurs à l’école américaine puisque les enfants ne disaient aucun gros mot. Ils parlaient du « F-word » sans jamais le prononcer. Et quand ils l’entendaient de la bouche d’un adulte dans un lieu public, ils s’offusquaient et me regardaient avec des yeux ronds !
Nos enfants n’étaient donc pas pour autant complètement protégés : La culture de cette censure se retrouvait d’ailleurs à l’école américaine puisque les enfants ne disaient aucun gros mot. Ces mots qu’ils entendent dans la langue d’expatriation, ils se doutent bien que leur pendant en français existe.

Des gros mots, une manière de s’intégrer ?

Ma fille, fraîchement de retour en France, est venue me voir un jour en me demandant ce que « piger » voulait dire. Je lui répondais que c’était simplement un autre mot pour « comprendre ».
— Mais, c’est un gros mot ou pas ?
— Non pas du tout, ça fait partie du langage courant, pourquoi ?
Et elle me raconta alors ce qui lui était arrivée. Un garçon lui avait demandé si elle avait « pigé » ce qu’avait dit le maître. Voyant son air ahuri, il avait ri et était revenu à la charge « T’as pas pigé ? Et, les gars, elle a pas pigé ! ». Elle en avait déduit que c’était une insulte !

Ce que m’a appris cette histoire

….c’est qu’il est important de connaître la valeur des mots afin de savoir comment réagir dans telle ou telle situation. Si ma fille avait su ce que voulait dire « piger », il n’y aurait eu aucun souci.
Par ailleurs, il est intéressant de remarquer que le fait de dire des gros mots est une manière de faire partie du groupe. Ce petit goût de l’interdit rapproche les enfants entre eux. Ça leur permet souvent de se donner un style, de faire l’intéressant et de capter ainsi l’attention de leurs petits camarades.

L’art et la manière

« T’es c… ! » dit en donnant une tape amicale sur l’épaule d’un de nos amis et la même phrase dit sur un ton dur et avec les sourcils froncés ne donnent pas bien évidemment pas le même effet ! Même des mots très communs peuvent blesser : pour preuve, relisez la tirade du nez de Cyrano de Bergerac et appréciez comment le personnage principal mouche le jeune vicomte de Valvert, à coups d’autodérision et avec beaucoup d’élégance. Prenez aussi les jurons du capitaine Haddock. « Ectoplasme » est un mot, somme toute, tout à fait correct et pourtant dans la bouche de ce cher capitaine, on sent bien que le but recherché n’est pas de flatter son interlocuteur !
Il n’y a pas que les mots qui comptent : l’attitude, toute la partie non-verbale, l’intention, finalement, jouent autant que le vocable lui-même.

Une différence fondamentale entre connaître et utiliser !

Les gros mots, parlons-en ! Nos enfants ont le droit de savoir. Par contre, vous n’êtes pas non plus obligés de rentrer dans les détails ! Mais il est important de leur faire comprendre le pouvoir de ces mots si particuliers. Ouvrons le débat, aidons-nous de livres pour le faire (1). Aussi, autorisons-les le temps d’une réunion à en parler ouvertement. Enfin et surtout, invitons-les à réfléchir : « Que pensez-vous d’une personne qui dit des gros mots ? Est-ce que ça la rend intéressante, agréable ? Est-ce que vous avez envie de vous rapprocher d’elle ? » On peut aussi demander « Comment vous vous sentez quand vous dites des gros mots ? ». L’idée n’est pas de juger, mais bien de faire prendre conscience que connaître un gros mot est une chose, l’utiliser en est une autre. Et que cette dernière engage une certaine responsabilité.

Les gros mots ont la particularité de ne pas laisser indifférents.

C’est un choix de famille que de prendre la décision d’en parler. Beaucoup de choses rentrent en jeu sur cette décision : l’âge des enfants, bien sûr, mais aussi, l’éventuel retour en France, l’expérience vécue de chacun, notre propre relation avec ces mots-là. Mais finalement, le plus important dans cette approche sur le sujet n’est-il pas de leur faire comprendre le pouvoir et la force des mots ?

 

(1) Les livres pour vous aider :

- Les Inséparables - Lucas s'est fait traiter de fils de lute de Nathalie Dargent et Yannick Thomé, Ed. Poche, 2016

- Les gros mots de Stéphane Frattini et Colonel Moutarde, format Kindle, 2016

- Les gros mots de Catherine Dolto et Colline Faure-Poirée  - Frédérick Mansot  pour les illustrations, Ed Gallimard Jeunesse, 2007

Catherine Allibert, une histoire de samouraïsCatherine Allibert
Écrivain et accompagnatrice des enfants expatriés dans le monde de la langue française.
Son site : http://www.unehistoiredeninjasetdesamourais.com

« Apprendre le français avec la souplesse du ninja et la rigueur du samouraï ! »

Elle anime aussi le groupe Facebook « Français à la maison : partage soutien et conseils » 

Retrouvez-la aussi dans ces podcasts : « Le français comme j’aime » 

 

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