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Chili Les témoignages des expats confinés Ma destination

Le coronavirus vu du Chili


Le-coronavirus-vu-du-chili-UNE-FemmExpat-559x520Alors que l'Europe se déconfine, l'épidémie est loin de faiblir au Chili qui enregistre un nouveau record de contaminations. Ce pays d'Amérique du Sud connaît une forte hausse du nombre de cas de Covid-19 depuis deux semaines, ce qui a poussé le gouvernement à décréter un confinement obligatoire dans la capitale.

Santiago, en confinement depuis le 16 mai, est le principal foyer de l'épidémie au Chili, avec 90% des cas du pays. Jusque-là, le gouvernement avait misé sur des confinements partiels et sélectifs, ainsi que sur un dépistage massif.

Mais le pays connaît depuis deux semaines une hausse très importante des contaminations, ce qui a poussé le gouvernement à décréter un confinement obligatoire pour les 7 millions d'habitants de la capitale.

Olivia, expatriée française, partage son point de vue sur la situation sur place. Après 3 ans au Brésil, avec son mari et leur fille, elle réside aujourd’hui à Santiago au Chili. Sans leurs deux fils aînés sont restés en France pour préparer le concours d’entrée aux grandes écoles. 

Face à l’évolution de la situation sanitaire, elle nous confie son inquiétude et nous avoue passer son temps à tenter de trouver un vol de retour pour la France.

 

Après les contestations d'octobre 2019, je n’aurais pensé revivre un couvre feu et un confinement

En octobre et novembre 2019, de nombreuses manifestations, appelées ici « la Révolution contre les inégalités sociales et économiques », ont perturbé le Chili qui fonctionne toujours avec la Constitution élaborée sous Pinochet.

Parties de l'augmentation du prix du ticket de métro, les manifestants auront au final des revendications bien plus importantes comme la demande de démission du Président, l’adoption d’une nouvelle Constitution et la réforme des retraites…

Avec cette crise sociale, nous avons donc vécu un premier couvre-feu et un confinement dans nos maisons. Je n’aurais pensé revivre cette situation mais depuis lors, le Covid-19 a également touché le pays…

 

"Le Covid n’arrivera pas ici, nous sommes protégés par la cordillère et par l’océan !"

Fin février, de retour d'un séjour en France avec ma fille, nous atterrissons de nuit à Santiago. A 3h du matin, tout le personnel de l'aéroport est masqué et ganté. Une infirmière prend nos températures et nous donne l'accès aux comptoirs des policiers.  

Je me réjouis de voir que le pays prend des mesures pour éviter la contagion… Enfin, c’était ce que je pensais à ce moment là...

Le Chili a eu "la chance" de n'avoir eu son premier cas de coronavirus que le 3 mars, rapporté par un médecin chilien revenant de l’étranger. Beaucoup de chiliens pensent encore que « le Covid n’arrivera pas ici, nous sommes protégés par la cordillère et par l’océan ! ». 

Au vu de ce qui se passe partout dans le monde, on aurait pu penser que le pays aurait tiré des leçons de l’expérience de l’Italie, de la France ou de l’Espagne afin d’anticiper et de préparer au mieux cette crise.

Mais le gouvernement annonce des chiffres et présente une courbe de contagion très basse… Il prend la décision de ne  pas confiner totalement le pays. Beaucoup de salariés continuent à travailler, les gens continuent à vaquer à leurs occupations, à leurs loisirs et déplacements. On est toujours dans le déni «il n’y aura pas d’épidémie ».

 

Mi-mars finalement, le Gouvernement prend diverses mesures :

  • Fermeture des établissements scolaires dès le 16 mars

    Le Lycée Français de Santiago ferme et nous incite à nous mettre en quarantaine avec nos enfants à la maison. Je les remercie d'ailleurs d’avoir très vite  attiré notre attention et répété la consigne à tous, nous motivant à rester chez nous.

  • Dès le 13 mars, l’accès au métro se fait avec masques 

  • Une partie de la population demande avec force à partir de 15 mars un confinement total.

    Certains Chiliens vont finir par le faire de façon volontaire. Ce seront ceux qui peuvent, ceux qui sont en télétravail ou ceux dont les entreprises ferment. La quarantaine ici a été réclamée à corps et à cris par de nombreux maires ; et certaines fois  j’ai eu l’impression qu’il fallait forcer la main du gouvernement.

  • Le 18 mars, le président annonce la fermeture des frontières pour 90 jours.

    Nous ne nous inquiétons pas et laissons les touristes français regagner la France pensant pouvoir le faire après… Erreur ! A ce jour, nos billets sont annulés et même si nous devons rentrer, force est de constater que nous sommes bloqués au Chili.
            

Durant le mois de mars, nous devions regarder les infos plusieurs fois par jour car les décisions étaient prises en cascade : fermeture des centres commerciaux, restaurants, cinémas, coiffeurs, bars, salle de sport… horaires des supermarchés modifiés.

  • Un couvre feu est décrété le 22 mars et est toujours valable de 22h à 5h.

  • Le 8 avril, le Gouvernement annonce enfin le port de masque obligatoire dans tous les lieux publics.

