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La vie rêvée des îles


Panorama de l'île de Padar, IndonésieL’île par essence est un espace clos, isolé de tous côtés par l’eau, un monde à part, dans une autre dimension d’espace et de temps : comment y vit-on ?

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Les îles fascinent : Celle au trésor de Stevenson, celle mystérieuse de Vernes, celle de la solitude de Robinson. Ou encore l’île du Diable synonyme de souffrance, l’île Sainte Hélène qui a vu l’exil de Napoléon, celle de Pâques qui parle du fond des âges, non les îles ne sont pas seulement une invitation au voyage de vahiné, de rhum, de végétation luxuriante, de cocotiers. Leur pouvoir d’attraction est envoûtant et subtil. Depuis toujours le mot île résonne d’un écho singulier dans l’imaginaire.

L’île a une spécificité qui varie selon sa taille, la proximité des côtes ou non, qu’elle soit océanienne, dans les Caraïbes, dans le grand Nord, Méditerranéenne. Mais Entre Sein et Pascua, Miquelon et Mayotte toutes nous parlent de cette race d’hommes à part : les insulaires, les hommes qui les peuplent sont façonnés par cet espace restreint avec paradoxalement cette envie d’ailleurs, d’aller voir de l’autre côté de l’horizon.

Du Robinson de Tournier dans son île de Speranza à Jean-Louis Etienne tout juste revenu avec sa famille de Clipperton, de Bougainvillier amerrissant à Tahiti, on croit qu’il y a un monde... Et pourtant non, la vie dans les îles pour paradisiaque ou hostile qu’elle soit a un dénominateur commun : une forme d’ascèse qui se mérite. Ces navires de roc, ces oasis dans le « désert » marin sont et demeurent des mythes.

Curieusement peu se plaignent du sentiment d’enfermement que peut engendrer les frontières naturelles de l’île. « Néanmoins pour avoir vécu dans une île de l’Archipel des Australes en Polynésie et après avoir escaladé le sommet, j’ai été saisie d’un sentiment d’humilité envoyant l’étendue de l’océan tout autour, La terre la plus proche à droite la Nouvelle Zélande et à gauche le sud de l’Amérique Latine., un nano- instant d’éternité ! » Emilie, à Maurice plus terre à terre traduit aussi cette impression : « On part en se disant que la mer et le soleil remplaceront d’une certaine manière la famille et les amis restés en France, mais au bout d’un moment on a envie de les revoir. Mais les billets d’avion pour une famille de quatre ça chiffre vite alors on rabiote sur le budget pour se les offrir, les grands-parents trouvent normal de nous revoir puisqu’on a une vie de rêve le reste de l’année, les z’oreils vivent mal l’éloignement aussi et il faut en être conscient avant de partir ».

Clichés et réalités

Gémir n’est pas de mise aux Marquises Chantait Brel.

La vie Polynésienne réunit à elle seule tous les clichés d’un monde paradisiaque comme si la vie y était faite uniquement de femmes lascives, comme si Tahiti « était une île paresseuse où la nature donne des arbres singuliers et des fruits savoureux... »( Charles Baudelaire)

Pour ceux qui y vivent elle est cela mais pas seulement. Moeata souligne que « La situation géographique de la Polynésie fait que nous sommes tributaires sur le plan économique des fluctuations mondiales pour les importations vitales (pétrole, denrées alimentaires). Les taxes rendent la vie extrêmement chère. Pour notre activité professionnelle, outre les problèmes sus-mentionnés, le blocage du port, ce qui arrive, peut être extrêmement préjudiciable. Les dockers ont un pouvoir considérable. S’ils décident un blocus, les petites entreprises qui n’ont pas de trésorerie sont vite sur les genoux. »

