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Mon enfant n’aime pas lire en français !


Mon enfant n’aime pas lire en français !Nos petits lecteurs expatriés, plongés dans le bain linguistique et dans la culture du pays d’expatriation, sont souvent intéressés par les livres que leurs petits camarades lisent. C’est normal puisque cela fait partie du processus d’intégration : « Je m’intéresse à ce que tu lis pour pouvoir faire partie de ton groupe. » Les échanges vont alors bon train sur tel ou tel livres qu’ils ont adorés ou détestés. Mais une fois de retour dans le cocon familial, il est plus dur de les faire lire en français. Et pour cause : ils n’en ont pas besoin pour s’intégrer dans la famille. Comment faire pour que le français ne soit non seulement parlé mais aussi lu au sein de la famille expatriée ?

Et d’abord, pourquoi faudrait-il lire en français ?

En réfléchissant sur ce qui nous pousse réellement à faire lire notre enfant en français, nous pouvons faire le point sur les enjeux que nous mettons derrière ce besoin : est-ce un prochain retour et l’inquiétude qu’il ne soit pas à niveau avec ses futurs camarades français ? Est-ce le fait de voir son enfant se fondre dans le pays d’expatriation et s’éloigner petit à petit de ses racines ? Est-ce pour qu’il reste bilingue ?

Et lui qu’en pense-t-il ? Quelles sont les raisons pour lesquelles il voudrait lire en français ? Ou ne pas lire ! Posez-lui simplement la question et écoutez ce qu’il a à dire.

Comprenons : pourquoi notre enfant n’aime-t-il pas lire en français ?

J’ai détecté en écoutant les enfants expatriés ou bilingues trois raisons principales qui freinent les enfants dans leur envie de lire en français :

  • La difficulté : les règles de lecture d’un texte en français ne sont pas les mêmes qu’en anglais, par exemple. Oui, il faut se rappeler à chaque instant qu’on ne prononce pas le « s », que « a » et « u » se prononcent « o » et que « ent » se dit « an » mais pas toujours… Lorsqu’on lit dans une autre langue, notre cerveau doit basculer dans un autre mode et suivre d’autres processus. Ce basculement n’est, au premier abord, pas facile. C’est en se frottant régulièrement à des textes que l’enfant acquerra de plus en plus de fluidité. Lui faire prendre conscience de ce processus lui permettra d’affronter ces premières difficultés avec plus de sérénité. N’oublions pas de l’encourager, même s’il fait beaucoup d’erreurs : il est en cours d’apprentissage.
  • Du travail en plus : oui, pourquoi lui devrait lire plus de livres que les autres enfants sous prétexte qu’il est français ? En se mettant à sa place, nous nous rendons compte que oui, il peut avoir l’impression que c’est une corvée de plus, associée aux devoirs. Lui expliquer que la lecture en français peut être agréable, une cerise sur le gâteau en fin de journée, une pause dans le tourbillon de la langue locale, lui permettra d’associer « lecture en français » à « plaisir ». À nous, parents, de trouver le bon filon pour que notre enfant se sente bien dans cette langue.
  • L’intérêt dans les sujets des livres : « Ça ne m’intéresse pas ! », « C’est pas aussi bien que les livres que je lis en anglais », « Ça parle de choses que je ne comprends pas, j’ai dû poser des questions à mes parents ! » Les livres en français sont souvent sur des sujets qui s’inspirent complètement de la culture franco-française (l’école, l’Histoire, la mentalité…) qui est éloignée de celle de votre enfant. Il va avoir du mal à s’identifier à des personnages qui vivent des choses qu’il ne connaît pas.
    Force est de constater que les meilleurs ventes en France sont les livres anglophones traduits (dans le hit parade des livres pour adolescents, on trouve la série « Harry Potter » et tous ces dérivés, bien sûr, et actuellement aussi la série de « Miss Peregrine et les enfants particuliers ».) Heureusement quelques auteurs francophones percent dans ce milieu, mais encore faut-il les connaître et les trouver ! Et découvrir la perle qui intéressera notre enfant devient rapidement un casse-tête chinois ou un jeu de hasard ! (1) C’est en essayant et en réajustant le tir grâce aux retours que nous aurons de notre enfant que petit à petit nous allons élargir son champ de lectures.
Lui faire aimer le français, c’est possible !
  • Partons des centres d’intérêt de notre enfant : quel type de livres lit-il dans la langue locale ? De la science-fiction, de romans policiers, des romans fantastiques ? Quels sont les univers qui l’intéressent ? Recherchons avec lui les livres qui pourraient lui plaire. Sondons les enfants des amis restés en France sur les livres qu’ils ont aimés, qu’ils lisent.
  • Accompagnons-le dans la lecture : prendre le temps de lire avec son enfant un peu chaque jour… nous fera gagner du temps ! En créant ses petits moments magiques, blottis l’un contre l’autre, nous montrons à notre enfant que lire est un plaisir. Nous pouvons lui lire le livre, nous pouvons lire alternativement à deux voix, nous pouvons encore l’écouter nous lire le livre. Pas de règle à suivre, juste un bon moment à passer. Mais nous pouvons l’accompagner en montrant nous-même l’exemple. En parlant de nos lectures, en attisant leur curiosité sur tel ou tel sujet, nous leur élargissons leur horizon et nous leur permettons de développer leur vocabulaire !
  • Installons un rituel : le meilleur moment pour lire ? Juste avant de dormir ! Une fois l’enfant endormi, le cerveau alors lâche prise et se remémore les mots qui viennent de danser sous ses yeux. Prenons donc rendez-vous avec notre enfant ! Un moment idéal de paix pour faire baisser la tension de la journée.
  • Arrêtons de juger : laissons lui la liberté de choisir ce qu’il veut lire, oublions, par exemple, ce mythe de la BD qui n’est pas assez bien pour apprendre à lire (n’oublions pas que la bande dessinée franco-belge se porte plutôt bien et offre un éventail très riche et très varié d’histoires). Ne dénigrons pas les revues : lire de petits articles peut parfois faire moins peur que de lire un livre en entier. Ne le freinons pas non plus quand le roman qu’il a choisi semble trop dur pour lui. Et laissons-le essayer !
  • Mettons de côté enfin ce besoin de « qualité littéraire » : pour savoir si un livre est bon, l’adulte va le lire. Mais son point de vue ne prend en compte ni la sensibilité d’un enfant, ni le fait qu’il est dans une étape d’apprentissage. Ce jugement sur la qualité recherchée sera biaisé. Faites le test vous-même : un poème de Prévert peut vous paraître d’une excellente qualité pour votre enfant, mais ce n’est pour autant qu’il va « résonner » chez lui.
  • Bref, dans tous les cas, essayons ! Dès aujourd’hui, voyons avec lui ce qu’il aimerait lire. Prenons des notes, faisons une liste, lançons des recherches !

