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Arabie Saoudite L'interculturel Moyen orient

Mariage à Riyad avec mon amie Mona : c’était digne des mille et une nuits !


Un mariage à Riyad, c'est vivre une nuit au pays de Shéhérazade dans le scintillement des bougies, pierres précieuses, des yeux soulignés de khol, c’est ce que Sonia à vécu lors du mariage de son amie à Riyad.

 

Mona m’a invitée à une fête de mariage. Je suis prise de court. Ma plus jolie robe de mousseline me semble bien modeste, je vais jongler avec les accessoires. Je dois acheter des bas. La navette de la résidence où j’habite emmène les dames, en abayas, faire leurs courses à Azizia Mall, qui n’est pas le plus luxueux des shopping malls, tant pis. Arrivée sur place, je me dirige vers les boutiques de lingerie. Stockings, le personnel ne comprend pas, mais un jeune vendeur coréen à l’ouïe fine m’oriente vers le premier étage. Du haut des escalators je résiste aux tentations de Shoe Arena, des sandales à talons plats, à talons hauts, à talons vertigineux. L’urgence, c’est un collant. Dans le magasin de dessous haut de gamme les vendeurs, peut-être des Jordaniens et toujours des hommes, ne comprennent pas ce que je désire, je ne peux décemment esquisser un mouvement vers mes jambes, mais dans une vitrine sous le comptoir je découvre des jambes de mannequin présentant des bas résille et on me tend enfin une pochette, une marque italienne. L’illustration - un dos de femme nue en collant - est minutieusement recouverte de petits autocollants blancs, la censure a été vigilante. Mais sur les présentoirs, à hauteur de nez, un body couleur chair à slip brésilien dos nu, des soutiens-gorge époustouflants ! Les bas sont un peu trop dorés pour les tons pastel de la robe, il est trop tard pour chercher ailleurs, le fourgon attend, le chauffeur a déjà fait glisser les panneaux noirs des vitres. Rentrée à la maison, je tente de faire une sieste climatisée. C’est la chaleur de mars.

L’admission est entre 21 heures et 21 heures trente. Je revêts mon abaya et mon hijab, vérifie le contenu de mon sac - passeport, portable, argent - et le carton d’invitation, papier velours rose saumon imprimé de brun dans une pochette de bristol avec un bandeau saumon et une faveur nouée assortie. Un minuscule plan doit nous aider à repérer la sortie d’autoroute. On nous a dit : le Palais des Fêtes est un bâtiment bleu ou avec du bleu. La circulation est dense le jeudi soir. Les Saoudiens ne conduisent pas vite mais ils utilisent peu leurs clignotants, coupent les files, escaladent les remblais des sorties quand ils les ont manquées. Nous apercevons un bâtiment éclairé d’un point de croix de faisceaux lumineux bleus, mais non, ce sont des bureaux. Vient un terrain vague, du sable, des pierres. Juste après nous reconnaissons le Ghanati for Banqueting écrit en néons bleus. C’est là. Affluence de voitures à l’arrêt ou progressant lentement vers le portail de la grille. Des silhouettes noires en descendent, des silhouettes blanches attendent devant une deuxième entrée, ce sont les hommes en thob. Nous nous insérons dans la file. Devant le portail des dames, je descends de la modeste Nissan X-Trail en tenant bien fermée mon abaya (surtout ne pas laisser entrevoir mes jambes). Devant moi une jeune femme s’engouffre dans le Palais, de son abaya de soirée dépasse une traîne de tulle bouillonnant, du gris, du vert, je me sens parfaitement déplacée avec ma robe. Je présente mon carton à un homme qui n’est pas un Saoudien, et suis aussitôt occultée par un décrochement du hall (les femmes déjà entrées sont invisibles d’un homme qui pourrait se tenir là).