 

Des quarantaines "tournantes" finalement levées

La quarantaine obligatoire décrétée seulement dans certaines communes le 20 mars est levée rapidement

En effet, selon le gouvernement la courbe infléchissait mais il s’agissait de relancer les activités économiques. Le gouvernement ne met donc pas tout le pays en quarantaine comme la France ou l’Italie ; mais choisit de procéder à des quarantaines tournantes.

Le résultat est catastrophique, la contagion est énorme, les foyers de contagion se multiplient…

Pour la première fois depuis le début de la pandémie au Chili, après une augmentation de 60% des cas en 24h, le 15 mai à 22h tout le « grand Santiago » est totalement mis en quarantaine stricte avec contrôle de la police et de l’armée.

Les rues sont de nouveau désertes comme en octobre.

La ville parait morte et nous entendons de plus en plus fréquemment les sirènes des ambulances, du Samu, de la police ou le bruit des hélicos. De gros camions avec des espèces d'énormes turbines passent dans les rues pour désinfecter l’air et le sol.

Nous devons demander des permis de sortie sur le site des carabinieros

Nous avons droit à 2 sorties par semaine pour faire les courses. Sortir le chien se fait aussi sur autorisation de 30min et sans dépasser 2 rues de notre domicile. Tout est calculé et policé et les amendes aussi.

 

La municipalité invite à dénoncer ses voisins

Un des chocs pour moi a été de recevoir via la municipalité des invitations à dénoncer ses voisins s’ils ne respectaient pas les consignes, notamment s’ils sortent trop. On a intérêt à être en bon terme avec les voisins!

Pour la vie de la maison, la facilité ici est de pouvoir se faire livrer ses courses via de multiples applications. Nous ne trouvons plus de lingettes désinfectantes en supermarché mais les masques sont disponibles en pharmacie. Il n’y a plus de gants mais le gel hydroalcoolique est présent partout.

On peut se faire livrer ainsi : médicaments, eau potable, gaz, commande de restau, la nourriture des animaux, la boulangerie etc… Mais je reste confrontée à un cas de conscience car en utilisant ces appli ce sont des hommes et des femmes qui prennent les risques à ma place. Mais… si je ne le fais pas, ils ne peuvent subsister et nourrir leur famille.

Il y avait ici un grand nombre de chauffeurs UBER et depuis fin mars, ils ne travaillent plus. Les profs de sport qui venaient à domicile, femme de ménage etc…tous ces emplois précaires et ces populations vulnérables le sont encore plus.

Nous avions d’ailleurs reçu une alerte via la commune de recrudescence de cas d’agressions, de vol à l’arrachée, et de cambriolages. Avec le confinement les chiffres baissent de nouveau.

Par contre, depuis 15 jours et pour la première fois depuis notre arrivée au Chili nous avons régulièrement des passants qui sonnent au portail pour demander des denrées alimentaires.

Les gens ont faim et sont sans le sou dans certains quartiers.
        

Les Chiliens sont dans la rue et crient à l’abandon

Avec la pandémie, le mouvement de protestation contre le gouvernement a provisoirement été mis sous cloche...  Mais depuis le 18 mai, des manifestations éclatent, des barricades se montent à nouveau avec des pneus ou des palettes en feu.

Les gens ont faim et disent que s’ils ne meurent pas du Covid, ils mourront de faim.

Le gouvernement a réagit trop tard et même si depuis quelques jours il y a des distributions de colis aux familles nécessiteuses la colère ne faiblit pas.

 

Un système de santé inégalitaire

Le système de santé chilien est organisé sur un modèle où tous les salariés sont obligatoirement couverts par une cotisation salariale imposée sur leurs salaires et retraite, comme en France. Ils doivent aussi payer une mutuelle comme nous.

Le Chili possède des structures médicales modernes avec des services médicaux publics et privés. Mais l’inégalité d’accès aux soins est toujours importante

En gros ceux qui ont de l’argent vont dans des cliniques privées et sont pris en charge alors que dans les hôpitaux publics, l’accès aux soins peut se faire avec un délai conséquent : hors pandémie certains rapportent des délais d’attente d’un an pour une chirurgie de la vésicule.

Le 7 février,  le President Piñera avait déclenché l’alerte sanitaire pour permettre l’achat des tests, de respirateurs, de lits de soins intensifs et de centraliser au niveau de l’État le système de santé. Mais cela n’aura pas suffit.

Le système de santé chilien est saturé et certains hôpitaux se déclarent en situation de collapsus alors que le pic de la contagion de Covid-19 est attendu fin mai ou juin selon le gouvernement.

 

Après avoir semblé relativement épargné par la propagation du virus en mars et en avril, le Chili a finalement été rattrapé par l’épidémie

Chaque jour, nous avons le bilan et celui du 1er juin 2020 montre l'augmentation alarmante du nombre de cas : 105.159 cas (dont 5471 nouveaux cas ces dernières 24h) pour une population d’un peu plus de 18 millions d’habitants. Quant au nombre de décès (1.113 au total), ils viennent d’annoncer que le mode de calcul des décès n’incluait pas les critères de l’OMS et que de ce fait les chiffres allaient désormais augmenter car ils doivent se mettre aux normes.

