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Avis d'experts Les Enfants Psycho Rendez-vous des expats confinés

L’annonce du décès d’un proche à l’enfant expatrié


Annonce-deces-enfant-UNE femmexpat 559x520Tous les enfants seront un jour ou l’autre confrontés à la mort, mais en ces temps de pandémie qui dure avec divers rebonds et moments anxiogènes, ils y sont exposés plus régulièrement.

Lorsqu’on vit à l’étranger et qu’on est loin des siens, comment annoncer le décès d’un proche à son enfant expatrié ?

La mort s’est invitée dans notre quotidien depuis le début de la propagation du virus Covid-19. Soit indirectement par le décompte des décès quotidiens ou plus directement lorsqu’une personne vulnérable de son entourage a pu en être atteinte de façon fatale. Ou pour toute autre raison, la vie nous confronte inéluctablement à la mort...

Adélaïde Russell, psychologue spécialisée auprès des expats, nous livre ses conseils pour trouver les mots et la bonne attitude dans l'annonce du décès d'un proche à nos enfants expatriés. Ne manquez pas également ses recommandations de livres et d'outils en fin d'article !

 

Pour l’annonce, être authentique et dans le partage émotionnel

Annoncer cette nouvelle dramatique est de toute façon très difficile, la meilleure posture est de s’appuyer sur son émotion et être sincère, dans l’ouverture à l’autre. L’enfant capte autant le contenu exprimé que l’atmosphère émotionnelle du message. En tant qu’adulte protecteur et responsable de ses enfants, soi-même souvent d’abord sous le choc de la nouvelle, il faut pouvoir trouver le bon moment pour leur partager, sans trop tarder, aussi douloureux ce moment soit-il.

 

Donner l’information avec des mots simples et factuels, tout en étant dans le vrai de son ressenti émotionnel va aider l’enfant à intégrer cet événement.

Voila, X a fini de vivre, il/elle est arrivé au bout de sa vie et il/elle est décédé. Cela veut dire qu’il/elle est mort(e) et qu’il va falloir prendre le temps de lui dire aurevoir à notre manière car on ne le/la reverra plus. Et comme la mort c’est pour toujours, je me sens tellement bouleversé(e), triste, fragilisé(e) par cette nouvelle, mais je sais qu’on va traverser tout cela ensemble... 

 

Si le chagrin vous déborde et que vous pleurez en exposant cette nouvelle, c’est ok.

Il s’agit d’une situation de perte, de séparation, ce qui engendre automatiquement une émotion de tristesse. L’exprimer c’est être dans la congruence et le vrai. La cohérence entre les situations traversées et l’émotion suscitée est importante pour l’enfant pour se construire dans la sécurité.

La vérité, aussi dure soit-elle, est toujours positive pour la croissance personnelle. Un mensonge sensé protéger peut s’avérer dévastateur sur le long terme.

 

Chaque enfant va réagir de façon différente à l’annonce.

Accueillir l’émotion de l’enfant au moment même et partager ses ressentis va permettre d’adoucir ce moment. La décharge émotionnelle peut être forte, tout autant que la sidération, le blocage émotionnel, le détachement ou la fuite.

L’expression de l’enfant sur le moment est un comportement qui est sa manière à lui de réagir, face à une forte résonnance affective d’un événement.

 

Prendre le temps de parler de ses ressentis et de la personne disparue

Pour intégrer dans son quotidien la réalité de la disparition de la personne aimée, alors que l’enfant vit loin et ne l’a pas vue depuis un moment, il a besoin de temps et de diverses occasions d’en parler. De nombreux professionnels, chercheurs ou associations insistent sur le fait que la mort ne fait pas assez partie du quotidien de nos vies contemporaines, alors que c’est une étape de la vie si naturelle. Les tabous autour de la mort ne doivent pas exister, car c’est une réalité essentielle liée aussi à la vie. Plus cet état de finitude auquel rien ni personne n’échappe est mentionné et banalisé, mieux l’enfant peut l’intégrer sans culpabilité. La mort est acceptée comme un événement de vie qui surgit, même si la séparation et l’absence qui en découlent peuvent rester des sources de souffrance.

 

C’est pourquoi aborder avec nos enfants le cycle de la vie, à divers moments, permet de dédramatiser la représentation de la mort.

Il est possible de s’inspirer de divers cycles de vie dans la nature ou le monde animal pour évoquer ce rythme du vivant aussi chez les humains, avec la succession des générations : naissance, jeunesse, maturité, vieillesse puis mort. Suivant l’état de réceptivité de chaque enfant, on peut rajouter que parfois des épreuves de la vie (accident, maladie…) font que le cycle s’arrête en cours de route sans arriver jusqu’au bout pour certaines personnes alors que d’autres vont pouvoir les dépasser. Et ça c’est un vrai mystère !

 

La tristesse, la peine, le chagrin, l’abattement passager ou la désolation sont les émotions spontanées autour du décès d’un être cher.

Plus ces vécus affectifs auront l’occasion d’être exprimés et déposés par des mots, plus il est possible d’avancer et de passer à un autre style d’attachement avec le défunt. Il s’agit alors de pouvoir construire une relation différente.

