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Le retour Les billets d'humeur

Chroniques d’un retour d »expat – episode 6 le bric à brac


Ou « la Dolce Vità printanière quelque peu ombragée par l’épuration drastique et inévitable des fameux placards ».

retour expatriation

Résumé de l’épisode précédent : Violette a décidé de passer à l’action en passant trois jours à Paris. Mal lui en a pris… Entre choc de la réalité de la surface moyenne du logement parisien et doutes quant à son identité, elle est bien vite rentrée dans son home sweet home italien.

 Hello, me revoilà, Violette, remise de mes émotions, et préférant depuis 15 jours éplucher les annonces d’apparts sur le web plutôt qu’en visiter en live. J’avoue, je ne suis pas encore prête à affronter la réduction inéluctable de notre espace de vie à sa moitié…  Au moins, sur trouve-ton-appart-genial.fr, grâce au numérique, au grand angle, à l’élargissement plus ou moins subtil des photos (parfois c’est vrai, c’est grotesque, on nous prendrait presque pour des imbéciles, mais c’est tellement beau tout cet espace et cette lumière !), on me permet (encore) de rêver à notre futur chez-nous et à des lendemains qui chantent.

 Me voilà donc, samedi matin, tranquillement installée sur mon canapé-XXL-adapté-aux-dimensions-de-notre-actuel-salon, « feuilletant » les annonces sur le net quand tout à coup, j’ai envie d’un thé. Je me lève, le cœur léger, pour me rendre dans ma cuisine. Et là, subitement, horreur ! Je passe devant notre bibliothèque et remarque qu’elle déborde de livres bien sûr, mais aussi de chargeurs de téléphone depuis longtemps égarés ou obsolètes, de prises multiples inadaptées aux standards italiens, de transfos multi-puissances 110-220V (on ne sait jamais, ça pourrait resservir un jour), de mille choses encore et surtout de dizaines (de centaines ?) de DVD toutes catégories, et de toute inutilité depuis la découverte de l’Apple TV. Mais enfin, comment a-t-on fait pour accumuler toutes ces choses en seulement 2 ans ½ ? J’accélère le pas pour fuir cette horreur, et là, je dépasse sans pouvoir l’éviter un placard sournoisement entrouvert sur un empilement de sacs de vêtements d’enfants trop grands (ça pourra toujours servir), trop petits (ça pourra toujours servir… à quelqu’un d’autre), trop… trop… oui TROP ! Il y en a beaucoup trop ! Alors, vite, je cours me réfugier dans la cuisine, et là, désastre: dans le placard à thé, j’ouvre les yeux sur des tas de paquets de farine spéciale six céréales bravement ramenés de France par famille et amis de passage, d’épices improbables que je trimballe de pays en pays au nez et à la barbe des déménageurs (« ah vraiment ? les épices, ça compte comme de la nourriture ? » - pas grave je les cacherai dans les chaussettes des enfants), de dizaines de sachets de levure Alsa soigneusement collectés chaque mois d’août, et bien sûr l’incontournable réserve de Nestlé Dessert, grand classique de l’expat prévoyante…

 Mais c’est horrible !!! Et si ridicule, quand je pense que le moindre Carrefour du coin en France regorge de tous ces produits, je me trouve très bête. Et puis surtout : je ne peux pas déménager TOUT ça. Ça. Ne. Rentrera. Pas. Dans un appart parisien standard, même retouché numériquement…

 Chaque passage devant un placard étant devenu une expérience extrêmement douloureuse d’où j’ai l’impression que des voix venues des tréfonds des étagères croulantes me lancent « Violeeeette, Violeeeette, libèèèère-nouuuus…… », j’ai décidé de faire le vide. Résultat : j’ai passé tout le reste du WE, et le suivant, et le suivant, à remplir frénétiquement des dizaines de sacs de jouets, vêtements, livres, nappes aux tâches irrécupérables, robot de cuisine pas touché depuis 3 ans au moins etc. Au cours de mes explorations domestiques, j’ai déterré la petite salopette en jean Osh-Kosh taille 9 mois amoureusement achetée aux US en 2001 pour Léandre-le-premier-né, puis portée par Léontine, puis, Loyse, puis enfin Loustique, usée jusqu’à la trame, et même déchirée aux genoux. Ah… ils étaient tellement à croquer dans cette salopette, ils cavalaient, bave aux lèvres, à quatre-pattes (d’où l’usure extrême, un vrai chiffon, heureusement qu’on n’a eu que quatre enfants), je me souviens… Albert et moi les soulevions du sol par l’arrière des bretelles quand ils s’approchaient d’un obstacle… trop choux… 10 ans de notre vie… Il va falloir se séparer de ce SYMBOLE de nos années de jeunes parents ? Noooonnnn !!! Je ne peux pas !!!... Je trouverai bien une cachette à Paris, sous un tapis, n’importe quoi, peu importe.