Sonia qui vit à la Réunion ne dit pas autre chose « Malheureusement, la présence de l’océan a été récupérée par les hommes à leur avantage. Tout arrive ici par bateau ou avion. Ce qui implique un coût de la vie 25% supérieur (jusqu’à 50% parfois !) à la métropole, car les prix sont rehaussés de la TVA locale, et du célèbre octroi de mer que les transporteurs et douaniers connaissent et utilisent tant. L’octroi de mer ? Sorte d’impôt à taux variable, lié à la bonne volonté des douaniers, à la nature du produit importé, à la tête du client, et plein d’autres facteurs aléatoires que je ne connais pas suffisamment... ». Par ailleurs ajoute Moeata, « il ne faut pas croire qu’il n’y a qu’à tendre le bras pour cueillir un fruit et jeter son filet pour nourrir sa famille de poissons. Il existe une vraie misère à Tahiti (et dans les îles) qui engendre ses corollaires : la violence sous toutes ses formes. Nous, Polynésiens sommes fatalistes aussi notre colère retombe vite, on l’a vu aux dernières élections ».

De même, Odile, métropolitaine (popaa en tahitien) si elle loue la douceur de la vie, la gentillesse de ses habitants, nuance ce tableau idyllique. Après deux années de "léthargie béate", elle déplore cette "jachère intellectuelle". "L’exotisme est une pacotille dans lequel on se laisse vite couler .On se dit que toutes les couleurs de tous les tableaux ne vaudront jamais un coucher de soleil sur Moorea, que tous les bleus du lagon, même Gauguin n’en a saisi qu’un fragment, bref on se donne plein de bonnes raisons pour se mettre dans une bulle. Il faut des tonnes d’énergie pour se remettre sur la rampe de lancement. »

A Nouméa même son de cloche. Il y a ceux qui y résident depuis toujours et ceux pour qui la Nouvelle Calédonie ne sera qu’une parenthèse. Les premiers s’accordent à dire que ces dix dernières années ont porté un coup fatal à la vie locale et surtout aux relations entre îliens. Henriette : « Je n’irai jamais vivre ailleurs qu’ici mais quelques fois il y a des passages de « Tristes Tropique de Levy-Strauss » qui ressemblent à notre vie. L’occidentalisation n’a pas que du bon. L’argent du nickel est arrivé trop vite et il y en a eu trop. Alors les valeurs pilier de notre culture maori se sont envolées. Par exemple, avant les anciens on les considérait comme des sages, maintenant ce sont des vieux encombrants"...

Ceux qui arrivent de métropole sont tout éblouis par tant d’exotisme, par cette terre du bout du monde qui ressemble à une petite ville du sud de la France. Le seul bémol qu’ajouterai Léa, « Ici il est difficile de préserver son anonymat, il y a toujours quelqu’un qui vous a vu, vous ou votre voiture à l’Anse Vata, place des cocotiers, au marché, à la fin c’est pesant. » Il semble que Sonia partage ce sentiment dans l’Océan Indien. « L’insularité, c’est aussi un regard particulier qu’ont les gens. Il ne se passe pas grand chose sur une île, alors... on s’intéresse aux autres. Le sport fétiche ici ? Le « la dit, la fait »... Radio moquette en jargon professionnel parisien ! Mais cela doit se pratiquer aussi dans les petits villages de province -peut être plus en dilettante, certes... ».

Dans les Caraïbes cocotiers et madras incitent aussi aux langueurs océanes. Nathalie (convoyeuse de bateaux) évolue entre St Barth et St Martin. « La vie ne se résume pas seulement aux folles nuits jet-set, à la détaxe, aux villas de milliardaires. St Barth et St Martin sont mi- françaises mi-néerlandaises et c’est une vraie richesse. Ici on ne dénombre pas moins de 90 nationalités et ethnies, on y parle le français et le néerlandais mais aussi l’espagnol, l’anglais, l’hindi, le chinois, le créole, le papamiento et on y déguste autant de cuisine. En fait c’est un résumé d’humanité ! » Même cieux, mais tout à fait la même appréciation pour Isabelle qui « s’exaspère de ces jours et de ces nuits de douze heures, de ces saisons qui se ressemblent, de sa crainte des cyclones. Sans compter que la motivation scolaire se dilue très vite dans les bains de mer. Mais dire que l’on n’aime pas la vie des îles c’est forcément être une grincheuse ! ». Et pourtant ce tourmenté de Baudelaire voyait bien des charmes à la Dame créole

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