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Troubles du sommeil chez l’enfant – l’avis du pédiatre


Ahhh cet enfant qui ne dort pas ou peu ! Aucun parent n'y échappe... Plus ou moins longs et/ou intenses, on est tous confrontés à un moment ou un autre aux troubles du sommeil de l'enfant.  Et le degré de tolérance peut être extrêmement variable d’une famille à l’autre. 

On a souvent tendance à  trouver une bonne raison pour expliquer des difficultés que l'on croit passagères : il est petit, il est allaité, il commence la crèche, maman a repris le travail…  Mais à force, on prend ainsi aussi le risque de voir ces difficultés s’installer pour de bon, et avoir des conséquences désastreuses sur le comportement des enfants, la vie de famille et même la vie de couple.

 

Pauline Krug-Tricot, pédiatre française expatriée à Tokyo et fondatrice du podcast WeePeeS (pour "Wonder Pédiatres" !) le constate :

Les pédiatres n'ont pas toujours le temps d’évoquer ces questions en consultation. Nous sommes souvent pressés par le vaccin, les urgences, la salle d’attente qui se remplit… et admettons-le : souvent, les parents évoquent peu ce problème car ils pensent que mal dormir quand on a un enfant fait partie du jeu....

Alors, faut-il s'en préoccuper ? Si oui, quand  et comment ? Voici ses conseils !

 

Comment s’organise le sommeil d’un bébé ?

A la naissance, votre bébé dort beaucoup, en moyenne 16 heures par jour, parfois jusqu’à 20h sur 24, par périodes de 3-4 heures et sans différenciation jour/nuit.

Le sommeil s’organise en cycles, et entre chaque cycle, on observe une période de micro-réveil. Chez le nouveau-né, les cycles sont très courts, environ une heure, composé d’un sommeil calme et d’un sommeil agité.

Si vous avez regardé un bébé dormir, vous savez à quoi correspond ce sommeil agité : l’enfant bouge, grogne, respire vite, parfois pleure, sa respiration devient rapide, voire haletante. Ses yeux s’agitent dans tous les sens, et on peut le voir car il garde parfois les paupières à moitié ouvertes. Il a des mimiques de dégoût, de tristesse intense ou au contraire des sourires aux anges.

Ces cycles courts entrecoupés de brefs réveils s’allongent peu à peu au cours de la croissance. C’est vers 4 mois que le sommeil du bébé évolue spontanément vers le rythme de l’adulte, alternant sommeil lent léger, somment lent profond, et sommeil agité ou paradoxal. La durée des cycles augmente progressivement : 70 minutes à 6 mois, 90-120 minutes (soit la durée d’un cycle adulte) vers 2 ans ½-3 ans.

 

Comment se met en place le rythme jour/nuit ?

Ce rythme jour/nuit va s’organiser progressivement grâce à la mise en place de tout un système complexe de sécrétions hormonales.

Certaines hormones favorisent l’endormissement comme la mélatonine. D’autres au contraire sont fabriquées en fin de nuit et favorisent l’éveil comme le cortisol. On peut appeler cela « l’horloge biologique », mais votre bébé est aussi dépendant de l’environnement et des repères qu’on lui donne en journée : heures des repas, des promenades et sorties, du retour des parents, et bien sûr de la luminosité.

 

Quand sait-on que son bébé doit aller se coucher ?

Au fur et à mesure, vous allez prendre à reconnaître les signes de fatigue du bébé. Il devient grognon, baille, se frotte les yeux, cherche son doudou…  N’attendez pas qu’il soit « l’heure » de le coucher. Ces signes vous montrent que justement, il est l’heure !

Le fait d’être à l’écoute de ces petits signes va enseigner à votre bébé à reconnaître ses sensations. Faites-lui confiance pour sentir ce qu’il se passe en lui.

 

Et les siestes, alors ?

A 6 mois, le sommeil de jour s’organise en siestes, en général 3 dans la journée (milieu de matinée, après le déjeuner et en début de soirée). La sieste du soir disparaît vers 12-15 mois, et celle du matin vers 15-18 mois.

Cette sieste du début d’après-midi disparaît en général vers 4 ans, en moyenne section de maternelle. Éviter la sieste ne favorise jamais l’endormissement du soir. Au contraire, la fatigue extrême excite et empêche l’enfant de s’abandonner au sommeil du soir.

