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Ma vie en expatriation Vie d'expat Voyages

Le retour de l’expatrié pour les vacances, c’est folklo


femme-étonnée-HPDix ou douze mois à travers les continents ont ramolli notre carapace franchouillarde. Pas encore ici, encore un peu là-bas, le cortex en vrac, la faute au décalage horaire, au décalage tout court !

Si pendant l’année, on s’est bien appliquée à ne pas faire tâche dans notre nouvelle biosphère, on ne va pas non plus se faire un claquage neuronal pour quelques tics et tocs d’importation et être pile raccord avec tous les petits codes hexagonaux.

A Roissy ça commence fort !

La bise aux douaniers
C’est le grand bazar dans mes hémisphères droit et gauche. Normal qu’il y ait des nœuds dans la chaîne neuronale quand on a fait faire à son cortex une reptation de 180° en passant de l’hémisphère sud à celui du nord ! Un uniforme qui ressemble à celui de beau papa, c’est la joie de nous revoir qui l’a fait rajeunir de 30 ans et on lui claque de poutous bien mouillés sur son after shave. A voir sa tête de gobie sorti de l’eau, on réalise un peu tard que c’est le douanier et qu’il nous prend pour la nympho du vol AF 413. Explication embrouillée et c’est tout juste s’il ne nous inculpe pas pour outrage à la force publique ! C’est vrai qu’on n’a pas le physique de Lindsay Lohan après 24 heures de vol et le plastron graffé aux petits pots de Blédina, mais pas cool.
Sait-il au moins que dans le Pacifique sud, il n’y a ni classe sociale, ni CSP qui comptent et que nous sommes tous des « fetis » (cousins pour celles qui n’aurait pas le maori spontané) ?
Quand on arrive des îles en France c’est toujours pareil, on est tout miel et on tombe sur un nid de guêpes pas aimables !

La conduite
Je prends ma voiture TT, engluée dans ma fierté de fille prodigue qui revient au pays. Bizarre cette voiture sans volant, c’est quoi tout ce foutoir à ma gauche avec ce symbole phallique qui me nargue ? Damned une boîte de vitesse mécanique, ça existe encore ! Oups ah oui c’est les commandes de cet étrange véhicule ! Ben oui, mes copains les maoris, ils font tout comme leur Queen Lilibeth, c’est des trucs d’insulaires ! On fait le tour de l’engin, on remet les bons réflexes dans les bonnes cases, enfin pas tout à fait puisqu’on laisse le rétro sur la borne péage. Bon en même temps, ça ne va pas être facile de ne pas ratiboiser tout ce qui dépasse de l’habitacle. On en fait son challenge de l’été !
Premier rond-point, premier grand moment de solitude. C’est dans quel sens déjà qu’il faut entamer ? Travelling arrière, leçon de conduite et on se sent toute liquéfiée comme quand on a dû prendre la place de la Concorde (qui ce jour là n’a jamais si mal porté son nom !) sous les injonctions vociférées du moniteur. Problème évident de latéralisation : début de la sénilité, je pose la question ?

Arrivée dans la famille
Deux rétros en moins, une voiture borgne et les ailes en feston plus tard, enfin un havre de paix qui se profile après la jungle urbaine.

Un mille- pattes devant la porte : Y a une énorme scolopendre qui a fait escale devant la porte s’étonne Benjamin-le-petit-cousin ! Devant le rictus en demi teinte de beau papa on se demande si c’est bien l’habitude dans un immeuble bourgeoisement habité...

Dis donc y aurait pas comme un trou dans ma couche d’ozone section mémoire ? Nos myriades de tongs et autres baskets s’amoncellent sur le pas de la maison. (Nous on sait bien que nos Manolo Blanhik on ne les laisserait pour rien au monde à la convoitise populaire, notre confiance n’a d’égale que notre méfiance). C’est vrai, ça c’est super crade de rentrer dans une maison avec des pompes qui ont foulées bitume et crachats. C’est l’intrusion des bactéries extérieures dans la sphère aseptisée de notre petit monde, c’est ce qu’on tente d’expliquer à nos aînés qui imprégnés de culture confucianiste pris en cours accélérés avant notre venue ont le diaphragme qui leur remonte au bord des yeux à force de se maîtriser. Pastèque sur la tartelette quand on leur explique que ce n’est pas une vue de l’esprit quand les étrangers considèrent les français comme une tribu de crados, là on ne sait pourquoi mais on a comme l’impression que la tante Mathilde a mis ses doigts dans la prise électrique vu son chignon qui se hérisse !

Un cumulus sahélien
Forte du principe énoncé ci-dessus et conforme à la vie tropicale qui balbutie sous ces latitudes rien ne nous empêche de sacrifier au rituel de la douche, bi, tri, multi quotidienne. Que multiplie le nombre de migrants ça fait, houlala, le barrage de la Durance ! Bon évidemment comme on est encore en plein décalage nos douches se prennent déjà à l’heure où l’aube blanchit (la première...) et donc les membres de la tribu sédentaire se plaignent, non s’étonnent à ce stade du séjour, de n’avoir que de l’eau fraîche, voire froide pour ne pas dire glaciale. Si on vante les mérites thalassothérapeutes de ce traitement pour avoir des muscles bandés et des seins fermes pas sûr que l’écho résonne dans la zone occipitale des puissances accueillantes ; c’est vrai il y a des angles d’attaques perfectibles mais après tout c’est pas parce qu’ils ont un cumulus gros comme un pot de yaourt qu’il faut en faire un fromage !