Si le lien affectif était fortement investi par l’enfant envers le proche décédé, l’accompagner à poursuivre cette relation différemment, sur un autre mode est important. Cela peut prendre du temps, mais offrez-lui des moments ponctuels au cours desquels il peut parler tout simplement de l’affection qu’il ressent pour cette personne et du manque éventuel que créé son départ.

Vous pouvez de votre côté évoquer ce que représente cette personne pour vous, ce qu’elle vous a apporté, ce que vous appréciez particulièrement en elle, pourquoi elle vous énervait parfois aussi, puis la gratitude que vous pouvez ressentir de l’avoir connue. Et assurer votre enfant que la relation d’affection continue, dans les histoires que vous vous racontez dans votre petit monde interne dans vos pensées, dans votre tête. Car la mort n’est pas la fin d’une relation mais sa transformation : on aime toujours l’autre même si c’est autrement. C’est ainsi que l’enfant comprend qu’il peut remplacer le vide de l’absence par la présence dans les pensées, avec une place spéciale donnée au disparu.

 

Dire au revoir et fabriquer ses souvenirs-trésors

En vivant à l’étranger et dans le contexte actuel d’essai de contention de la pandémie par des confinements et des fermetures de frontières, il est possible que votre enfant n’ait pu revoir récemment ce proche. Il est probable aussi qu’un déplacement pour assister aux obsèques ne sera pas possible pour toute la famille.

 

Il faut alors aider l’enfant à dire symboliquement aurevoir, et pour cela il peut utiliser toute sorte d’expression qui lui font du bien.

Les enfants sont créatifs et vont utiliser des moyens variés pour ce geste d’adieu :  dessins, écrits, chants, don d’un objet, montage photo ou vidéo, bougie décorée… Un don (lettre, carte, objet souvenir…) peut être confié au parent qui peut se déplacer pour les obsèques. Ou encore, une cérémonie peut être faite chez soi, le jour où les funérailles ont lieu.

Puis, par la suite, l’enfant peut se construire sa boite à trésor, son coffre des merveilles, son enveloppe magique, qu’il décide de remplir avec des choses qui lui font du bien. Et parmi celles-ci il peut mettre une photo de lui avec la personne décédée, un souvenir raconté, un portrait ou lieu dessiné…

L’important est que les objets qui remplissent ce contenant soient associés avec de l’affection, de la douceur, du bien-être, pour se réconforter et se faire du bien ! Ces objets peuvent l’aider à internaliser le lien avec le disparu, c’est-à-dire à garder précieusement en lui des souvenirs de sa relation avec le défunt.

 

Etre ouvert aux questions et réflexions plus existentielles

Et si votre enfant a besoin ou envie de parler encore davantage sur ce sujet, s’il parait curieux, soucieux ou triste au-delà du raisonnable, offrez-lui des moments de discussion, de soutien, répondez à ses questions.

Ses interrogations vers l’adulte peuvent être teintées de préoccupations matérielles (comment se déroule un enterrement ?), scientifiques (que se passe-t-il avec le corps du défunt ?), culturelles (quels rituels, fait-on pareil partout ?), existentielles (est-ce que c’est normal d’avoir peur de mourir ?), religieuses (comment telle religion explique la mort ?) ou plus spirituelles (où va-t-on après la mort ?).

 

Face à ce grand mystère de la mort, les sources de questionnement peuvent s’avérer inépuisables !

Ce n’est pas parce que l’on n’a pas de réponses à tout, car certaines parties restent des énigmes et nous échappent en tant qu’humain, que l’on ne peut pas en parler… Vous pouvez choisir de lire ensemble des albums pour enfants, ce sont toujours de bons moments partagés qui peuvent ensuite susciter la discussion…

Et si l’enfant n’arrive pas à digérer ce décès, s’il reste inhibé sur la thématique de la mort, s’il exprime des angoisses d’abandon fortes ou de la culpabilité, s’il parait envahi par la tristesse trop longtemps, si son malaise s’exprime par des symptômes physiques tels que des troubles de l’alimentation, du sommeil ou encore du comportement (colère, agressivité, agitation), vous pouvez réfléchir à lui proposer d’en parler avec un professionnel, un(e) psychologue qui pourra l’aider à dépasser ce blocage. Quelques séances peuvent parfois suffire.

Exprimer les émotions de tristesse et les partager, parler du défunt, dire aurevoir symboliquement, créer un nouveau lien en soi avec le défunt et répondre aux questions sur la mort : toutes ces démarches vont aider vos enfants expatriés à avancer dans ces moments délicats autour du décès d’un proche lorsqu’on vit à l’étranger.

 

photo-Adelaide-RussellAdélaïde Russell

Psychologue, elle accompagne en vidéoconsultation des enfants et adultes expatriés. En savoir plus sur www.expatfamille.com 

Co-auteure avec Gaëlle Goutain de deux guides pratiques sur la vie expatriée :

 

Ressources pour aller plus loin :

> Des albums à lire avec les enfants :

 

> Pour les parents :

 

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