Pffffff… C’est quand même une torture psychologique ces tris. En plus, je n’ai pas précisé que j’ai du faire tout ça sous les yeux horrifiés des enfants qui s’accrochaient au moindre petit bidule en plastique (sans parler de ces foutues surprises Kinder en pièces détachées qui hantent les fonds de caisses de jouets, on les élimine si possible dès l’ouverture de l’œuf pendant que l’enfant regarde à côté, et malgré tout, ça s’incruste chez vous). J’ai fini par leur louer un film (pas un DVD, évidemment) pour être tranquille et aller jusqu’au bout de ma mission. Bon, le résultat c’est que maintenant, ce ne sont plus les placards mais les couloirs qui débordent de dizaines de sacs remplis comme des oeufs. On dirait une boutique Emmaüs chez nous. D’ailleurs, ça me fait penser qu’il faudrait peut-être que je me préoccupe rapidement de localiser l’Emmaüs italien du coin si je veux sauver mon mariage. En effet, Albert, loin d’être en admiration devant ce travail de titan qu’il juge totalement prématuré (évidemment, à lui, les placards ne lui hurleront jamais rien au passage), bref, Albert n’est pas ravi. C’est vrai qu’on doit enjamber des montagnes de trucs pour accéder à notre chambre depuis quelques semaines. « En plus il fait un temps magnifique et on pourrait être en train de se promener au bord du lac de Côme », certes my love, mais la semaine je te rappelle que je bosse, MOI AUSSI ! (Il a une fâcheuse tendance à l’oublier depuis que j’ai fait un malheureux break d’un an, le temps d’apprendre l’italien).

 Mais bon, j’ai fait le plus gros non ? Je me sens tellement légère ! Et puis, scoop de dernière minute, le temps de vous écrire cette chronique : le dossier « logement », tellement anxiogène, s’est retourné ! On a un toit à Paris ! Grand en plus ! (enfin, relativement, les tris n’ont pas été inutiles). Le monde est si petit, ça vous le savez, mais celui des expats, encore bien plus. Aussi, à force de lancer des bouteilles à la mer sur les réseaux sociaux (« trop grande famille cherche pas trop minuscule appart »), le deal idéal nous est tombé du ciel : les copains de l’avant-dernière destination rentrés entretemps repartent, eux, à l’aventure quand nous, nous arrivons. Win-win parfait, on va louer leur « parquet-moulures-cheminées » !

  Comme quoi, il ne faut jamais désespérer et surtout, surtout, parler, skyper, facebooker, se connecter : nous vivons à une époque formidable !

A suivre…

 Episode 7 : Y’a du boulot ? Ou « comment Violette et Albert essaient d’anticiper leur transition professionnelle vers la France »

 Chroniques d’un retour (pas) annoncé

Les aventures en live de Violette, expatriée au long cours, maman de quatre enfants et career-woman s’adaptant aux contextes changeants qui apprend subitement par son cher époux Albert qu’ils vont devoir rentrer vivre à Paris après de nombreuses années de vadrouille à travers le monde. Ces chroniques relatent les sentiments, les espoirs et les craintes de Violette tout en décrivant sous formes d’anecdotes les étapes qui ponctuent ce retour d’expatriation pas annoncé et enfin comment Violette surmonte ces changements pas forcément choisis au départ.

 florence malaud

L’auteur : Florence Malaud vit à Milan, Italie, depuis 2 ans et demi après avoir quitté Paris à la fin du XXème siècle avec son mari et vécu aux USA, en Espagne, et au Mexique. Tour à tour jeune cadre expatriée dans un grand groupe suivie par son mari, puis auto-entrepreneur - suivant son mari cette fois - elle est aujourd’hui dirigeante dans une start-up et Coach certifiée HEC. Quatre joyeux enfants sont nés au cours de cette Odyssée.


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