Il faut mieux emmener l’enfant à la sieste rapidement après le déjeuner. Présentez-la lui comme une pause bénéfique dans l’activité de la journée, comme un privilège, quitte à vous, faire la sieste en même temps que lui !

 

Pourquoi le coucher peut-il être si compliqué ?

Si la journée a été agitée, le sommeil est difficile à trouver. C’est comme pour nous, les adultes !

Ainsi, un enfant pourra avoir du mal à trouver le sommeil si la vie de famille est perturbée. Mais aussi s’il a éprouvé des peurs dans la journée qui n’ont pas été accueillies ni entendues.

Mais aussi lors des grandes phases de développement psychomoteur vers 1 an avec l’acquisition de la marche. Puis vers 2 ans et l’acquisition du langage, ou lorsqu’il commence la collectivité.

Le coucher est un moment de séparation avec les parents qui peut être difficile, d’autant plus qu’il a peu vu ses parents dans la journée. C’est un concentré de l’angoisse de séparation qui se joue alors.

En refusant de se coucher, votre enfant vous passe un message qu’il n’est pas encore capable de verbaliser: « J’ai besoin de ta présence, de ne pas me sentir seul ». Au moment du coucher, les angoisses des enfants, mais aussi celles de leurs parents, vont apparaître. C’est leur vécu qui ressurgit.

Enfants, ils ont pu se sentir seuls, inquiets, sans que ces peurs soient comprises par leurs propres parents. Et le scénario se rejoue alors à la génération suivante. Ces souvenirs peuvent être douloureux, même s’ils sont souvent inconscients. Ils sont susceptibles de provoquer une angoisse diffuse chez les enfants qui perçoivent une insécurité chez leurs parents.

 

Comment y remédier ?

Voici quelques pistes de réflexion, mais ce n’est pas si facile et soyez indulgents avec vous-mêmes… Expérimentez ce qui vous convient, à vous, votre enfant et votre famille…

 

1. Lui donner sa dose quotidienne d’affection et d’attention

Si les deux parents travaillent, vous pouvez passer un temps de qualité en fin de journée, en rentrant du travail. Pas forcément très long : 10-15 minutes suffisent. Il suffit d'un petit temps dédié durant lequel vous lui êtes entièrement consacré, sans téléphone, sans repas à préparer ni machine à lancer. Ce temps lui permettra de trouver le réconfort et la sécurité dont il a besoin pour s’abandonner au sommeil.

 

2. Mettre en place un rituel du coucher pas trop long, 10-20 minutes selon l’âge, qui favorise l’apaisement

On se brosse les dents, on lit une histoire (en évitant les sujets angoissants) ou on chante une chanson, dans une atmosphère calme, douce avec lumière tamisée. Un câlin, on éteint la lumière et on sort de la chambre avant qu’il soit endormi.

Et on essaie de le coucher à heure fixe, y compris le week-end. Tout ceci permet de structurer son sommeil.

 

3. Le coucher dans SA chambre dont vous aurez fait un environnement accueillant, sécurisant

Pour les petits, retirer le tour de lit pour qu’il puisse appréhender l’espace autour de lui et voir la porte, source d’angoisse en elle-même. Il est mieux de coucher l’enfant et qu’il s’endorme dans l’endroit dans lequel il va potentiellement se réveiller, c'est-à-dire dans son lit, dans sa chambre.

Vous pouvez si besoin rester à côté de lui pendant quelques temps, lui caresser le dos ou la main quand il s'endort, ou encore mieux sortir de la chambre quand il n'est pas complètement endormi, quitte à revenir plusieurs fois pour faire la même chose.

Mais l'idée est de le laisser trouver la ressource en lui de s'endormir seul en vainquant ses angoisses, dans son lit et pas dans le vôtre ou dans vos bras. Ainsi, s’il se réveille dans son lit pendant la nuit, il arrivera mieux à se rendormir dans les mêmes conditions, sans avoir besoin forcément de vous.

 

4. Éviter les écrans

Surtout en fin d’après-midi et en soirée, car la lumière bleue des écrans excite et perturbe la sécrétion de mélatonine, l’hormone de l’endormissement.

