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Accoucher dans une autre langue


Accoucher dans une autre langueMa bête noire à l’école a toujours été… les langues. Mon bavardage naturel se tarissait dès qu’il s’agissait de s’exprimer dans la langue de Shakespeare. Et j’étais muette face à celle de Goethe. Mais il était hors de question pour moi de partir en expat sans apprendre la langue locale. Surtout quand j’ai décidé de ne pas rentrer en France pour la naissance de mes enfants. Accoucher dans une autre langue, une expérience unique de l’expatriation !

 

Apprendre la langue d’un rendez-vous gynéco à l’autre

Quand nous sommes arrivés au Portugal, mon mari et moi étions un jeune couple sans enfants. C’était l’été, la plage était accueillante et notre hôtel avait une piscine. Après avoir trouvé notre maison, nous avons rapidement voulu avoir un enfant. Quelques mois après, j’étais enceinte.

A l’époque j’avais beaucoup d’heures de cours

Je cumulais 10 heures de cours particuliers avec des cours à la fac. J’étais à peine plus âgée que les étudiants Erasmus avec qui j’apprenais le portugais. Mais comme je ne partageais pas les autres matières avec eux, j’étais un peu à l’écart. Quelques mois plus tard, mon ventre arrondi me plaçait définitivement hors de la catégorie étudiants-qui-font-le-fête.

Trouver un gynéco francophone

A ce rythme soutenu de cours de langue, mon portugais s’améliorait. Enfin théoriquement. En réalité, j’avais peu l’occasion de l’utiliser. Et, consciente de mes lacunes, je ne me lançais que rarement dans des conversations en langue vernaculaire. J’ai donc naturellement cherché un médecin francophone quand il s’est agi de suivre ma grossesse.

Ma toute première ! Loin de la famille et des amis… Je voulais donc au moins être certaine de comprendre ce que me dirait le médecin.

Un médecin très compréhensif

Mon gynécologue avait quelques rides et beaucoup d’expérience. Il parlait parfaitement français mais tentait toujours quelques mots en portugais pour voir si je progressais. Cependant, je ramenais toujours la conversation au français. En effet, face aux turpitudes de la grossesse (un être se développait en moi !), cette langue était mon seul lien avec mon identité.

Mes progrès linguistiques restaient donc purement théoriques

 

Suivi médical dans la langue du pays

Mais finalement, en dehors de mon gynécologue, peu de médecins parlaient français. Même l’anglais était utilisé de façon très sommaire. Peut-être était-ce différent à Lisbonne ? Mais moi j’étais dans une petite ville du nord du pays où les expats se comptaient sur les doigts d’une main.

Dans ce cas, tous les examens et analyses que je faisais en dehors du cabinet de mon gynéco étaient en portugais. Heureusement, on n’attend pas d’une femme enceinte qu’elle soit bavarde. Et mes bases étaient suffisante pour ces rendez-vous.

Ça a été un peu plus difficile quand il a fallu faire une amniocentèse.

Seuls face au doute

Un examen sanguin avait révélé un risque de trisomie 21. Pour mon mari et moi, c’était une douche glacée. Nous étions seuls face au doute. Nous avons donc voulu le lever au plus vite et avons opté pour l’amniocentèse. Dans un hôpital public décati, nous sommes allés affronter cette énorme aiguille. Beaucoup de stress, et dans une langue qui n’est pas la sienne. Autant dire, que je n’étais pas rassurée.

Ne pas tout comprendre et se laisser porter

Je ne peux pas dire que j’ai compris tout ce qu’on dit les infirmières et les médecins. Alors j’avais deux choix. Rentrer en France et vivre cette grossesse, avec ses aléas, loin de mon mari. Ou rester au Portugal et faire confiance à des hommes et des femmes qui aident à mettent au monde des milliers d’enfants tous les ans. Même si je ne comprenais pas tout.

J’ai décidé de me concentrer sur ce que je comprenais et de me laisser porter. Peut-être que les choses auraient été différentes en France. Mais ça je ne le saurai jamais. Finalement, pour moi, tout s’est bien passé. Et après deux semaines, nous étions sûrs d’avoir une fille avec le bon nombre de chromosomes.

 

Un accouchement bilingue

Quand est venue l’heure de mettre au monde cette petite fille, les seules personnes qui parlaient français autour de moi était mon mari et mon gynéco. J’étais au Portugal depuis moins d’un an, mais je comprenais suffisamment la langue pour échanger avec les infirmières. Je conservais tout de même une légère appréhension à l’idée de parler portugais. Toujours cette fichue peur de faire des fautes…

Mais quand mon bébé a commencé à sortir, j’ai oublié toutes mes autres peurs. Aujourd’hui encore, je suis incapable de dire dans quelle langue je parlais et dans quelle langue les infirmières me parlaient. Je n’avais pas voulu faire de préparation à l’accouchement car je ne me sentais pas assez à l’aise en portugais.

Alors, quand il y a eu un problème avec ma péridurale et que la douleur a été de plus en plus intense, j’étais désemparée. L’infirmière m’a guidée, elle m’a parlé et je la comprenais. Parce que, ce qui comptait, c’était de faire sortir mon bébé. C’était cette vie qui pointait son nez.

Au diable mes peurs de faire des fautes !

 

Deux langues, un bébé, et tellement de bonheur

A partir de la naissance de ma fille, je n’ai plus essayé de parler sans faire de fautes. Tout ce qu’il fallait, c’est que je me fasse comprendre. J’ai bien tenté de trouver un pédiatre francophone. Mais comme je n’étais pas convaincue par le discours des premiers que j’ai vus, je me suis finalement tournée vers une jeune pédiatre lusophone. Comme elle comprenait quand même un peu le français, je pouvais l’interroger dans ma langue natale. Mais elle me répondait systématiquement en portugais. Il me semble qu’elle parlait assez bien français mais elle trouvait qu’elle faisait trop de fautes…

Nous sommes encore restés quelques années au Portugal. Et tout ce qui concernait ma fille était en portugais : les visites de routines au centre médical, la crèche, etc. Si bien que, longtemps après que nous ayons quitté le Portugal, je pensais en portugais dès qu’il s’agissait de ma fille.

Cette langue a toujours pour moi l’accent du bonheur.

 

Quant à ma seconde fille, elle est née en Turquie.

Et il y a une phrase que je n’oublierai jamais dans cette langue : « Epidural istiyorum ». Je veux une péridurale… 

 

Aimée Rinkler

 

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