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Travailler au Maroc


MarocIsabelle, installée au Maroc depuis 4 ans partage son avis et ses impressions sur les possibilités de travailler au Maroc.

Riche d’une double formation comptable et RH (Master 2 en psychologie du travail/Ingénierie des ressources humaines), j’ai occupé avant de venir au Maroc des postes soit de Responsable administratif et comptable, soit de RRH/DRH. Mon époux est fonctionnaire, et nous avons un peu la bougeotte. Tous les 3, 4, 5 ans, pour lui permettre d’évoluer dans sa carrière, nous changeons de lieu de vie : Nancy, Toulouse, Saint Paul de la Réunion, Hyères, et depuis 4 ans et pour encore cette année scolaire, Rabat, notre première « vraie » expatriation.

Jusqu’à notre retour de la Réunion, je n’avais jamais eu de difficultés pour retrouver un job à chacune des mutations de mon mari. M’ennuyant assez rapidement dans mon travail, je trouvais même mon compte dans ce nomadisme professionnel. En rentrant en France métropolitaine, à 45 ans, j’ai réalisé que, sans le savoir, et bien sûr sans le vouloir, j’étais entrée dans la catégorie « senior » !!!, avec toutes les difficultés que cela suppose pour s’insérer à nouveau dans la vie active. Pendant les 3 années que nous avons alors passées à Hyères, j’ai réussi à travailler pendant 10 mois seulement, en qualité de DRH dans un palace de la Côte d’Azur, à 200 km de chez moi !

Autant vous dire que j’étais hyper partante quand mon époux m’a annoncé sa mutation à Rabat. D’autant qu’une amie marocaine m’avait rassurée : tu es une femme, française, blonde de surcroît, tu n’auras aucun mal à trouver du travail au Maroc... ouf, merci Khadija !!!

Sauf que... c’est à Rabat que j’allais vivre. L’appellation « capitale administrative » a pris tout son sens pour moi. Au Maroc, c’est à Casablanca que tout se passe, c’est là-bas que s’installent la plupart des entreprises internationales, là-bas, à 90 km - 2 h de trajet, que les compétences françaises sont recherchées. Et c’est de là-bas que m’ont appelée plusieurs cabinets de recrutement, à qui j’ai dit non la mort dans l’âme...

J’ai consacré un an à ma recherche d’emploi sur Rabat. J’ai eu quelques pistes, mais entre les salaires pas très motivants (on m’a proposé l’équivalent de 600 euros/mois pour un poste de RRH), des conditions de travail beaucoup moins favorables qu’en France (44 h/semaine, 4 semaines de congé/an, une couverture sociale réduite à une peau de chagrin...), j’ai fini par renoncer.

J’ai quand même été durant 4 mois conseillère d’orientation dans une institution française, avant de faire ce constat : j’avais plus envie d’exercer à nouveau mon métier, celui qui me passionne, que d’occuper n’importe quel emploi, juste pour travailler.  J’ai démissionné et décidé de retrouver d’une manière différente mon « utilité sociale ». J’ai notamment monté, au sein d’une association, une sorte d’atelier d’insertion, dont le but était d’aider les conjoints d’expatriés (ceux que j’appelle les « conjoints suiveurs ») à réussir là où j’avais échoué, en leur faisant partager mon expérience et celles d’autres personnes ayant par exemple créé une entreprise, en les aidant à se constituer un réseau et à le développer, et en leur faisant bénéficier de mes compétences RH (ateliers CV, simulation d’entretien...).

Spécificités du marché du travail marocain

C’est donc essentiellement au cours de ma recherche d’emploi et de mes activités bénévoles que j’ai pu constater certaines différences dans les modes de fonctionnement. On peut je crois passer des années à chercher un job, si l’on s’en tient aux méthodes classiques, occidentales. Ici, rien ne sert d’envoyer des CV à tout va, il faut se déplacer, se faire connaitre, être vu : aller porter soi-même sa candidature à un poste, discuter avec la réceptionniste, essayer de rencontrer la personne en charge du recrutement, en gardant bien à l’esprit qu’un employeur marocain préfèrera souvent embaucher le fils du voisin du cousin de son chauffeur, même s’il n’a pas exactement les compétences recherchées, plutôt que quelqu’un qui les possède potentiellement,  mais avec qui il n’aura aucun lien, même ténu.

Il ne faut donc pas hésiter à parler de sa recherche tous azimuts : dans les soirées, aux collègues marocains de votre conjoint, au petit marchand de légumes du marché, aux chauffeurs de taxi...

On l’aura compris, ici plus qu’ailleurs il s’agit de réseauter !!!

Le rapport au temps est aussi relativement différent et comporte certains paradoxes : on peut être confronté à une certaine notion d’immédiateté (la parole donnée l’est dans l’instant, elle est valable aujourd’hui, pas forcément demain, d’où l’intérêt de battre le fer tant qu’il est chaud, de harceler presque la personne qui vous a fait une promesse), mais aussi à son contraire : vous avez le poste, on vous l’a annoncé officiellement, mais il peut se passer des semaines, voire des mois, avant que vous puissiez prendre vos fonctions. On apprend la patience !

Ce qu’il faut savoir aussi, c’est que la plupart des marocains sont foncièrement gentils, qu’ils ont peur de déplaire, peur de faire de la peine en disant non. Et qu’un oui peut signifier « oui, je veux t’aider, te faire plaisir, oui j’aimerais t’embaucher, mais non je ne vais sans doute pas pouvoir le faire ». Le comprendre permet d’éviter bien des désillusions.

Comme vous pouvez le constater, travailler au Maroc n’est pas si simple. L’emploi est protégé, c’est la préférence nationale qui est appliquée. En dehors des ressortissants de certains pays (Tunisie, Algérie, Sénégal) ou les conjoints français des couples franco-marocains pour lesquels aucune démarche particulière n’est exigée, un employeur qui souhaite embaucher un étranger doit engager une procédure avec l’ANAPEC  (Pôle Emploi local) - qui, avec les délais administratifs, peut prendre plusieurs mois - et prouver qu’il n’a pas trouvé les compétences dans le pays. Si la procédure aboutit, la personne obtient un contrat type, un imprimé vert visé par le Ministère du Travail. Tout autre contrat n’est pas officiel. L’entreprise doit faire chaque année à l’Anapec une demande de renouvellement du contrat. Après 3 ans de présence du salarié sur le sol marocain, ce renouvellement peut être accordé pour une durée de 5 à 10 ans.

De nombreuses professions libérales ne sont pas accessibles aux étrangers. Médecins, infirmiers, kinés, psychologues... ne peuvent pas exercer ici. D’autres le sont (architectes par exemple) à condition d’être salarié (et donc de satisfaire à la procédure Anapec...), pas question d’ouvrir votre propre cabinet.

Avec la crise, j’ai vu beaucoup de français débarquer au Maroc, souvent avec conjoint et enfants, en pensant qu’il serait plus facile pour eux d’y trouver un emploi. D’autres avaient déjà trouvé cet emploi avant le départ, mais ont été confrontés à certaines désillusions (conditions de travail, salaires non versés, engagements contractuels non honorés...) J’en ai vu beaucoup repartir dépités et amers quelques mois plus tard...

Le Maroc est un pays attractif, proche géographiquement de la France, et où il fait bon vivre. Il est considéré comme « une expatriation facile ». Il l’est, à condition de bien boucler son projet et de ne rien laisser au hasard.

Isabelle
Rabat
Automne 2014

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