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Chine Les témoignages des expats confinés Ma destination Shanghai

Covid-19 ou le virus masqué


Virus-masque-chroniques-Delphine-Shnaghai-UNE femmexpat 559x520Expatriée à Shanghai depuis plus de cinq ans, Delphine a, comme beaucoup, pris la réelle mesure du Coronavirus en Chine fin janvier. Loin de vouloir se laisser abattre ou effrayer, elle a décidé de transformer cet « événement » en un réel tournant positif.  

Experte en communication, l'avènement du Coronavirus / Covid-19 en Chine, chamboule ses habitudes et la pousse à prendre sa jolie plume pour partager ses impressions et son expérience de vie. Objectif : témoigner, laisser une trace, et contribuer à ce que cet épisode historique ne soit pas oublié…

Découvrez ici un condensé de ses "chroniques coronavirales". 

 

Ce sentiment étrange

Fin décembre 2019, je commence à voir sur mes alertes quotidiennes Google, des articles parler d’un nouveau virus inconnu, de quelques malades, là-bas à Wuhan, au beau milieu de la Chine. La Chine, c’est mon pays d’accueil depuis cinq ans. Et malgré les différences culturelles permanentes (comme un puits sans fond), l’éloignement avec ma famille et mes amis, j’y suis très attachée !

Je lis ces nouvelles sans trop m’inquiéter. Tout en gardant un œil vigilant sur l’évolution de ce phénomène.

Janvier arrive. Reprise en mode accéléré puisque les vacances du Nouvel An Chinois démarrent cette année le 24 janvier et celles-ci sont sacrées ici ! Tout le pays ou presque tourne au ralenti : une immense migration humaine s’opère, chacun retournant dans sa ville natale auprès des siens.

Nous partons comme prévu rejoindre des amis pour une semaine paradisiaque de plongée (déjà une histoire de masques !). Mais à l’aéroport, d’habitude bondé, flotte un sentiment étrange : les halls sont vides, tout le monde porte un masque (fait très rare en Chine, contrairement au Japon).

Bref, nous avons le pressentiment que nous ne retrouverons pas le même Shanghai à notre retour…

 

 

Partir ou rester ?

Durant cette semaine de vacances hors du temps, nous sentons comme une ombre progresser. Nous restons connectés : les uns prennent les premières mesures de gestion de crise dans leurs sociétés respectives, les autres s’informent des modifications de la vie quotidienne. Le lycée de Shanghai annonce d'ailleurs le report de la rentrée au 17 février et la mise en place du e-learning.

 

Plusieurs de nos amis décident alors de rentrer en France quelque temps, d’autres de prolonger leurs vacances hors de Chine.

Pour nous, c’est évident, nous rentrons chez nous, à Shanghai.

Le risque sanitaire ne nous semble pas important, tout du moins à Shanghai, et puis détail non négligeable, notre petite chatte nous attend !

 

Plus sérieusement, au fond de nous-mêmes, nous repensons à notre précédente expatriation, à Tokyo.

Arrivés quelques mois après la catastrophe de Fukushima, nous avons vécu environ un an de fortes répliques sismiques et expérimenté la vie quotidienne compliquée par les résidus radioactifs dans les sols et eaux du pays.

Nos amis nous ont longuement raconté les événements, le terrible tremblement de terre, l’effroyable tsunami, la peur du nuage radioactif, le rapatriement des familles en urgence.

 

Alors, ce virus qui ressemble à une mauvaise grippe (certes très contagieuse et assez méchante), ne nous effraie pas.

Nous sommes en bonne santé et Shanghai n’est pas Wuhan.

De plus, mon mari n’envisage pas autre chose que de continuer à travailler pour son entreprise, de soutenir sur place ses salariés. Et moi, je n’envisage pas de ne pas le soutenir. Notre fille, elle aussi, souhaite rester avec nous.

 

 

Vis ma vie d’épidémie

A notre retour sur Shanghai, nous réalisons au jour le jour ce qu’il est en train de se passer

Le réseau social WeChat (mix de WhatsApp, Instagram, Facebook, Snapchat) s’échauffe un peu plus que d’habitude. De nombreux groupes s’y constituent, pour s’informer, s’entraider.

Il y a notamment celui créé par l’UFE-Shanghai (Union des Français de l’Étranger) en collaboration avec le docteur Guillaume Zagury, spécialiste en Santé Publique et Innovations, qui envoie chaque jour un point à date, composé des chiffres officiels chinois (les seuls disponibles) et de ses analyses : c’est simple, lisible, factuel et positif, bref indispensable !

 

La course aux masques s’engage

C’est déjà la rupture de stock, et nous devenons experts en type de masques : les jetables, les durables, ceux qui ne servent à rien… Le nouvel accessoire tendance de l’hiver 2020 s’appelle le N95, et ça, les VOGUE, ELLE et autre VANITY FAIR ne l'avaient pas anticipé !

