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Brésil Témoignages

Charlotte, photographe d’émotions à Rio


immCharlotte a posé ses valises à Rio de Janeiro il y a 12 ans où elle est devenue photographe. Son travail est empreint d’émotion, de spontanéité, de sensibilité. Une histoire d’amour avec le Brésil, et, par la photo, avec les personnes qu’elle photographie.

 

Bom dia ! je m’appelle Charlotte, j’ai 38 ans, je suis maman d’un petit garçon de 10, je vis à Rio. À Paris où j’ai grandi, j’ai fait des études de Lettres (Hypokhâgne et Maîtrise de Lettres) et me suis spécialisée en journalisme (CFJ). 

J’ai travaillé dans différentes rédactions (mensuel culturel Tribeca, Transfert : quotidien en ligne, mensuel papier et agence de contenus), et chez Bayard (Phosphore, Enfant Mag, Muze etc.) En arrivant à Rio je pigeais pour ces différents journaux et quelques quotidiens. 

J’ai également accompagné des équipes de télévision sur le terrain dans plusieurs coins du Brésil, comme fixeuse. 

Depuis six ans, j’ai complètement troqué les mots pour la photo. J’ai la chance de raconter avec mes images l’histoire de rêves qui deviennent réalité, familiaux comme professionnels.

 

Mariage2Dans quelles circonstances êtes-vous arrivée à Rio ? Et pourquoi avoir choisi Rio ?  

Je suis arrivé à Rio il y a 12 ans, pour accompagner le rêve de mon conjoint, qui avait fait sa coopération (ex-VIE, du temps du service militaire obligatoire) au service culturel du consulat de Rio à la fin des années 90. Nous nous sommes rencontrés sur les bancs de l’école de journalisme et il ne me parlait déjà que du Brésil. Il a suffi d’un voyage à Rio pour me convaincre, j’ai très vite été happée par l’énergie de la ville. J’ai plaqué ma famille, mes amis, mon chat, mon boulot pour vivre l’aventure.

 

Mariage3Quels ont été les principaux challenges de cette installation dans une nouvelle vie ?

Parisienne pur jus, la vie à Rio est ma première vraie expérience à l’étranger. Il m’a fallu 6 mois pour me déraciner d’une part (accepter de vivre loin des proches), et trouver mes repères à Rio d’autre part. J’ai mis du temps à comprendre la morphologie de la ville et ses flux de déplacement, je ne comprenais rien aux systèmes de bus, j’étais un peu effrayée aussi. Ne pas pratiquer le portugais au quotidien (je travaillais chez moi) n’a pas facilité les choses, j’ai mis six mois à ouvrir la bouche. Apprivoiser la mélodie de cette langue a été aussi difficile pour moi que de danser mes premiers pas de Samba. Mais Rio m’a appris le lâcher prise. J’ai lâché un paquet de complexes et commencé à apprendre le portugais et les clés de la société carioca en regardant les Novelas. Je dis souvent aux nouveaux venus qu’il faut accepter le temps de l’adaptation, que j’appelle la « tropicalisation » : les passages de l’euphorie à la déprime sont très intenses à Rio. Les émotions parlent toujours plus fort. C’est déstabilisant au début mais je pense que c’est un bon apprentissage de soi et de ses limites! 

 

CharlotteValadeVous êtes devenue photographe familial, je sais que ce métier vous touche beaucoup, pouvez-vous nous en dire un peu plus ? A qui s'adresse votre offre ?

Je n’ai jamais rêvé de devenir photographe, c’est la photographie qui m’a choisie. Le cœur de mon métier est l’univers de la famille, les mariages, les femmes enceintes, les portraits de famille - c’est magique de suivre ces histoires sur le long terme. Je développe en parallèle le portrait, cette fois pour un public large. Aujourd’hui, on a tous besoin d’une bonne image, un photomaton ne suffit plus. 

Avec mon travail, pour des particuliers ou pour la presse, ou encore pour des blogs, je raconte avec des images, et plus avec des mots, des histoires de famille, des morceaux de vie, des passions professionnelles. Mariages grandioses ou réunions intimes, je me sens privilégiée d’accompagner ces rêves. J’offre ma sensibilité, mon regard, mon énergie et mon expérience de photographe professionnelle à une histoire, familiale ou professionnelle, pour imprimer à la lumière ce que les personnes ont de plus précieux et qu’elles souhaitent garder avec le temps.

Pour moi, une bonne photo est une photo qu’on ne se lasse jamais de regarder. Un jour une amie a qualifié mon travail d’ »organique » - ça a complètement résonné en moi ! 

Ma matière première, c’est l’émotion. Au moment d’appuyer sur le déclencheur, tous mes sens sont en alerte. J’aime mettre en lumière la personnalité que je sens derrière un regard, l’âme d’un lieu, l’odeur d’un pain qui sort du four. J’aime qu’on ait faim en regardant une de mes photos, qu’on se souvienne d’une scène d’un film qu’on aime, qu’on explose de rire ou qu’on soit ému aux larmes.

Votre métier vous fait-il appréhender cette ville et ses habitants différemment ? Pour vous, qui est Rio ? Qui sont ses habitants ?Famille2

Oui, j’ai la chance avec le journalisme et la photo, d’entrer dans l’intimité de familles, d’histoires très différentes. Sans le prétexte d’une interview, d’un reportage, je n’aurais pas eu l’occasion d’aller dans certains quartiers, de faire certaines rencontres (à Rio et partout au Brésil, avec les indiens du Tocantins pour Okapi, les pêcheurs du Nordeste etc.)

