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Dépasser le syndrome du vilain petit canard


 Dépasser le syndrome du vilain petit canardIl y a des jours où les success stories m’insupportent. Sheryl Sandberg par-ci, Richard Brandson par-là. Et Christine Lagarde qui est si fantastique, et tel expat qui a si bien réussi, lui ! Et moi, et moi, et moi… Non mais moi, je suis nulle ! Un ver de terre qui regarde les étoiles. Et leur éclat si haut et si brillant ne me rend pas du tout plus belle et exceptionnelle. Juste plus impuissante et plus frigorifiée sur la terre gelée.

 
Visiblement, je ne suis pas la seule à ramper dans mes doutes.

28 janvier 2017, 9h. Réunion d’un groupe de job booster cocoon à ses débuts. Chacun donne des nouvelles de sa semaine. J’écoute en silence. « Oui mais moi, le problème… », « Non, mais moi, je n’ose pas… », « Vous vous êtes super forts, mais moi, je ne suis pas capable de… » et pour finir cette remarque collector « vous dites tous que vous êtes nuls alors que vous avez des super profils, sauf que moi dans mon cas, c’est vrai que je suis nulle ! ». Séquence kleenex. Même la bright business girl avec son top MBA à Londres qui impressionnait tout le monde a les lèvres qui tremblent et les yeux qui brillent.

Salon du livre expat le 24 janvier 2017. 50 auteurs viennent présenter leurs livres. « Moi ma vie, mon œuvre ». Tout semble glamour, brillant, facile. Un membre du groupe Expat Value nous contacte en message personnel « j’admire toutes ces personnes qui ont osé écrire, elles sont incroyables, comment ont-elles fait ! ». Et mon cœur se serre en la lisant. Mon cœur se serre et crie « stop, imposture », car je connais l’histoire de plusieurs de ces auteurs et j’ai été témoin de leurs moments de doutes et de leur découragement.

Grand moment de solitude

Mon cœur se serre aussi parce que ce mail me ramène il y a 10 ans en Espagne. Un jour d’impasse. Sentiment de m’être trompée de voie, une petite voie de sape me susurre que la vie m’avait donné une chance, mais bad choice, game over. Bon début de carrière, mais finalement c’est la case « mère expat, au foyer malgré elle. Mais réjouis-toi chérie, ton mari fait une belle carrière et tes enfants seront bilingues. Pendant ce temps-là, tes copines s’éclatent dans des postes prometteurs ».

Depuis une heure, au parc à Barcelone, je pousse un enfant sur la balançoire « encore, Maman, encore ! ». En survêtement informe, les cheveux dans la figure, la classe ! Entre les mèches rebelles, j’aperçois une blondinette pimpante qui part au bureau en sautillant sur ses talons-tailleur-chignon impeccables. Un sentiment d’exclusion m’étreint la gorge, une évidence terrible d’échec et de solitude : « avec mon survêtement en pilou, je ne ferai jamais partie du club des barby girls ». Je suis le ver de terre qui se fait mal à se comparer aux étoiles.

Jusqu’à la rencontre fortuite

Un jour, en 2006, j’ai croisé une femme. Son métier : aider les gens à trouver leur mission professionnelle puis à la mettre en œuvre. Elle m’a semblé si sage, et sereine, et puissante. Je me suis sentie comme le petit canard qui regarde passer les cygnes. Comme ils sont beaux ! Les mots du conte me revenaient. « Il ne savait comment s’appelaient ces oiseaux, ni où ils allaient ; mais cependant il les aimait comme il n’avait encore aimé personne. » J’ai senti qu’il existait un lien puissant entre elle et moi, tout en me pensant bien incapable de l’égaler. Etait-ce un signe ? Son cabinet s’appelait « Cigna »… Depuis, j’ai beaucoup réfléchi à cette histoire du vilain petit canard.

L’envol

28 janvier 2017 encore, 11h. Réunion d’un autre groupe de job booster cocoon dont les membres se réunissent depuis des mois. L’ambiance est à la fois studieuse et détendue. Chacun avance sereinement vers son projet. Je ne suis plus en survêtement en pilou, mais pas plus en talons-tailleur-chignon. Mon bébé a grandi, je ne pousse plus la balançoire. Au fond de mon impasse professionnelle se cachait une belle issue. Mais mes doutes n’ont pas été inutiles. Ce sont eux qui me permettent de comprendre les fragilités des autres et de les aider à les dépasser. Dans ce deuxième groupe, les vilains petits canards ne se morfondent plus dans leur mare, nous volons en formation en V, comme tous les migrateurs.  Aucun miracle dans cet envol, aucune promesse magique.

Je constate simplement trois choses :
  • Certains moments de doute nous révèlent notre fragilité, une fragilité inquiétante et déroutante ; une fleur fanée ne pèse pas grand-chose. Mais il ne faut pas s’arrêter au syndrome du ver de terre, c’est juste une période « vilain petit canard ».
  • Ces traversées arides semblent désertiques, mais on découvre un jour qu’en fait, elles étaient fécondes et que c’est là qu’ont germé nos plus beaux talents.
  • C’est l’attraction d’un cygne de passage, la chaleur d’une rencontre, l’appel d’un groupe d’amis qui nous tirent de ce marasme ; on ne sort pas seul du syndrome du vilain petit canard.

Et grâce aux autres qui me rappellent mes talents, je me souviens tout à coup que je ne suis pas un ver de terre qui jalouse les étoiles. Brillez donc les Sandberg, Lagarde et autre Brandson. Je suis un cygne qui suit sa route en s’appuyant sur ses compagnons, se souvenant avec tendresse des moments où il pensait n’être qu’un vilain petit canard. Quand je suis en forme, je suis à la pointe du V de notre vol. Quand je fatigue, je vais sur les côtés. Et si nous passons près d’un petit cygne seul, j’espère qu’il aura le courage de venir nous voir.

Alix Carnot

Alix Carnot - Expat Communication Alix Carnot est directrice du pôle Carrières chez Expat Communication et auteur de « Chéri(e) on s’expatrie ! Guide de survie à l’usage des couples expatriés » Eyrolles 2016.

Et merci à Victor Hugo pour son inoubliable Ruy Blas « Qui souffre, ver de terre, amoureux d’un étoile ». Rendons à César…

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