Très vite, tout ferme autour de nous : entreprises, sites touristiques, musées et galeries, restaurants, bars, salons de massage (une institution en Chine !), coiffeurs, boutiques et autres commerces. En résumé, tout ce qui peut favoriser le contact entre les gens et le rassemblement. Seuls les magasins alimentaires, les pharmacies et les services d’urgences des hôpitaux restent ouverts.

 

FemmExpat3 SHShanghai, ville à l’énergie légendaire où tout fonctionne 7 jours/7, est devenue une ville fantôme

Les rues sont désertes. Pas un bruit de voiture. Chacun est prié de rester chez soi au maximum. La population chinoise se montre extrêmement résiliente, disciplinée (ça, on s’en doutait), et bienveillante, tout du moins à Shanghai. Mais nul doute qu’au fond d’eux-mêmes, les Chinois ont très peur…

Honnêtement, nous ne nous sentons personnellement absolument pas en danger sanitaire. Je rappelle les chiffres de la ville au 9 février : 286 personnes infectées par le Coronavirus sur une population de 24 ou 25 millions d’habitants… Mais de toute évidence, il faut considérer deux Chine sur cette problématique : la région du Hubei (celle de la ville de Wuhan) et le hors-Hubei.

Ma crainte principale reste qu’en cas de forte fièvre, les seuls établissements habilités à recevoir les patients, les détecter au Coronavirus et les soigner sont des hôpitaux publics chinois…

 

 

La Petite Maison dans la Prairie

Chez nous, la cellule familiale se réorganise, et le moral reste bon ! 

Mon mari a transformé notre coin bureau en cellule de conference call la première semaine. Activité de gestion de crise à plein temps, il faut se montrer réactif et inventif sur tous les fronts !

Il retournera, masqué – puisque nous n’avons plus le droit de sortir sans masque - à son bureau dès l’autorisation de réouverture, et sera rejoint peu à peu par d’autres, au fil des jours.

 

Puis, les compagnies aériennes stoppent leurs vols vers la Chine

Résultat, plus de déplacements, plus de dîners professionnels... Une aubaine : nous n’avions jamais pris autant de repas familiaux ensemble !

 

Si le lycée est fermé, point de vacances prolongées

Le e-learning mis en place en un temps record démarre en fanfare et notre fille est bien occupée du matin au soir.

Chaque professeur envoie tous les matins les cours, exercices et devoirs à faire, respectant l’emploi du temps du jour. Il y a même eu une vidéo de rétropédalage en natation à visionner pendant le cours de sport, mythique ! Même si cela n’est pas facile d’intégrer les nouvelles notions sans interaction avec les enseignants, les épreuves du bac à l’horizon et le contrôle continu de la réforme sont une motivation suffisante pour elle.

Reste que les pauses entre les cours, les rigolades entre copains, les entraînements de foot, lui manquent un peu plus chaque jour.

 

Inspiration coronavirale

Un des faits les plus marquants pour moi est l’inspiration née de ce satané virus.

Le lycée français, outre le e-learning (et tout le travail de liaison avec les autorités locales en vue de la future réouverture), ne manque pas de créativité pour suggérer activités ludiques, culturelles et sportives aux petits et grands : quizz sportif, challenge de fitness, visites virtuelles de musées de Shanghai, activités de la Cité des Sciences, concours artistique sur le thème « Je vis une expérience hors du commun et je la fais partager ! » etc.

Et quand les autorités ordonnent aux écoles chinoises de se mettre au e-learning, c’est du lourd…

Les classes de primaire sont diffusées sur une chaîne TV nationale (imaginez cela sur France 2 !). Les classes niveaux collège et lycée utilisent une plateforme dédiée, classe par classe. Le tout étant soutenu par les trois plus gros opérateurs télécoms (China Mobile, China Unicom et China Telecom), ainsi que les grandes entreprises de la TEC (Huawei, Baidu et Alibaba), priés d’unir leurs efforts pour assurer la fluidité de la bande passante internet, pour les quelques 50 millions d’étudiants qui sont en même temps sur le même canal…

On assiste sans doute à un tournant technologique et comportemental dans le secteur de l’éducation.

 

Les familles avec des enfants plus jeunes souffrent

Pas évident pour les parents de s’improviser tuteurs et de faire tenir sur la durée, des primaires ou de jeunes collégiens avec des devoirs qui durent des heures. Je mesure ma chance avec ma grande fille autonome ! Sans parler de mes amies elles-mêmes professeurs au lycée français qui ont la double casquette depuis leur domicile. Une ambiance du style La petite Maison dans la Prairie chez certaines…

 

 

 

Table d’hôtes versus 3M

Avec la fermeture des restaurants, notre table s’ouvre de plus en plus. Avec les copains, les voisins, nous approfondissons des relations sans doute un peu trop superficielles jusqu’ici.

 

L'heure est à l'empathie, la bienveillance, la fraternité, l’amitié, ancienne ou récemment éveillée.

