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Fausse couche à l’étranger. Seule, seule et archiseule.


Fausse couche à l’étranger. Seule, seule et archiseule.Nous partageons régulièrement sur FemmExpat des témoignages de jeunes mères de l'autre bout du monde. Entre grossesse idéale et parcours de combattant, peu importe, au bout il y a la naissance. Une nouvelle vie commence.

Aujourd'hui, nous donnons la parole à ces femmes qui perdent leur bébé pendant leur grossesse. Parce qu'une fausse couche à l'étranger, c'est se sentir bien seule... Or, non, vous n'êtes pas seules !

 

C’était une bonne nouvelle.

Enfin je le croyais. Tous les signes y étaient, je ne me suis pas méfiée ; pourquoi me serais-je méfiée d’ailleurs ? Ce petit bout, on le voulait tellement. Il s’annonce ; on l’accueille avec joie. Me savoir enceinte, c’était comme le tenir déjà dans mes bras. Dans l’euphorie de ce début de grossesse très attendu, je savourais déjà toute la douceur, les câlins et l’amour que nous avions à donner. Nous savions déjà où bébé allait dormir, Bertrand rêvait de prénoms, moi je parlais au bébé, je lui racontais nos projets ; un mois seulement, et il faisait déjà partie de notre vie. Par principe, nous ne l’avions pas encore annoncé à nos proches, mais c’est comme si c’était fait. Ces 8 mois allaient passer à la vitesse de l’éclair.

 

Et puis rapidement, quelque chose a déraillé.

Quoi exactement ? Je ne saurais pas exactement le dire. Comme si je n’étais pas assez fatiguée, pas assez alourdie, pas complètement enceinte en fait. A la première visite, le gynéco a eu l’air soucieux. Il m’a raconté plein de trucs, que forcément, je n’ai pas parfaitement compris. En gros que l’embryon ne lui semblait pas très dynamique. On s’est revu trois semaines plus tard. Et là, le verdict est tombé : le cœur ne bat plus. « Es un aborto espontaneo,». Et il a à nouveau longuement commenté avec des termes que je ne comprends pas. Mais de toute façon, je n’écoute plus trop.

J’ai décroché, je suis perdue.

 

Evidemment, Bertrand est en voyage.

Injoignable, comme d’habitude. Et moi, je suis seule, bien plus seule que deux heures plus tôt. Pas envie de rentrer à la maison où les enfants viennent sûrement de rentrer. Pas envie de croiser la nounou qui a clairement remarqué quelque chose. Elle m’envoie des œillades ravies depuis quelques semaines. Pas envie d’aller voir les copines qui vont me bassiner avec leurs histoires dont aujourd’hui, je n’ai rien à faire. Tout à coup, j’ai l’impression de ne plus faire partie de cette communauté. J’ai besoin de retrouver mes vrais amis, ceux de toujours, ceux à qui je peux tout dire. Mais ils sont loin et chez eux, il est deux heures du matin.

Je pars me balader. Pas dans la ville, ici, on ne marche pas à l’inconnu. Dans un parc près de la maison. Je tourne en rond, en croisant les doigts pour ne rencontrer personne. Marcher me détend et me permettra peut-être de clarifier mes idées. J’étais enceinte. Enfin, je le suis un peu encore, mais de quoi ? « Un aborto » a dit le médecin. Il se moque de moi ! Pourquoi me parle-t-il d’avortement. C’est déjà bien assez compliqué comme ça dans ma tête. Je ne trouve pas de mot pour en parler. Fausse-couche, c’est laid. Et pourquoi fausse ? Il n’était pas faux ce bébé, je l’ai aimé pour de vrai. Miscarriage disent les Anglais. C’est déjà mieux. Miss you baby. Tu me manques. Où es-tu ? Qui étais-tu ?

 

Heureusement qu’on n’en n’avait pas encore parlé.

J’aurais détesté avoir à décevoir tout le monde. Mais du coup qui va comprendre pourquoi je suis si triste ? Pourquoi je n’ai envie de rien. Pourquoi je suis tellement, mais alors tellement fatiguée !

Rien compris aux opérations à venir. Pas envie de rappeler le médecin. Pas envie d’y retourner. Je vais me renseigner sur Internet.