 

 

Et peut-on donner des sirops, des tisanes ?

Il existe des ampoules homéopathiques qui peuvent participer au rituel ou être un bon placebo si elles sont données avec conviction, mais rien ne remplace le rituel et l’hygiène du sommeil. Et en tant que parents et surtout que professionnels de santé, il ne faut pas se cacher derrière ces sirops pour fuir la question, détourner le problème.

 

Que faire s’il se réveille la nuit ?

Ces réveils sont favorisés par les changements dans son environnement quotidien (naissance, déménagement, changement de mode de garde…), une séparation difficile au moment du coucher, avec manque de rituel, un coucher « expédié », et parfois, c’est le moyen qu’il trouve pour avoir son parent pour lui tout seul quand il l’a peu vu dans la journée.

Au moment des réveils nocturnes, il faut bien sûr réconforter votre enfant avec douceur par une présence calme, un bisou, une petite caresse rassurante, mais sans le sortir de son lit, en parlant peu et doucement, sans allumer la lumière pour ne pas le stimuler et le réveiller complètement, et ainsi lui faire comprendre que la nuit n’est pas terminée.

Évitez de lui donner à boire ou à manger à partir du moment où il est à 4 repas par jour, redonnez-lui son doudou ou sa tétine. Et recommencez autant de fois que nécessaire. Le jour suivant, vous renforcerez les mesures au moment du coucher…

 

Faut-il le laisser pleurer ?

Non ! Les pleurs sont le signal d’une détresse, d’une angoisse, et ne pas y répondre est contre-nature. On appelle parfois cela la technique de « l’extinction », ou comment laisser pleurer un bébé jusqu’à ce qu’il se résigne et s’endorme d’épuisement…  C’est en écoutant ses pleurs, en y répondant, qu’on favorise chez lui un sentiment de sécurité et d’attachement, et à long terme, on lui apprend à reconnaître ses émotions sans les étouffer, et ainsi à être empathique. Mais… Il y a quelques petites nuances à apporter.

Certains bébés pleurent pour s’endormir ou pleurent entre deux cycles de sommeil ; ces pleurs vont decrescendo puis s’arrêtent. Cette agitation précède leur endormissement et il est essentiel de repérer cette habitude et de le laisser se calmer sans intervenir. Il va trouver lui-même les moyens de sentir bien, seul, dans son lit : prendre son doudou, se coller à la paroi du berceau… Inutile donc d’intervenir en pensant rassurer son bébé, alors même qu’il n’est pas du tout réveillé et n’éprouve aucun malaise. Il faut apprendre au bébé à se rendormir seul entre deux cycles, mais si la demande devient insistante, bien sûr, il faudra intervenir.

 

Que dois-je faire alors si mon enfant dort mal ?

Il faut déjà aller consulter votre médecin, pour éliminer une cause identifiable : une douleur, un reflux par exemple. Aussi, une consultation avec un psychologue pourra dénouer bien des situations. Souvent en reparlant de la conception, de la grossesse, de l’accouchement, des toutes premières séparations avec votre bébé, vous mettrez le doigt sur ce qui se joue dans votre famille autour de la séparation, première étape vers des nuits apaisées.

Et c’est en comprenant ce qui se passe la journée, emploi du temps, rythme de la famille … qu’on peut appréhender ce qui se passe au moment du coucher.

 

Comment gérer au mieux le décalage horaire ?

Pour vous, les FemmExpat et « mamans expat’ », la question se pose régulièrement, et vous avez pu expérimenter les endormissements trop précoces et les nuits sans sommeil. Le meilleur conseil est d’essayer de vous caler rapidement sur le nouveau fuseau horaire, en favorisant les activités de plein air et l’exposition à la lumière du soleil pendant la journée.

Souvenez-vous que vous ne jouez pas un combat avec votre enfant. Il ne vous met pas consciemment au défi de façon tyrannique. Il essaie juste de vous faire passer un message, et faites-vous confiance, vous allez trouver comment y répondre !

 

Pauline Krug-Tricot, pédiatre française expatriée à Tokyo

 

Pour aller plus loin, écoutez ici son podcast consacré au sommeil chez l'enfant :

 

 

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