Mais surtout n’oublions pas de lui lire ses droits !

Rappel des droits du lecteur d’après Daniel Pennac

« 1. Le droit de ne pas lire.

  1. Le droit de sauter des pages.
  2. Le droit de ne pas finir un livre.
  3. Le droit de relire.
  4. Le droit de lire n’importe quoi (autorisé pour notre âge).
  5. Le droit de vivre son livre pleinement.
  6. Le droit de lire n’importe où.
  7. Le droit de grappiller.
  8. Le droit de lire à haute voix.
  9. Le droit de nous taire. »

(Daniel Pennac, Comme un  roman, 1992, Editions Gallimard)

Question subsidiaire : comment trouver des livres en français lorsqu’on vit à l’étranger ?
  • La bibliothèque à côté de chez vous a peut-être quelques livres en français. C’est un début ! Vous pouvez aussi vous rapprocher d’une Alliance Française ou d’associations francophones dans votre ville. Elles ont parfois un panel de livres en français à disposition.
  • Certains groupes sur Facebook se créent aussi et proposent des échanges ou des ventes de livres.
  • Vous pouvez bien sûr regarder sur des sites de vente en ligne. Seul bémol : sur les sites français, la livraison peut vous coûter cher.
  • Aux États-Unis, il existe un système de prêt de livres en français : http://www.lespetitslivres.com/
  • Il est possible aussi, pour certains pays, de s’abonner à des revues : en allant sur le site du magazine, vous pouvez vérifier les coûts des livraisons.
  • Autre moyen de livraison, simple et ludique, le tout à moindre coût : des voyageurs peuvent vous amener un colis ! C’est ce que propose le site Beetrip’s qui met en relation des expatriés et des voyageurs : http://www.beetrips.com/
  • N’oublions pas la magie du numérique ! Oui, nous pouvons désormais télécharger des livres au format numérique quasiment instantanément et sans frais de livraison. Oui, mais ça ne vaut pas un « vrai » livre, me direz-vous… Gardons en tête que nos enfants vont de plus en plus travailler avec ces technologies ! Invitons-les au contraire à lire sur ces nouveaux supports.

Aidons donc notre enfant à développer son envie de lire en français en lui faisant goûter ces livres à dévorer, en le prenant par la main pour l’emmener en des terres inconnues, en le faisant rêver dans ces pays imaginaires, en lui faisant découvrir d’autres époques, d’autres gens, d’autres visions du monde. En lui faisant aussi prendre conscience de l’universalité des émotions, des histoires, des mythes.

Et essayons de lui faire comprendre que la langue française est un des tremplins pour accéder à ces nouveaux horizons.

(1) Besoin d’idées ? Catherine Allibert se propose de vous envoyer gratuitement deux fois par mois une sélection de livres récents et d’auteurs francophones, pour des lecteurs de 7 à 16 ans. Il suffit de s’inscrire !

 

Catherine Allibert, une histoire de samouraïsCatherine Allibert
Écrivain et accompagnatrice des enfants expatriés dans le monde de la langue française.

> Son site : http://www.unehistoiredeninjasetdesamourais.com - "Apprendre le français avec la souplesse du ninja et la rigueur du samouraï !"

Elle anime aussi les groupes Facebook :

> Retrouvez-la également dans ces podcasts : « Le français comme j’aime » 

 

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