Si ça se trouve, le médecin a mal vu. Si ça se trouve, j’ai mal compris ce qu’il m’a dit. Je suis perdue. J’ai envie de dormir mais que dire aux enfants ? On dirait que j’ai attrapé une maladie. Voilà, j’ai une bronchite. Il y en aura bien pour une semaine. Je ne peux pas juste dire que j’ai juste le cafard ! Et je ne vois pas comment leur raconter ce qui se passe.

 

Les enfants m’ont fait un énorme câlin.

Ils ont senti quelque chose. Depuis 15 jours, le petit dernier passait son temps à me taper le ventre. Et là, il s’est juste blotti contre moi. Depuis quelques temps, j’étais tendue et agressive avec eux. Et là, l’évidence s’impose. Si on veut un enfant de plus, c’est parce qu’on les aime à la folie. Ma grande m’a fait un dessin. Il y a nous quatre et plein de cœurs. « C’est nous et aussi plein de bébés que tu vas avoir encore ». Mais d’où tu tires cela ma petite puce ?

Je pense à celles qui font une fausse-couche et n’ont pas encore d’enfants. Ce doit être tellement paniquant de se demander si « ça va marcher », si on aura un jour un enfant. J’ai déjà deux loulous, je suis très gâtée. Mais comme j’ai détesté la remarque de l’infirmière qui me dit d’un air rassurant « mais Madame, vous avez déjà deux enfants, c’est déjà bien vous savez ! ». J’ai désiré la mordre ; le désir d’enfant me transforme en tigresse !

 

J’ai bien fait de dire que j’étais malade.

Du coup, les copines sont passées. Elles vont m’aider avec les enfants. Chloé m’a même fait des courses. Trop sympa. J’ai un peu honte car je ne suis pas malade. Mais en même temps, j’ai besoin de me cacher sous ma couette jusqu’au retour de Bertrand. Et pour une fois, je vais m’écouter.

 

Et puis Sophie est venue.

Ce n’est pas ma meilleure amie ici, mais elle est vraiment agréable. Elle s’est assise sur mon lit et m’a dit avec un air doux que j’avais une petite mine. Et sans l’avoir prévu, à elle, j’ai tout dit. Elle a juste écouté et posé quelques questions. Puis elle m’a raconté que cela lui était arrivé aussi. Comme à tant d’autres, qui n’en parlent jamais.

Comme Bertrand ne reviendra que dans trois jours, c’est Sophie qui me conduira à la clinique pour finir les opérations. Elle m’a demandé comment s’appelle le bébé. Etonnée, je lui réponds qu’on n’avait pas choisi. Sophie m’a proposé de lui donner un nom avec Bertrand pour pouvoir parler de lui.

 

Bertrand est rentré et j’ai pu enfin me blottir dans ses bras.

J’avais tellement besoin de me sentir protégée. Il était si triste mais nous nous sentons mieux de vivre cela enfin ensemble. Nous en avons parlé aux enfants. On ne leur a pas dit le nom du bébé, c’est notre secret, mais on leur a parlé de lui. Ils n’ont pas eu l’air surpris. Ni vraiment déçus. Moi qui me faisais une montagne de cette annonce !

 

Du coup, on en a parlé à nos parents, et ça a fait du bien de partager cela avec eux.

Sophie est revenue et nous a présenté des gens qu’on ne connaissait pas mais qui avait la même douceur qu’elle. Je pense qu’on s’est vraiment fait des amis avec cette histoire! Les enfants veulent savoir s’il y aura un autre bébé. Pour l’instant on n’en sait rien. D’abord je guéris. J’apprivoise cette absence. On apprend à en parler tous les deux Bertrand et moi, car ce n’est pas simple. On vit les choses tellement différemment !  Et puis on verra. Mais déjà, bébé a un nom. Il n’est pas une « fausse-couche », un « non-être », nul et non avenu. Il a un nom. Ce bébé, il a existé quelques semaines. Et nous sommes en deuil de lui.

 

 

Alix Carnot,

Article tiré d’expériences personnelles, et de celles de bien des amies.

Et si cette info peut donner de l’espoir à  celles qui en ont besoin, mon petit dernier est né après 5 fausses couches inexpliquées. La nature a encore bien des secrets, et de belles surprises.

 

 

 

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