Et c’est la musique assourdissante, l’air saturé d’encens, le brouhaha des salutations, la profusion de couleurs. Je ne peux même plus penser à mon mari qui va s’ennuyer avec les hommes dans l’autre partie du palais. Ne pas faire d’erreur : je quitte mon abaya, la tends à une employée asiatique qui la roule en boule dans un sac plastique et me tend un numéro, j’ai le 77. Le comptoir du vestiaire est circulaire, les boules noires des abayas occupent des casiers comme les alvéoles d’une ruche. Je suis très intimidée : tout autour de moi émergent des abayas noires des robes somptueuses, des mélanges de couleurs divins, des broderies de perles, des décolletés et des visages maquillés. Entre deux rangées de femmes de service en longues robes bordeaux tenant des brûle-parfum argentés, j’avance moi aussi. Les femmes de la famille accueillent les invitées. Je suis Européenne : elles me tendent la main, avec les dames saoudiennes elles échangent des baisers esquissés, un sur la joue gauche, un sur la joue droite, puis encore un sur la joue droite, deux fois, trois fois, plus encore. Mona me place à sa gauche avec grande courtoisie et je salue donc à ses côtés les arrivantes, c’est le Bal des douze princesses, mais les princesses sont 400 ou 500, Mona ne sait pas. Je plaque ma joue sur d’autres joues, un geste très doux, je retiens mon châle sur mes bras. On m’entraîne vers les tables pour que je m’installe en attendant l’apparition de la mariée - Mona me prévient, ce sera tard.

Je suis éblouie par toutes les lumières, assourdie par la musique, je regarde autour de moi. L’immense salle couleur crème, avec des panneaux jaunes à moulures blanches, est illuminée par de grands lustres et des appliques de cristal, et coupée en deux par un tapis rouge qui prolonge un escalier jusqu’à une estrade tout au fond. Des deux côtés sont alignés des fauteuils à accoudoirs et oreilles recouverts de housses jaune pâle. L’allée centrale est éclairée de lampadaires recourbés à pendeloques de cristal. Les tables rondes, nappées de damas blanc, sont encombrées d’un centre de table imposant, un cadre de bois doré et sculpté, incliné sur un napperon d’organza grenat, rebrodé d’or, galons, pompons, d’où jaillit un bouquet de roses en dégradé de rouges. Un plateau argenté ciselé (made in China ?) supporte trois thermos de style oriental contenant le café vert, le thé noir, le thé à la menthe et les minuscules coupes à café, les petits verres à thé et des coupelles carrées de cristal à filet argent. Grandes bouteilles d’Evian, bienvenues car il fait chaud dans l’immense salle où les climatiseurs souffleront plus tard un air trop froid, et verres à pied, deux plateaux de friandises salées (pour accompagner le café vert) et sucrées (pour grignoter avec le thé - toujours dans cet ordre) et une assiette de chocolats emballés de papier métallisé griffés Lenôtre. Les chaises, six ou huit à chaque table, sont houssées de satin blanc, les dossiers drapés d’organza grenat. Je sens dans mon dos les regards braqués sur mes cheveux blonds et mes bras nus mais les visages, quand je me retourne, ne sont pas hostiles. De deux tables voisines des jeunes filles me font signe de les rejoindre. Reema, la plus jeune, est ravissante toute en blanc, Hela, une vingtaine d’années, trop ronde, porte une robe de mousseline mauve rebrodée de fleurs en rubans. Elles me sourient de tous leurs appareils dentaires. Aussitôt, on me sert le café vert m’expliquant que c’est le café saoudien, je rassure Hela, je connais et j’aime bien. Elles me tendent les assiettes de petits gâteaux, insistent pour que je goûte aux boulettes de viande parfumée, très prisées et qui seront vite épuisées.

