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Nos conflits de loyauté en expatriation


conflitloyautéEtre expatrié, c’est bouger, quitter son pays, puis partir encore pour un autre, et pourquoi pas revenir ! Et c’est parfois dur de partir… et de savoir pourquoi c’est si dur. Une des causes pourrait être, dans certains cas, liée à notre loyauté, un lien subtil que nous avons tissé et qui nous retient.

Le concept de loyauté est un ensemble d’injonctions intériorisées qui va plus loin que l’attachement, et l’appartenance. Il constitue une part de notre identité. La loyauté est souvent inconsciente, imposée par l’extérieur, ou créée par soi-même. Elle n’est pas rationnelle (« J’achète mon essence chez XX même si elle est plus chère, car mon mari travaille chez XX »). Elle fait intervenir la notion de confiance reçue, de reconnaissance envers l’autre, et donc de dette. Et cette dette morale me pose problème quand j’estime ne pas m’en acquitter correctement. C’est alors là qu’il y a conflit chez la personne entre ce qu’elle doit vivre, et ce qu’elle voudrait vivre pour rester fidèle à cette loyauté. Les conflits de loyauté peuvent être douloureux pour soi et abîmer certains liens affectifs. Cependant s’y confronter fait grandir notre liberté intérieure.

Si les conflits de loyauté sont souvent reliés aux liens intergénérationnels, ils sont aussi fréquemment présents chez les enfants de famille recomposées : « ai-je le droit de bien m’entendre avec ma belle-mère, et n’est-ce pas montrer à ma mère que je ne l’aime plus ? »

Chez les expatriés, il s’opère une évolution de l’identité personnelle ou familiale par les défis relevés, les facettes de notre personnalité que nous avons développées et tout ce que nous avons engrangé comme expériences, souvenirs, sensations… Cette évolution touche aussi notre manière d’être loyal. De plus, quand une personne arrive à une phase d’adaptation ou d’acclimatation en expatriation, elle crée un enracinement local, et donc de nouvelles loyautés : je me sens liée, avec l’ambivalence d’être ainsi relié, mais aussi attaché.

Lors d’un déménagement, trois types de loyauté peuvent être questionnés :

- Vis-à-vis de ma famille ou de mon milieu d’origine : « Je ne peux pas partir en expatriation et m’éloigner de Maman qui vit seule (sous-entendu, « pour rester fidèle, je lui dois cela, avec tout ce qu’elle a fait pour moi »). Je suis la dernière de la fratrie, et c’est moi qui doit prendre soin d’elle (fidèle à mon rôle) ». Ou « j’assume de continuer ma vie nomade (qui convient aussi à mon mari) même si mes parents sont âgés, et j’assume le fait que je pourrais ne pas être là le jour de leur mort » ou : « Je ne peux pas acheter cette belle maison à Londres alors que je viens d’un milieu modeste ».

- Vis-à-vis de l’entreprise : Dans le cas où je décide de suivre mon conjoint « Mon conjoint est muté, mais je ne peux pas quitter cette entreprise ou cette collègue après tout ce qu’elle m’a apporté ».

- Vis-à-vis d’un pays : « Je souhaite que mes enfants parlent français, la France m’ayant accueilli lorsque mon pays était en guerre ». Ou : « Cela fait 10 ans que je vis en Allemagne où mes enfants sont nés, je suis intégrée et assimilée aux familles locales ; et pourtant mon mari décide de rentrer en France pour son travail. Avec ce départ « non imposé », j’ai l’impression de trahir mes amis ». Ou « j’ai enterré un de mes enfants dans ce pays, je n’imagine plus le quitter », « j’ai adopté un de mes enfants dans ce pays, je n’imagine plus le quitter » …

Ces conflits de loyauté nous mettent devant un dilemme, et c’est en cela qu’ils peuvent rendre complexe les mutations :

- Etre loyal, c’est… peut-être se mettre des limites. Nos loyautés peuvent alors nous bloquer dans des choix libres, pour aller de l’avant, oser.

- Etre déloyal, c’est risqué… Nous avons l’impression de trahir nos proches, de leur faire du mal (un mal qu’ils ne méritaient pas), de renier une partie de nous-même, de ne pas être fidèle à ce que nous étions (ou voulions être, ou ce que d’autres voulaient que l’on soit..), et même, de déséquilibrer un système de fonctionnement familial... Il peut alors naitre un sentiment de culpabilité, ne pas se sentir à sa place, ne pas s’autoriser à faire quelque chose….

Alors, réfléchissons aux bienfondés de nos loyautés, et distinguons celles que l’on souhaite honorer car elles nous conviennent, nous structurent ou nous font avancer, de celles qui empêchent d’aller vers plus de vie et qui nous bloquent par la barrière psychique qu’elles posent. Se dire en toute sincérité : « c’est ce que je veux vraiment » demande du courage

-          A qui sommes-nous fidèles, à quoi sommes-nous fidèles et pourquoi ?

-          Quelles sont nos dettes, comment s’en acquitter, est-ce possible ... ?

-          Ces loyauté sont-elles justifiées, viennent-elle de moi ou des autres… ?

-          Ces loyautés sont-elles saines et dans le sens de la vie, ou trop aliénantes, inhibantes, … ? Comment leur laisser la juste place ?

Ces pistes de réflexion sont là pour nous éclairer sur ce qui se passe en nous, prendre du recul en étant attentif à soi, puis vivre une mutation de manière plus légère et plus libre !

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Blandine MugnierBlandine Mugnier est formatrice en communication familiale et animatrice en méthode Vittoz. Elle propose notamment à Houston des ateliers pour accompagner les nouveaux conjoints expatriés, en partenariat avec Adélaïde Russell, psychologue.

 

 

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