Hello, hola, allo ?
Quand le téléphone sonne normalement c’est pour nous, sauf quand on est 25 à cohabiter faut bien partager même si c’est insupportable. Dans la précipitation de prendre le combiné, histoire de suivre la chronique familiale, je bafouille un hello..... holà..., avant de recouvrer un allo intelligible. Et l’autre pomme au bout du fil qui me demande si je suis la baby-sitter anglaise ou une-amie-portugaise-qui-vient- aider (ça lui arrache les maxillaires politiquement correctes de dire la bonne...). Non mais on rêve, encore que celle qui fait preuve d’empathie pour son prochain et d’un vrai don pour les relations publiques, j’ai nommé la concierge, recueille toute ma sympathie, rôle que dans une autre vie je remplirai volontiers.

J’ai mal à mes horaires !
Avant quand j’habitais de l’autre côté du Rhin à 17h30 pétantes, je m’affairais en bonne petite gretchen à préparer les bradwurts et pintes de bière autour de la table familiale. Jolie maman trouvait curieux ce tea time et malgré un effort surhumain, non vraiment tremper sa saucisse dans le houblon avec le petit doigt en l’air, elle surkiffait pas trop. Maintenant quand on arrive à 14h30 de la plage tout nus (oui elle trouve que notre maillot acheté à Copa Cabana n’est rien d’autre qu’un appel au viol, comme elle y va !) et tout bronzés ça ne le fait pas non plus. C’est vrai quoi, nous on s’emmêle les pieds dans les fuseaux horaires mais tant qu’il n’y a pas mort d’homme ! Bon l’ennui c’est que quand on arrive elle est un peu pompette à force de s’être envoyé six apéros pour faire passer les peanuts....Et c’est sans parler du rose aux joues de joli papa qui ne doit rien aux ardeurs de l’astre du jour !

Les piranhas du frigo !
La France c’est le pays de la gastronomie, ça on sait. Les enfants, eux, n’avaient pas encore eu l’occasion de faire frissonner leurs papilles gustatives et comme Christophe Colomb en son temps, ils vont de découvertes en découvertes. Pas un saucisson, un fromage, un fruit qui ne leur paraissent exotiques. Avec leur sens inné de jeunes explorateurs, ils fourragent dans le frigo et telle la nuée de sauterelles ou le ban de piranhas, aux choix mais pas au goût de la gardienne du temple, ratissent tout ce qui peut être comestibles.
L’idée qu’il faille se mettre autour d’une table pour se sustenter ne fait visiblement pas partie de leur biosphère. Quelques années chez le Bushman et c’est la mort d’une éducation. A ce stade là les grands parents arrêtent les vitamines et passent au Lexomil. On comprend assez vite que la préposée au ravitaillement n’a pas les bras sur pistons hydrauliques et que si on veut réapprovisionner le garde-manger, la caissière du super marché va vite devenir notre nouvelle meilleure amie. En ce qui nous concerne, la bouffe en France on en rêvait mais assez vite on s’aperçoit des dommages irréversibles et collatéraux avec notre tour de taille. Aussi on décide de ré-adopter fissa notre régime quotidien : rien que des fruits exotiques. Un simple process d’élimination des toxines, le blème c’est qu’en plein milieu de la Creuse faut se faire suivre par une raffinerie pétrolière si on veut dénicher l’objet de convoitise. Oui la mondialisation n’est pas encore passée par là.....

La machine 24H chrono.
Au choix en Bretagne, lieu de notre villégiature estivale et métropolitaine, ou il fait très beau, ou il pleut entre deux averses. Résultat : on passe sa vie à se changer. Mais par un curieux fait du hasard qui ne nous effleurait plus l’esprit depuis que nous avions quittés notre terre natale, les tenues qui sous d’autres cieux sont lavées, séchées, repassées en 24 heures semblent ici stagner un temps incroyable dans ce que certains appelle, comment déjà...le linge sale ! Chose curieuse, on avait presque oublié qu’il ne suffisait pas de les laisser sur une chaise pour qu’elles sautent immédiatement dans notre placard... c’est marrant on a pourtant l’impression d’être dans notre « middle age crisis » et on se retrouve avec un comportement d’ado... A voir nos hôtes quand ils regardent le local machine on a comme l’impression qu’ils ont à notre endroit une idée pas bien chrétienne derrière la tête…

Tocs et tics en vrac
Glin-glin qui est plus élevé, on en convient le rouge au front, par la nounou philippine que par nos soins ne connait pas encore l’usage du kleenex et préfère de loin la mode locale du crachat. Qui n’a pas vu la gueule de vêpres du malheureux oncle qui évite un tout petit crachat d’enfant sur sa Todds trouvera que Jim Carey est en matière de grimaces un débutant.
Celles qui croient encore que débarquer en salwar kamez, boubou, sari... est so chic and so exotic au mariage du cousin va vite comprendre qu’avec notre tenue, une fête amish passerait pour une joyeuse déconnade à côté de notre réunion familiale. Consternation garantie !
Que vouloir absolument importer nos grigris favoris (fleurs dans les cheveux, alcool à décoiffer un élan, mixture à bobos, tresses africaines…) ça vous classe assez vite dans la catégorie altermondialiste mais pas trop en mère de famille respectable et responsable aux yeux de nos compatriotes...
A vous de compléter la rubrique des petits et gros décalages entre les membres nomades et ceux sédentaires d’une même tribu. Pour que nous puissions continuer à baigner dans une béatitude amniotique tout le long de notre séjour et que celui-ci ne se transforme pas en wagonnet à pousser au fond de la mine, le mieux est de convier nos proches à nous rendre visite à leur tour.
Et vous verrez que l’année prochaine votre escale estivale n’aura rien à envier à Woodstock en plein Flower power !

Paquita

 

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