La musique est trop assourdissante pour pouvoir converser. Quand la sono fait une pause de quelques secondes mes oreilles bourdonnent. Pour communiquer avec mes voisines de table je sors du papier et un crayon de mon sac, elles s’en emparent, ravies de cette solution (dans le vacarme les dames se téléphonent de table en table sur leurs mobiles !). Elles peinent à lire l’anglais même quand elles le parlent passablement. Hela revient de Suisse, Lausanne, ailleurs (la musique couvre tout), elle touche mon cœur Lalique et me dit que c’est joli, elle a l’air sincère - alors qu’autour de nous des bijoux de prix étincellent - j’explique que c’est du cristal, que c’est français. La très jeune Reema touche ma peau claire, me dit avec des bribes d’anglais que les Saoudiennes ont la peau sombre (ce qui est vrai pour certaines). Elle précise que sa ravissante tunique blanche vient du très chic Faysalia Mall, fines bretelles, grands sequins blanc nacré en bas du pantalon et sur l’étole, et de minuscules pompons de fil blanc. Je fais beaucoup de compliments, je caresse son étole.
Can you come to our house ? Yes, why not ! Please !!!
I stay in a compound. Ask Mona for my number.
You come back again to Saudi A. ?
I very much want to.

Et c’est vrai, ce soir, j’aimerais pouvoir leur promettre de revenir en Arabie. Dépaysement de la couleur pure non plombée par les costumes sombres des hommes comme elle le serait dans une réception occidentale, robes longues volantées, drapées, décolletées (mais les bras ne sont jamais entièrement dénudés), rebrodées, emperlées, de la dentelle rose à paillettes, du lamé noir, de la mousseline bleu pétrole, du satin turquoise, de la soie jaune mangue. Au milieu des femmes circulent quelques petites filles d’une dizaine d’années, exquises en petites robes de soirée. L’une d’elles, douze ans peut-être, très rondelette, visage éveillé, en robe de taffetas bleu nuit à courte traîne et petits noeuds de strass - de diamants ? - sur le corselet à fines bretelles entame une petite conversation en anglais avec moi qui lui faisais compliment de sa robe. Je sens que je l’intéresse. Qu’on imagine : la seule Européenne ! Nous papotons (non loin des époustouflants rest-rooms), j’apprends qu’elle a passé trois années à New York, je lui dis que je viens de France et aussitôt elle dit avec grâce et vivacité « Bonjour, je m’appelle... », le bruit couvre le prénom. Cette fillette adorable sera peut-être un jour épouse de diplomate, je lui souhaite une vie intéressante.

Je regagne les tables. Des femmes enceintes rivalisent de charme, l’une plus belle que l’autre. Je vois une longue veste de soie ocre jaune repeinte de fleurs et d’oiseaux, à fermeture asymétrique et petite capuche sur la nuque style bédouin, je suis présentée à une dame en robe de satin vert foncé avec un grand losange de pierreries sous la poitrine d’où partent les plis, je passe près d’un drapé vaporeux de mousseline jaune pâle richement imprimée de fleurs roses et vertes où scintillent quelques paillettes, une épaule nue sur laquelle je vois une bretelle de soutien-gorge transparente.
Inlassablement les serveuses, qui viennent peut-être du Bengladesh, en robes grenat, enlèvent, à peine les a-t-on utilisés, les coupes à café, les verres à thé et les coupelles. Elles présentent les grands plateaux de bois tarabiscotés qui semblent très lourds à manier, chargés de friandises salées, petits beignets de légumes, boulettes de viande aux épices, et sucrées, carrés de croquant aux pétales de rose sous cellophane avec étiquette dorée, sablés aux amandes, pavés de sésame aux demies amandes... Une nuée de serveuses asiatiques, chemise blanche, gilet noir, pantalon noir, sillonnent avec zèle les allées entre les tables qu’elles débarrassent des Kleenex souillés qu’elles déposent avec des pincettes dans un cylindre de métal chromé. Elles proposent aussi des jus de fruits jaunes, orange et blancs, je choisis ce que j’espère être un jus de banane/goyave et, par bonheur, c’est du fruit frais non sucré.