Rio est multifacettes, généreuse et difficile à apprivoiser à la fois. Les cariocas connaissent le prix de la vie, j’aime leur capacité d’en profiter chaque minute. 

 

Rio, c'est une ville de contrastes : qu'y aimez-vous, qu'y détestez-vous ?

J’aime la lumière de Rio, son énergie, ses lignes. Je trouve l’architecture de la zone sud assez moche (hors les vieux immeubles Art Deco), mais l’œil peut toujours compter sur une ligne de fuite sur la nature : moro/mer/morceau de forêt. J’aime que Rio soit la ville de tous les possibles. J’aime être surprise quasiment tous les jours, par un nouveau point de vue, une énorme orchidée qui vient de pousser sur l’arbre en bas de chez moi, par la voix d’une nouvelle chanteuse. Les vibrations, la générosité, dans la nature comme dans le cœur des gens. Avant, j’expliquais au gens de passage qu’à Rio il y a de la violence, mais pas d’agressivité. Par exemple, à Rio, ça n’existe pas de souffler d’exaspération, comme à Paris. J’aime que ma vendeuse d’orange m’appelle son petit chat, que petit, vieux, jeune, riche ou pauvre, tout le monde ait quelque chose à dire de gentil quand je promenais mon tout petit sur la orla

Mariage1Mais les choses évoluent, et je trouve de façon un peu triste. En douze ans je n’ai pas vu une amélioration sur les questions d’éducation publique. Très peu de chose concernant la santé. J’estime que la jeunesse carioca (si on ajoute les item noir et pauvre) est sacrifiée (condamnée), les chiffres de morts par arme à feu (j’ai travaillé longtemps comme journaliste sur le thème d’une loi pour le désarmement qui à l’époque était très prometteuse) sont 10 fois plus importants que dans certains pays en guerre. J’ai vu certaines progressions tenter de percer, et beaucoup de retour en arrière. J’en ai marre de la violence, des abus à tous les niveaux, des prix qui flambent qui ne correspondent jamais au service ni à la qualité, la monté partout d’un individualisme crasse, la fermeture de lieux culturels qui m’avaient donné l’espoir d’une évolution...

J’espère qu’il ne s’agit que d’un cycle, que la roue va tourner, mais la douceur de vivre que j’ai trouvée en arrivant à Rio commence à se dissiper. 

 

Est-ce difficile, pour vous, d'y travailler ? Est-ce que c'est vraiment un eldorado ?

Rio m’a donné une vraie chance de me lancer comme photographe, car ici les familles ont encore le réflexe de faire appel à un professionnel pour couvrir les fêtes qui rythme leur vie. Et en même temps, avec l’impulsion des réseaux sociaux, le marché est devenu presque saturé, en tout cas ultra concurrentiel. Il faut être visible partout, tout le temps, ce n’est pas toujours évident. Les carrières se font et se défont en quelques années, parfois pour des raisons obscures. Il y a une poignée de lobbyistes qui font la loi et n’aiment travailler qu’entre eux. Il faut être vigilant, s’adapter. Aujourd’hui ce qui m’importe c’est d’apprendre à être plus visible et accessible. 

 

Et la vie familiale à Rio ?Enfant

Attendre un bébé à Rio, c’est un peu comme se transformer en princesse… C’est assez déconcertant et magique à la fois! Et l’enchantement ne se dissipe pas à l’arrivée du bébé, au contraire… En arrivant à Paris j’avais même des crises de rire en voyant les gens si peu avenant en voyant mon gros ventre ou surtout ma poussette, alors qu’à Rio, même les surfeurs s’arrêtaient dire un mot à Milo parce que sa bouille leur revenait. Je suis contente que mon fils ait fait ses premiers pas dans le sable, qu’il puisse voir tous les jours l’horizon, qu’il soit carioca da gema. Mais je ressens l'envie de rentrer en Europe pour qu’il y profite plus de la culture.

 

Rio, c'est pour la vie ?

Non, je mets le cap sur Lisbonne dans un an. Mais 12 ans à Rio, c’est un gros morceau de ma vie.

 

Famille1Si vous aviez un conseil à donner à une femme qui arriverait à Rio ? Dans le boulot, les démarches quotidiennes, l’apprentissage de la langue…

Je conseille de s’armer de patience, ténacité, adaptabilité. Avant de foncer tête baissée, apprendre à observer, être à l’écoute, comprendre comment ça marche. Regarder la novela, courir tôt le matin, écouter la radio… Ce temps « d’immersion » me semble important. J’ai vu beaucoup de gens essayer d’imposer leur méthode, leur façon de faire, et se casser les dents, être déçus. Prendre le temps, gagner petit à petit la confiance, échanger vraiment, change la donne. Au final je trouve que c’est surtout un très bon apprentissage de ses propres limites, on y gagne et on grandit forcément ! 

 

Pour découvrir le travail de Charlotte, son site, un bijou : www.charlottevalade.com

Les photos de mariage de Charlotte ont été publiées dans des blogs brésiliens et internationaux (Inspire, Colher de Cha, Zankyou, Say I do), dans des revues comme Noivas Rio de Janeiro. Certains de ses reportages sont parus dans Globo, Vogue & Marie Claire Brasil, dans Pèlerin, Challenges, Okapi, Phosphore, Stratégies ou Enfant Magazine. De grandes marques lui ont fait confiance, à l'instar de Yan Arthus Bertrand, Dior, Cap Gemini, le Château Combourg, o Festival de cinema Francês Varilux, l’Alliance Française. Elle est membre d'associations internationales de photographes de mariage comme Fearless, WPJA, ISPWP, AG|WPJA. 

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