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Le mal du pays en expatriation : nostalgie quand tu nous tiens


Mal-du-pays-en-expatriation-UNE FXP- 559x520S'expatrier n'est pas toujours rose, loin de là. Bien souvent, derrière l'image de la carte postale idyllique, se cachent des phases de doutes, de solitude, de stress. Et un certain mal du pays.

En ce moment, alors que la ré-ouverture internationale de l'espace aérien est encore incertaine et que la perspective des retrouvailles familiales traditionnellement organisées en période estivale reste floue, ce mal du pays atteint comme une vague à l’âme. On l’appelle en anglais « homesickness », ce qui traduit l’idée de la maladie du manque de chez-soi. 

Est-ce normal ? Que faut-il faire ? Retrouvez ici l'analyse et les conseils de Magdalena Zilveti Chaland, psychologue et auteur d’un livre sur les dessous psychologiques de l’expatriation "Réussir sa vie d'expat. S’épanouir à l’étranger en développant son intelligence nomade" aux éditions Eyrolles.

 

Les pensées se cristallisent dans le passé au détriment d’un présent moins savoureux

Qu’il s’agisse d’une nostalgie pour le pays d’origine, pour la culture et pour tout un pan d’une familiarité perdue, on se rappelle le « bon vieux temps ». Avec une certaine dose d’idéalisation du passé, les événements y sont transformés et parfois même embellis.

Ce que l’individu retrouve dans son passé, ce sont des repères, une sorte de cartographie de son parcours de vie qui l’emmène jusqu’à ce présent à trous où se sont immiscés des doutes, des manques, de l’inconnu et des incertitudes.

La nostalgie n’est pas le témoin du vrai, mais celui d’une émotion qui fait du bien et en même temps qui laisse un sentiment de vide.

Comme la madeleine de Proust, une odeur, un goût ou un parfum renvoient à des sensations agréables venues d’avant. Des « petits riens » peuvent porter une forte charge émotionnelle et réveiller de nombreux souvenirs de l’enfance.

On regrette des lieux, des instants, des gens, des joies et du bien-être. Les souvenirs c’est le passé révolu que nous retrouvons en pensées, c’est se reconnecter avec ce qui nous a construit et qui fait de nous ce que nous sommes devenu aujourd’hui.

 

Une nostalgie bienfaisante pour le moral

Les périodes nostalgiques peuvent apparaître de façon plus accrue à certaines périodes sensibles. Que ce soit lors de fêtes traditionnelles ou bien lors d’événements familiaux, la nostalgie agit alors comme un déclencheur de regrets des temps passés, des lieux disparus, et des proches éloignés. On souhaiterait revenir à cet instant précis, comme un voyage tant géographique que temporel.

Ce moment qui porte une forte résonnance en nous est aussi le reflet de ce qui fait sens pour nous. C’est un rappel de nos valeurs, de nos goûts, de nos besoins et de nos plaisirs. Les souvenirs emmagasinés sont l’image de notre identité. On retrouve alors une certaine cohérence, ce qui rassure et réconforte.

Les souvenirs heureux ne sont pas uniquement la trace de ce qui fut, ils sont aussi le rappel de ce qui peut être à nouveau. La nostalgie peut alors devenir motrice et nous pousser vers ce qu’on souhaite revivre. Elle peut ainsi favoriser la créativité en imaginant des stratégies permettant de savourer à nouveau ces bonheurs ancrés en soi. De plus, en puisant sur ce qu’on a connu on transmet à nos enfants un patrimoine culturel et familial, comme des recettes de grand-mères ou des talents particuliers. Et puis, la gratitude pour nos expériences passées peut également nous permettre d’affronter les défis du présent.

 

Le manque de chez-soi quand on n’a pas le droit de s’y rendre

Quand le temps présent est complexe, la tentation de régresser vers des jours meilleurs devient séduisante. Des projets de retrouvailles, de découvertes, de soirées peuvent aussi se construire pendant les vacances afin de faire le plein de ce qui manque lorsque l’on vit loin. Ces pèlerinages affectifs permettent à la fois de se ressourcer, de ranimer les souvenirs et de faire les ponts entre la vie d’avant et celle du présent.