Moins de 300 appareils de ventilation en réa sont disponibles dans tout le pays - 700 appareils sont attendus sous peu. A Santiago les adultes sont désormais mis sous appareils pédiatriques dans certains hôpitaux. 

Depuis la semaine dernière le  gouvernement ordonne aux hôpitaux publics et privés de multiplier le nombre de lits et de respirateurs. On comprend rapidement que les hôpitaux ne seront plus en mesure d’absorber le flux de malades du COVID-19 : 98% des lits de soins intensifs sont occupés. Les hôpitaux de Santiago procèdent à des transferts de malades en province. Un hôpital de campagne est construit d’urgence pour faire face à l'afflut de malades.

La situation du nombre de soignant est également évoquée car il ne sont pas assez nombreux et se pose dorénavant la question éthique du choix des malades.

Depuis le Covid-19 et les licenciements qui en ont découlé, on voit apparaitre des loteries solidaires pour financer les frais de santé.

 

Et les expats dans tout ça ? 

Les expatriés français sont probablement ceux qui ont le mieux anticipé cette crise en prenant exemple sur le déroulé en France.  Nous avons aussi la chance de pouvoir faire nos courses en grande quantité et de pouvoir stocker avant le début du confinement. Pourquoi ?

Pendant les évènements d’octobre, nous avions été pris de court avec les supermarchés fermés ou vandalisés ou brûlés. Nous avons tous fait des queues monstres pour pouvoir nous approvisionner. Il était prévu qu’avec l’étude de la Constitution en avril les blocages reprennent… Pas mal de Français ont donc fait leur stock. Financièrement nous pouvions le faire ; mais  ce n’est pas le cas de la majorité des Chiliens. Nous avons du coup évité les files énormes précédant la mise en confinement.

Mon époux quand à lui, a mis la plus part de ses collaborateurs en télé-travail depuis fin mars. Personnellement, je passe, comme beaucoup, une bonne partie de mon temps aux tâches ménagères… Nous avons depuis fin mars demandé à notre employée de rester chez elle et nous continuons à la payer. J’aide ponctuellement ma fille qui est autonome.

 

Depuis deux mois, notre vie est en suspens et n’avons aucune certitude ni aucun horizon qui se dégage pour le moment

Finalement, si nous faisons le total entre confinement volontaire, premier confinement obligatoire, confinement volontaire à nouveau et second confinement obligatoire, nous sommes confinés depuis le 16 mars !

L’inquiétude et le stress que génère cette pandémie ne nous quittent plus

Après avoir vécu avec attention le confinement français car nous étions inquiets pour nos fils étudiants en région parisienne, je me suis également inquiétée pour mes parents en Martinique qui bien qu’âgés continuaient à sortir pour leurs courses. Maintenant nous sommes particulièrement soucieux de l’évolution ici au Chili. Les hôpitaux sont saturés et pleins.

Nous avons la chance d’avoir de bonnes conditions de vie, d’être en maison et de bénéficier d’un jardin. Mais nous allons vers l’hiver, les nuits sont froides, les températures baissent jusqu’à 6°c et beaucoup dorment dehors notamment des Vénézuéliens qui campent devant leur ambassade pour obtenir un rapatriement, tout comme les Boliviens.

 

Notre objectif est de rentrer en France

Nous avons appris qu’il n’était pas d’actualité d’envisager un rapatriement car il n’y a pas mise en danger particulièrement des Français sur le sol chilien. L’Ambassade nous demande de nous conformer strictement aux consignes du gouvernement chilien.

Face à la question des vols et de la possibilité de rentrer en France la réponse de la Consul est de s'adresser directement aux compagnies qui opèrent encore de rares vols via le Brésil, Amsterdam ou Miami.

Il y a plus de 150 français touristes, étudiants ou en fin de visa qui se retrouvent bloqués. Je n’inclus même pas les retours temporaires qui clairement ne sont pas recensés  par le Consulat. Nous, Français bloqués au Chili nous interrogeons quand même quand nous voyons des vols organisés au départ du Japon ou du Pérou.

Bien qu’ayant toutes les conditions matérielles favorables pour rester au Chili, nous essayons de rentrer en France

C'est important de pouvoir être auprès de nos fils qui passent les concours d’entrée aux grandes écoles en juillet, d'être à leurs côtés lors de ces moments de stress et surtout pouvoir par la suite les installer : location, achat des meubles etc…

Nous avions programmé aussi des rendez-vous médicaux, opérations dentaires en début juillet. Nous espérons pouvoir y aller même si ce ne sont pas les rendez-vous les plus funs !

Notre quarantaine est organisée et attendons maintenant les vols.

Notre dernier achat : un vol Santiago-Sao Paulo-Paris avec une nuit dans le terminal brésilien. Le Brésil n’a pas fermé ses frontières et on espère pouvoir en profiter avec tous les risques que cela comporte.

 

Olivia Bourhis depuis Santiago au Chili

>> Découvrez ici d'autres témoignages d'expats confinés pour face à la crise du Coronavirus.

 

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