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Vaccin contre le Covid-19 : l’avis du médecin


Vaccin-covid-19 - médecin expatVaccin pas vaccin ? La question est pour l’instant réservée aux publics prioritaires. Peut-être cela vous concerne-t-il déjà, et surement, serez-vous rattrapé par cette décision dans les semaines qui viennent. Or, avez-vous déjà une position claire sur le sujet ?

Pour les Français de France, ce n’est déjà pas facile de se faire une opinion, mais alors, pour nous qui vivons à cheval sur plusieurs cultures et plusieurs systèmes de soin, se faire une idée constitue un véritable défi.

Pour nous aider à construire chacune notre réponse, FemmExpat a demandé l’avis de Scarlett Law.

Scarlett occupe aujourd’hui un poste de médecin généraliste à Paris après avoir occupé des postes de GP à Londres, de consultant en Santé Publique à l’OMS et à la Croix Rouge, et avoir vécu en Equateur, au Mexique et aux Etats-Unis.

Un médecin expat au long cours parle aux expats. Un exposé limpide sur un sujet encore très flou.

 

Selon un sondage Ipsos Global Advisor :

Seuls 4 Français sur 10 souhaitent se faire vacciner contre le Covid-19.
 C'est le plus faible taux d'intention vaccinale au monde, devant la Russie (43%).


Si l'on compare, voici les intentions vaccinales dans les autres pays : Allemagne 65%, Italie et Espagne 62%, Royaume-Uni 77%, Japon 65%, États-Unis 69%, Chine 80%.

Fidèle exception française ? 

La question que chacun doit se poser est de savoir s’il est plus bénéfique de se faire vacciner ou pas. Et bien entendu, les informations qui suivent n’ont pas vocation à faire des recommandations mais à partager avec vous les données disponibles afin de parvenir à un choix éclairé.

 

Quelle stratégie vaccinale ?

La stratégie vaccinale en France ressemble à celle adoptée par de nombreux pays : protéger les plus vulnérables et les plus exposés au risque de forme grave du Covid-19. On vise donc les personnes âgées, les malades chroniques, les professions exposées (soignants, pompiers etc) puis le reste de la population.

Il faut prioriser car avec 2 injections nécessaires pour être efficace, il y a besoin d'un très grand nombre de doses de vaccins qui ne sont produites que progressivement.

Chaque pays a une stratégie qui diffère du fait de différents facteurs :

  • réalité sanitaire selon le territoire (population vieillissante en Europe, population jeune en Afrique, pathologies prévalentes),
  • la question économique (prix des vaccins, personnel et structure pour appliquer le vaccin à grande échelle),
  • les possibilités logistiques (conservation en respectant la chaine du froid nécessaire, conditions de transport).

Seuls les adultes de plus de 18 ans seront vaccinés, les formes graves étant extrêmement rares finalement chez les plus jeunes. De plus les études actuelles n'ont pas inclus de mineurs dans leurs protocoles de recherche. Pas à ce stade tout du moins. Il en est de même pour les femmes enceintes.

Enfin, il est important de noter que certains pays demanderont un justificatif de vaccination contre le coronavirus pour être autorisé à rentrer sur leur territoire (cfr. Israël par exemple).

 

Est-il possible ou recommandé de recevoir d'autres vaccins que celui du coronavirus ?

Il est tout à fait possible de se vacciner simultanément contre la grippe ou le pneumocoque, 2 microbes particulièrement pourvoyeurs d'infections graves chez des individus vulnérables (âge, maladie chronique ou traitement immunodépresseur).

Pour les autres vaccins, il est préférable de demander à votre médecin spécifiquement selon ceux que vous devez recevoir. Actuellement, on recommande au moins 15 jours entre 2 vaccins différents.

Les enfants doivent continuer à se vacciner selon le calendrier vaccinal auquel ils sont soumis.

 

Quels vaccins ?

180 candidats-vaccins contre le Covid-19 sont en cours de développement et plus de 40 sont en phase clinique chez l'homme.