Malheureusement l’épidémie du Coronavirus a pu faire avorter les retours estivaux. Au manque nostalgique se rajoute la frustration de subir des évènements non choisis, la tristesse liée à une absence prolongée, le manque des siens, l’incertitude quant un retour possible, et l’inquiétude pour les proches. La culpabilité de l’éloignement peut être ravivée, avec une nostalgie d’autant plus amplifiée.

Afin de traverser cette période de désarroi, il est bon d’investir ce qui est possible de faire dans l’ici et maintenant, ce qui permet de retrouver une maitrise de son quotidien. Malgré la réalité de ne ce qui peut pas se faire, réaliser qu’il existe néanmoins des choses qui peuvent se faire permet d’atténuer le manque. Et si ne pas voyager cet été était l’occasion de se reposer chez soi et de prendre du temps pour soi ? Grâce aux nouvelles technologies le contact avec ses proches restés au pays peut se faire, particulièrement lors des moments où le manque se fait davantage sentir.

 

Quand la nostalgie devient mélancolie

Dans certains cas, le manque traduit une fragilité émotionnelle. Nombreux sont ceux qui souffrent en silence. Au repli social, à la solitude, à l’absence et au manque se rajoutent ainsi la culpabilité et la honte.

Une mélancolie persistante entrave l’investissement du présent. Une fidélité excessive et continue au passé ne permet pas d’accueillir le nouveau, perçu comme trahison. Le bonheur du présent est banni au profit d’une quête impossible pour revivre fantasmatiquement ce qui n’est plus, entrainant un risque de décompensation dépressive.

Le mal du pays poussé à son excès se traduit par des problèmes émotionnels comme des ruminations mentales, un manque d’entrain et de motivation ou bien un isolement social. Le repli nostalgique peut atteindre un stade préoccupant lorsqu’il devient excessif ou lorsqu’il s’installe dans la durée. Mettre en place des stratégies pour lutter contre une nostalgie envahissante est alors indispensable.

 

Accueillir la nostalgie dans la vie présente

  • L’une des premières conduites que l’expatrié peut effectuer, c’est de réaliser un travail de recul vis-à-vis de sa vie d’avant afin de ne pas négliger la nouveauté. Il s’agit de se tourner vers le présent et le futur pour ne pas s’enfermer dans les regrets du passé. Avec la clarification d’objectifs personnels et de projets motivants, le futur devient au moins aussi séduisant que les bienfaits du passé.
  • Une autre démarche positive est de maintenir dans son pays d’accueil certaines traditions et coutumes provenant de son pays d’origine. Cela permet de transmettre à ses enfants un héritage familial et culturel et de partager avec ses amis locaux une part de soi. En assumant ce qui participe à notre identité on crée aussi des ponts avec cette nouvelle culture qui nous enrichie et nous fait évoluer.
  • Enfin, se bâtir une « maison de migrant » participe à unifier notre parcours de vie en y installant les traces réconfortantes de nos différents lieus de vie. La présence d’objets souvenirs emblématiques provenant de l’autre pays, de l’autre maison, de sa famille et de sa vie d’avant permet de créer une continuité entre là-bas et ici, hier et aujourd’hui. Il ne s’agit pas de nier sa nostalgie mais lui accorder une place affective réconfortante. 

Le mal du pays est normal et naturel. C’est une réaction logique au manque qui évoque aussi nos racines et nos bagages. Mais comme lors de tout déplacement, il faut veiller aux limitations d’équipage et ne pas s’enfermer dans un trop plein passéiste qui nous empêche d’accueillir le changement et freine notre cheminement vers une évolution harmonieuse et un enrichissement de soi.

 

Par Magdalena Zilveti Chaland

Expatriée depuis 2004 aux USA, Magdalena est psychologue-life coach et l’auteur d’un livre sur les dessous psychologiques de l’expatriation "Réussir sa vie d'expat. S’épanouir à l’étranger en développant son intelligence nomade" aux éditions Eyrolles.

 

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