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Expériences à l'étranger Le Bénévolat

Humanitaire : aspects psychologiques


humanitaire

Lors d’une expérience d’expatriation dans un pays du Sud, il est fréquent pour une femme d’être amenée à considérer le projet d’intervenir dans une ONG. Qu’il s’agisse d’une intervention à titre bénévole ou rémunéré, ce projet ne va pas de soi, quelle que soit la formation initiale de la personne.

Ce projet peut être envisagé comme une manière utile d’occuper son temps pour les femmes n’ayant pas d’activité professionnelle dans le pays d’expatriation ou bien il peut s’inscrire dans un parcours professionnel pour celles dont les compétences se rapprochent de l’activité de l’ONG. Mon expérience de travail dans le champ de la solidarité internationale et dans l’accompagnement des volontaires, en tant que psychologue, me permet de mettre en avant les principaux risques et bénéfices de l’engagement humanitaire ou solidaire pour les intervenants.

Quelles attentes ? Quelles motivations pour le don volontaire ? 

Travailler pour une ONG correspond en général à un projet personnel et professionnel, où le domaine privé se mélange parfois au travail, impliquant donc un certain nombre d’attentes. Il y a parfois un décalage entre ce que l’on imagine du travail auprès des populations en difficulté et la réalité de ce que l’on trouve sur le terrain. Ce décalage se transforme parfois en fossé et peut engendrer des déceptions de la part de l’intervenant. Cela peut concerner l’organisation dans laquelle il ou elle intervient ou plus simplement la relation entretenue avec les personnes du pays. L’expérience solidaire ou humanitaire est souvent soutenue par l’idée d’un être qui vient aider son prochain dans un souci d’altruisme. Ce mouvement d’altruisme, notamment dans le bénévolat ou le volontariat gagne à être questionné, afin de prendre conscience des enjeux du don volontaire et d’être au clair avec ses motivations et ses attentes, permettant ainsi de limiter les risques de déceptions. Les volontaires mettent l’accent sur des valeurs telles que l’engagement, l’échange, la rencontre interculturelle. Toutefois, le bénévolat ou le volontariat pose la question du don. Les origines religieuses de la notion de don ne sont plus à présenter. Au-delà de cet aspect, le bénévolat notamment pose la question de la gratuité du don. Les anthropologues s’accordent à dire qu’il n’existe pas de gratuité du don, car il s’agit avant tout d’un phénomène de réciprocité : celui qui donne va recevoir à son tour. Les volontaires s’accordent souvent à dire qu’ils ont l’impression d’avoir plus reçu au cours de leur mission que ce qu’ils ont apporté... Il est donc intéressant de s’interroger sur nos propres motivations profondes au don : que s’attend-on à recevoir en retour de notre action ?

Quels bagages professionnels, personnels ? 

Travailler au sein d’une ONG est avant tout une activité professionnelle même si des éléments personnels, relationnels et émotionnels sont fortement engagés dans cette action. L’expérience montre que les bonnes intentions ne suffisent pas à mener à bien une mission au sein d’une ONG auprès de populations en situation de difficulté économique, social, médical, psychologique etc. Il est généralement nécessaire d’avoir à son actif une compétence professionnelle en lien avec le domaine d’intervention de l’ONG. Au-delà de ce constat, il apparaît utile de s’interroger sur la pertinence des actions menées au regard des questions de différences culturelles avec les bénéficiaires des programmes proposés.

Par exemple, un transfert de compétences ou de formations aux intervenants locaux ne nécessite-t-il pas d’être adapté au contexte et à la culture du pays ? Il apparaît donc pertinent de s’engager tout en se formant et en s’informant sur le travail des ONG, le contexte culturel du pays, de faire le bilan de ses motivations et de ses aptitudes professionnelles et personnelles à la réalisation d’un tel projet, qui une fois réussi sera à la fois formateur et transformateur pour la personne engagée. Quel est le vécu de l’intervenant en situation solidaire ? L’intervenant en ONG s’investit souvent au niveau personnel, émotionnel, dans son action auprès des bénéficiaires, d’autant plus si l’intervention se fait directement auprès d’eux (ex : professeur ou animateur d’ateliers avec des enfants ou des femmes en milieu très défavorisé...). Les liens établis sont souvent intenses et étonnants.

Les relations entretenues sont souvent riches, mais elles peuvent parfois venir déstabiliser ou bouleverser la personne expatriée dans ses repères habituelles. En effet, la confrontation à la misère extrême ou aux conséquences de la violence humaine dans un pays en voie de développement ne laisse pas indifférent. Une fragilité chez l’intervenant ou une résonance avec des éléments de son histoire personnelle peuvent se manifester. Il est alors nécessaire d’être attentif à ses propres ressentis, de savoir prendre le temps de penser à soi et de se distancier des situations vécues dans un contexte de travail humanitaire ou d’aide au développement. Les intervenants sont donc souvent amenés à tisser des liens avec les personnes aidés, qui les rendent solidaires de ces personnes à cause de ce qu’ils ont vu, de ce qu’ils ont vécu. Ils peuvent parfois se sentir responsables des plus démunis, car ils ont été témoin de réalités difficiles. Cette responsabilisation de l’autre peut être rapprochée de l’apprivoisement réciproque qui a pu avoir lieu entre deux porteurs de cultures ou de mondes différents. Comme le raconte Saint-Exupéry dans Le Petit Prince, à travers la rencontre de son héros et du renard : le petit prince se sent responsable du renard à cause des liens qu’ils ont établis.

Pour conclure L’expérience solidaire constitue un enrichissement au niveau personnel, à travers les rencontres et les moments partagés avec des personnes issues d’un monde différent. C’est également une opportunité de développer de nouvelles compétences et de valoriser son expérience d’expatriation pour la suite du parcours de vie. Les remarques qui précèdent visent à mettre l’accent sur la nécessité de s’engager en toute connaissance de cause, car le bénévolat ou le volontariat implique des responsabilités envers les autres, mais également envers soi-même.

Lectures conseillées :
Brigitte Tison (2008), Partir en mission humanitaire, Éditions de la chronique sociale
Marc Vachon (2005), Voyage au bout de l’humanitaire, Éditions La Découverte

Aude NGUYEN
Psychologue clinicienne en cabinet libéral
Accompagnement à l’expatriation/au retour en France

Photo du site Femmesenmissionhumanitaire

 


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