Quelle heure est-il ? Sur l’estrade où la mariée prendra place, plus tard, plus tard, les femmes dansent maintenant sur la musique orientale assourdissante, seules ou entre amies, elles ondulent avec des mouvements fluides, parfois un déhanchement sensuel, des porters de bras gracieux, la main touchant le front, des mouvements qui seyent aux plus opulentes. La soirée avance et ma fatigue progresse, est-il minuit passé ?, des jeunes femmes dansent dans l’allée, je vois un fessier moulé dans du satin gris foncé, une large ceinture emperlée sur de larges hanches, des sandales de lamé assorties, des manches de tulle, du turquoise, je suis toute étourdie d’images et de bruit.

Les femmes âgées, ou s’agit-il de veuves, portent de sobres robes noires et une très fine mousseline noire sur leurs cheveux, qui ne sont jamais blancs. Je vois des chignons élaborés, piqués de plumes bleu roi ou de strass, des boucles savantes, des chevelures très longues et très lisses, des franges très longues et très sophistiquées, des paupières fardées de jaune ou de turquoise assorties aux robes, de l’eye-liner noir, des ongles vernis rouge sombre, cannelle, peacock blue (car après Ishah, la prière du soir, le vernis est autorisé à condition de l’ôter avant la prière de l’aube - c’est dans le ton du conte de Grimm). J’aperçois de hautes sandales très découpées, ce que j’appelle des « sitting shoes » pour faire sourire mes nouvelles amies, en cuir nacré, à brides de satin noir ornées de strass, des mules très pointues agrémentées de fleurettes de tissu.

Et puis soudain, les lumières baissent comme au cinéma, une musique mi-pop mi-orientale remplace soudain les musiques lancinantes de la danse, et la MARIÉE apparaît en haut de l’escalier. Sous le voile en dentelle grisée et scintillante, dépasse une grande mèche de cheveux qui lui barre le front et qu’elle repousse nerveusement à chaque marche, tout occupée à descendre cet escalier d’apparat sans se prendre les pieds (certainement chaussés de très hauts talons) dans le tapis rouge ni dans son ample robe blanche à traîne, toute rebrodée d’écailles de strass. À la main, un bouquet de fleurs rouges. Elle est précédée, suivie par une photographe professionnelle qui papillonne caméra vidéo à l’épaule, pantalon et foulard islamique beiges, qui filme les seules images autorisées, qui sont destinées au marié et à la famille du couple.

Les invitées ne verront pas le marié. Après le dîner, car il y a un dîner, il est trois heures du matin, des buffets de tous les continents ont été dressés dans une autre salle, quand je quitte la fête parmi les premières je découvre dans le hall d’entrée un grand livre d’hôte ouvert sur un pupitre. J’écris trois aimables lignes en français sur une page neuve (j’ai su le feuilleter dans le bon sens de gauche à droite). A droite, sur un présentoir, un portrait photo plus grand que nature du marié avec la coiffe traditionnelle (gutra rouge etiqal), un trois-quarts figé et un peu retouché. Je ne pose pas de questions (âge, profession). A gauche, dans un deuxième cadre vieil or, un portrait de la mariée, 21 ans, joli visage à la peau claire. Le photographe l’a coiffée d’une capeline beige très Ascot, au cou un « collier de chien » de style oriental à pampilles.

Avant que les invitées ne se lèvent pour gagner les buffets, les serveuses en robe bordeau étaient passées entre les tables avec les coupes d’encens.J’observe que les femmes dirigent la fumée odorante vers leur visage d’un geste de la main que je m’apprête à imiter quand Mona, revenue à ma table, soulève d’office mes cheveux pour les placer au dessus d’une coupe, ravie que j’ai tant de cheveux à parfumer. Je me laisse faire.
Mon mari, qui s’est ennuyé avec les hommes dans l’autre moitié du Palais des Fêtes, me dit que les hommes aussi ont été accueillis par des fumées d’encens, ils se penchaient sur les coupes, rabattant leur gutra sur le visage pour mieux s’en imprégner.
Dès demain il ira porter son costume chez le teinturier.

Je mets des heures à m’endormir, à quoi bon, c’est déjà un autre jour, le conte est fini.

Sonia

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