Le principe de la vaccination est toujours le même : il s’agit de présenter le virus à notre système immunitaire afin qu’il apprenne à le reconnaître et à fabriquer des anticorps spécifiques qui seront prêts à le neutraliser lorsque nous le rencontrerons dans la vraie vie. La partie du microbe qui donne le signal au système immunitaire est ce qu'on appelle l'antigène (la protéine Spike dans le cas du Coronavirus)

La production d'anticorps représente un aspect de la réponse immunitaire du corps humain face au virus – c'est ce qu'on appelle la réponse humorale. Il existe une autre réponse cellulaire provoquée par la présence du virus qui se traduit par la production de ‘cellules mémoires’ qui viendront digérer directement le virus sans produire d'anticorps neutralisant. Cet aspect de la réponse immunitaire n'est actuellement pas quantifié, bien qu'elle joue un rôle très important dans le contrôle de l'infection.

 

Les 3 types de vaccins utilisés :

1- Injection du virus entier inactivé ou atténué en laboratoire (perte de sa capacité à se multiplier une fois dans l'organisme) associé à un adjuvant qui provoque la réaction immunitaire

Technique de Pasteur utilisée pour fabriquée les vaccins de rougeole, rubéole et fièvre jaune – Version utilisée pour le vaccin COVID Sinopharm chinois

 

2- Injection d'un morceau du virus, c'est à dire seulement la protéine Spike, fabriquée en laboratoire à partir de cellules de mammifères, qui est la partie du virus qui, associé à un adjuvant (fourni par GSK) stimule le système immunitaire (technique utilisée pour les vaccins de l’hépatite B, Papillomavirus) et provoquer la fabrication d'anticorps

Version utilisée pour le vaccin SANOFI-GSK.

 

3- Injection d'un ADN/ARN-messager – une sorte de « recette » génétique pour faire produire la protéine Spike par les cellules du corps humain (et non en laboratoire) et provoquer ainsi la fabrication d'anticorps.

Pour acheminer cette recette génétique, on utilise 2 types de vecteur – soit un virus existant (rougeole pour le vaccin Pasteur, virus du rhume dans le vaccin russe SpoutnikV et J&J, adénovirus de chimpanzé pour Astra Zenaca) soit une enveloppe artificielle composée de molécules mimant les lipides et les protéines, qui aura tous les attributs d’un virus sans en être un (vaccin de PfizerBioNtech et Moderna).

Ce type de vaccin ne nécessite pas d'adjuvant.

Effet secondaire à ce jour reconnu et réel : réaction allergique majeure (choc anaphylactique), dans 1 cas sur 100.000, réversible sous traitement, dans les mn qui suivent l’injection. D'autres effets telle la paralysie faciale a frigore, réversible en quelques jours, ont été décrits, l'évaluation est en cours.

 

 

Le vaccin va-t-il modifier le code génétique de mes cellules ?

Non. Aucun biologiste moléculaire ne vous dira le contraire.

Sur le risque de mutations génétiques imputé aux vaccins ADN/ARN, plutôt qu'un discours incompréhensible, je préfère vous livrer cette « interprétation imagée »

« Si l'ADN, le support de l'information génétique, était la version officielle d'une chanson que vous écoutez chez vous, l'ARN messager serait la version que vous fredonnez en vous baladant dans la rue. Il y a un lien entre les deux mais c'est l'ADN qui conduit à la production de l'ARN. Dans l'absolu, il n'est pas impossible que l'artiste d'origine vous croise dans la rue, vous entende fredonner, trouve votre interprétation super et vous invite à enregistrer une nouvelle version de la chanson, c'est-à-dire que l'ARN messager finisse par modifier l'ADN. Mais c'est quand même hautement improbable et il y a des tas d'autres choses qui ont plus de chances de vous arriver si vous fredonnez dans la rue. Comme de croiser un passant dont le regard moqueur vous inciterait à vous arrêter (ce qui peut être mis en parallèle avec la courte durée de vie des ARN messagers). Tout comme il y a des tas d'autres choses qui ont influencé la version d'origine de la chanson et qui influenceront ses futures versions officielles, mais qui n'ont rien à voir avec votre fredonnement. »

« Le vaccin consiste à injecter un ARN messager, dans une zone du corps, et une fois ces molécules détruites, le stock n'est pas renouvelé. L'infection par le virus aboutit à la production de plusieurs ARN messagers différents, simultanément dans différents organes, et le stock d'ARN est renouvelé en continu par les cellules infectées. Quelle que soit la probabilité qu'un ARN messager modifie l'ADN de la cellule dans laquelle il se trouve, ce risque est beaucoup plus élevé pour les ARN messagers viraux produits en cas d'infection que pour l'ARN messager injecté pour la vaccination.Ce n'est donc pas une raison de préférer le risque d'infection à la vaccination.