Quand nous nous retrouvons, c’est pour échanger, au sujet du virus bien sûr, mais rapidement on passe à autre chose et on sent bien que, quel que soit le futur, ces instants et ces échanges resteront importants et indélébiles.

 

Au dehors, on réalise une fois de plus que les Chinois sont d’une réactivité incroyable.

En quelques jours à peine ont fleuri affichettes, messages et vidéos pour donner les consignes à suivre afin d’éviter au maximum la contamination. Chaque compound/résidence, chaque lane (ruelle semi-privative), chaque bureau, ont mis en place une procédure de contrôle stricte :  identité, température corporelle, voire quarantaine de 14 jours à respecter.

 

La règle d’or (du docteur Zagury) reste celle des 3M :

  • Porter un Masque (dès que l’on sort de chez soi)
  • Se laver les Mains (50 fois par jour pour moi je pense)
  • Eviter tout contact avec un Malade

 

 

#jenesuispasunvirus

Depuis la France nous parviennent de nombreux témoignages qui m’attristent particulièrement

En effet, les Chinois de France, les Français de Chine rentrés au pays quelque temps, et même les Asiatiques en général (car peu de gens en France font la différence entre un Japonais, un Chinois, un Coréen…), sont victimes de discrimination raciale. Car oui, c’est le mot.

A commencer par les médias, comme cette Une du Courrier picard, qui titre  : « Alerte jaune » avec ce joyau qu’est la Cité Interdite en arrière-plan…

Il y a aussi cette maman de Shanghai, restée en France après les vacances du Nouvel An Chinois, qui, ayant emmené ses deux jeunes enfants chez le coiffeur, voit la conversation stopper net lorsqu’au bout de questions un peu insistantes (une discussion de salon de coiffure, quoi !), elle avoue habiter à Shanghai d’habitude. Cela vous fera 35 euros, merci et au revoir…

 

Notre fille a par ailleurs eu récemment ce sujet de rédaction en chinois 

 

« Si j’étudie le chinois, je peux tomber malade »
« Si nous allons au restaurant chinois pour dîner, nous allons sûrement tomber malades ! »

« Pourquoi ne rentrez-vous pas chez vous au lieu de rester en France et de nous transmettre le virus ? »

Ces propos ont été entendus récemment en France. Que répondriez-vous à ces gens ? (120 mots minimum).

 

Même s’il ne faut pas généraliser, ces quelques anecdotes ne doivent pas être tues. Surtout quand on sait comment les choses vont évoluer dans le monde en peu de temps concernant ce virus…

 

 

 

Le virus du don

Quant à moi, ces bouleversements m’ont décidée à bouger plusieurs lignes

Tout d’abord à rester plus que jamais active sur WeChat, dans les différents groupes, pour informer, faire circuler les bons plans, aider à faciliter le quotidien, répondre aux questions, si nombreuses ces derniers temps.

 

Et aussi à donner mon sang, enfin

Rassurée par un médecin sur les conditions sanitaires des centres de don et consciente que les malades sévèrement atteints par le Coronavirus peuvent avoir besoin de transfusions sanguines pour traiter l'insuffisance respiratoire, je me suis jetée à l’eau et je suis allée me délester de 400 ml de sang.

On se sent plus légère après !

 

Et enfin, à ouvrir un blog.

Depuis des mois, malgré les suggestions pressantes des uns et des autres, je procrastinais à me lancer pour diverses raisons (mauvaises forcément). Mais là l’évidence s’est imposée à moi. Pour prendre du recul, pour rester positive, pour informer et rassurer les proches, pour témoigner d’une expérience particulière et surtout pour ne pas oublier dans quelques années…

 

 

A l’heure où je rédige ces quelques lignes, les nouvelles confirment la volatilité de ce satané virus

Le Coronavirus se répand à grande vitesse dans le monde entier... J’espère que les autorités sauront prendre les mesures adaptées pour éviter l’épidémie massive. Je pense surtout à tous les pays dont les systèmes de santé publique ne sont pas armés face à un tel phénomène.

La Chine et tous les Chinois continuent le combat - car il n’est pas terminé, notamment à Wuhan. Mais déjà on ne peut que saluer l’efficacité des mesures drastiques prises. La discipline si difficile pour nos mentalités occidentales va sans doute s’avérer le meilleur des remèdes contre cette épidémie sans frontières.

 

 

Pendant ce temps, Shanghai reprend vie

Les magasins et restaurants rouvrent un à un, discrètement, avec mille précautions. Les gens sortent un peu plus...

Le printemps n’est pas loin.

 

 

 

Delphine

Pour suivre les billets de Delphine, rendez-vous sur son blog : https://delphblog.com

 

 

 

 

 

 

Fidèle à sa devise "Together, we care for expats", Expat Communication, éditeur de FemmExpat.com et Expat Value, le site de la carrière à l'international, met en place un

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