 

Questions sans réponse :

  • Combien de temps les anticorps produits par la vaccination resteront présents si ceux produits par la maladie ne restent que 3 à 6 mois détectables ? – autrement dit, va-t-on avoir besoin de faire des rappels régulièrement ?
  • La vaccination aura-t-elle un effet sur la circulation du virus – autrement dit, est ce que le fait d’être vacciné m’empêchera de transmettre le virus si je suis amené à être en contact avec lui ? ce qui implique qu'il faudra tout de même maintenir les gestes barrières encore un bon moment...
  • Quels sont les effets secondaires à plus long-terme ? Ils sont évidemment non connus par manque de recul.

 

Mutations du virus ?

Toute cellule est soumise à d’infimes erreurs de copie génétique à mesure des multiplications cellulaires. C’est ce qu’on appelle une mutation. C’est une loi de la nature.

Il en est de même pour les virus. Le Coronavirus SARS-COV2 actuel aurait déjà subi une quarantaine de mutation depuis sa première analyse. Ce sont d’ailleurs ces mutations qui les affaiblissent et habituellement les font disparaitre ou au contraire les rendent résistants aux traitements. Ces mutations, lorsqu’elles se produisent sur des zones stratégiques, obligent aussi à réadapter les vaccins en conséquence (grippe saisonnière par exemple).

La mutation « anglaise » récente du Coronavirus montre qu’elle l’a rendu plus contagieux sans être plus dangereux (pour le moment) et qu’elle ne compromet pas l’efficacité des vaccins actuels.

Cet élément est sous haute surveillance.

 

Alors docteur, dois-je me faire vacciner ?

L’accélération de la mise sur le marché de ces nouveaux vaccins a créé un vent de panique notamment en France où les réticences sur les vaccins sont déjà anciennes et ancrées dans les mentalités.

Accélérer une procédure sur un nouveau produit inquiète, à raison. C'est pourquoi il ne s'agit pas de penser blanc ou noir dans la décision de se faire ou non vacciner. Il faut analyser la balance Bénéfice-Risque.

Le risque zéro n'existe pas, comme avec n'importe quel vaccin ou médicament. Et les éléments connus à ce jour ainsi que le retour des millions de personnes qui ont déjà été vaccinés ne semblent pas peser dans cette balance de risques. Cependant les effets à plus long terme restent inconnus et le seront encore pour un bon moment.

 

Quel est le bénéfice de se faire vacciner ? Voilà la question qu'il faut se poser.

  • Suis-je à risque de forme sévère (hospitalisation pour oxygénothérapie) ou grave (Réanimation) de la maladie ?
  • Quelle est la capacité d’accueil des hôpitaux et la qualité des soins dans le pays ou la région dans laquelle je me trouve ?
  • Ai-je déjà fait des réactions allergiques graves à des produits médicaux ou des allergènes connus ?
  • Est-ce que je connais bien les symptômes de la Covid-19 dans sa forme « ambulatoire » (c’est à dire plus que le simple rhume, mais n’ayant pas nécessité une hospitalisation) et suis-je prêt à accepter les symptômes qu’elle peut développer à plus long terme (fatigue importante et durable, l’essoufflement persistant, syndrome de stress post traumatique, le déconditionnement à l’effort) sachant que ces symptômes sont réversibles avec le temps dans la grande majorité des cas ? 

N’oublions pas aussi que les effets à long terme de la maladie ne sont également pas connus…

 

Scarlett-Jaw

Scarlett Law

Médecin généraliste à Paris après avoir occupé des postes de GP à Londres, de consultant en Santé Publique à l’OMS et à la Croix Rouge, et avoir vécu en Equateur, au Mexique et aux Etats-Unis.

 

 

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