Connexion en tant que membre

Education Eutelmed Guides Partenaires La Scolarité Partenaire de la semaine

Le harcèlement scolaire – du point de vue de celui qui agresse


le-harcelement-scolaire-du-point-de-vue-de-celui-qui-agresseEtienne Dumenil, Psychologue clinicien du réseau Eutelmed, nous brosse ici le portrait du harcèlement scolaire et du visage des enfants harceleurs.

Quels sont les mécanismes qui président au harcèlement scolaire ? De quels types d’adolescents s’agit-il ? Comment réagir en tant que parents et quoi faire pour agir en amont ?

 

Là où la mission de l’école est d’éduquer l’adulte en devenir en lui apprenant le vivre ensemble, ce sont plus de 700 000 élèves qui sont aujourd’hui encore victime de ce phénomène en France. Dont la moitié de façon sévère. Si l’on comprend bien pourquoi l’attention médiatique se porte sur le sort des victimes, celui des élèves agresseurs reste le parent pauvre du programme. Pourtant, il est urgent de tenter de comprendre pourquoi certains de nos élèves – donc des futurs citoyens - en sont réduits à faire souffrir leurs pairs pour exister. En effet, si le harcèlement scolaire entraîne des conséquences graves pour les victimes, il conditionne aussi l’avenir des harceleurs.

 

Le harcèlement scolaire, qu’est-ce que c’est ?

Pour que l’on puisse conclure à un harcèlement scolaire, il faut nécessairement que les violences soient volontaires et récurrentes.

Notons d’emblée que ces violences sont multiformes :

  • physiques comme une tape derrière la tête à chaque entrée en classe ou des coups ou des violences sexuelles, etc. ;
  • matérielles comme des lunettes cassées ou des vêtements déchirés etc. ;
  • psychologiques, dans ce cas les violences sont soit directes (insultes, intimidations), soit insidieuses (chantage, mise à l’écart du groupe). J’insiste sur le fait que les violences insidieuses sont souvent les plus dévastatrices sur le plan psychologique, et, de nos jours ; 
  • le cyberharcèlement sous forme de photos compromettantes ou d’insultes anonymes.

Enfants harceleurs : Quels sont leurs profils ?

Je reprendrai ici la typologie établie par ma collègue psychologue Hélène Romano[1].

Hélène Romano vous présente les trois types de profils :

  • suiveurs : Ils ne sont pas à l'initiative du harcèlement mais suivent le groupe sans trop savoir pourquoi, parfois précisément par peur d’être harcelés à leur tour.
  • meneurs : Ils sont à l’origine du harcèlement. Dans certains cas, l’élève qui porte des coups sur un autre n’est pas le véritable responsable dans la chaîne des responsabilités. Dans le registre de la manipulation, il n’est pas rare qu’un élève A exerce des pressions psychologiques sur un élève B qui, lui, porte les coups sur C.
  • enfants qui répètent des traumatismes. Ils ont été eux-mêmes harcelés et répètent un schéma sans le comprendre.

Enfants harceleurs : A quelles conséquences peut-on s’attendre ?

Le harcèlement scolaire laisse des traces profondes sur les victimes comme sur les auteurs. Des études sur le long terme montrent par exemple une corrélation entre le harcèlement scolaire et l’augmentation des conduites à risques (consommation de stupéfiants, vie sexuelle débridée etc.). C’est probablement dans la dynamique du lien à l’autre que les conséquences seront les plus fortes (difficultés à développer des relations de couple et de parentalité positives).

Les conséquences au long court dépendent également des profils de harcèlement exposés ci-dessus :

Pour les suiveurs, on observe la tendance à la culpabilité et à la dépression. Une mauvaise estime de soi peut s’installer, ce qui entraînera une difficulté à faire des choix et à être heureux dans la vie.

En ce qui concerne les meneurs, une fois devenue adultes, ils auront tendance à être dans une impulsivité physique majeure et une intolérance à la frustration (violence conjugale, éducation des enfants à bases de claques et fessées etc.). Dans les cas les plus sévères, c’est une structure psychique perverse qui peut s’installer. La difficulté majeure étant, rappelons-le, qu’ils disent aller bien et ne ressentent pas le besoin de recevoir de l’aide.

Enfin,pour les enfants qui répètent des traumatismes, le risque se situe plutôt du côté des idées suicidaires ; dans une impossibilité de sortie du schéma bourreau/victime. C’est en devenant à leur tour auteur d’agressions qu’ils prennent conscience qu’ils ont d’abord été victime.

Enfants harceleurs : Pourquoi un tel comportement ?

Lors des interventions dans les écoles ou dans le secret du cabinet, nous remarquons que les raisons qui poussent les élèves à être dans une problématique de harcèlement dépendent justement de cette typologie :

  • les harceleurs suiveurs 

    - Ce qui les motive, c’est l’appartenance au groupe. Ce point est essentiel : le harcèlement scolaire doit nécessairement être replacé dans le contexte des phénomènes de groupe. L’estime d’eux-mêmes des enfants harceleurs est dépendante du regard des autres sur eux. Ils vont harceler pour prouver leur valeur personnelle au clan car ils ont en réalité très peur d’être rejetés. Les harceleurs-suiveurs ne se rendent pas compte de leurs comportements.

  •  les leaders 

    - Il apparaît plus difficile d’expliciter le pourquoi de leurs agissements. La plupart du temps, il s’agit de bons élèves qui ont une image positive d’eux-mêmes. C’est pourquoi les parents des enfants harceleurs tombent des nues. Ils ont beaucoup de mal à croire ce que l’école peut dire sur leurs enfants chéris : les harceleurs-leaders sont de fait très doué pour la manipulation. Ils « passent inaperçu » et sont souvent les délégués de classe. Pire, ils arrivent même à se mettre leurs professeurs dans la poche de façon à légitimer, par le comportement « bizarre » de la victime, leurs agressions : « regardez madame c’est elle qui a un problème, elle pleure tout le temps et elle a pas d’amis ».

    Le lien thérapeutique n’est pas facile à établir avec eux. Ils sont souvent très seuls à la maison, évoluant dans un système familial où il n’est pas rare de repérer un amour parental toujours sujet à caution : « je t’aime si tu as des bonnes notes, je t’aime si tu n’es pas faible ». C’est pourquoi les harceleurs leader manquent souvent d’empathie et ont du mal à intégrer les règles de vie en société.

  • les harcelés harceleurs

    - Ils représentent une minorité des élèves auteurs de harcèlement. Leurs conduites sont parfois inquiétantes. En consultation, ils apparaissent souvent perdus car ils ne comprennent rien de ce qui leur arrive. Ils écopent d’une double peine : ils répètent le schéma de harcèlement sans comprendre la sanction posée par les adultes car souvent celle-ci n’est pas venue lorsqu’ils étaient eux-mêmes harcelés. Les harcelés harceleurs n’ont pas de réelles motivations d’ailleurs. Ils agissent plus par réflexe, dans une logique de compulsion. Leur violence s’exprime souvent vis-à-vis des plus faibles de l’école.

Harcèlement scolaire : que faire en tant que parents ?

Lorsque l’on est parent, c’est toujours une attaque narcissique intense lorsque l’autre social (l’institution scolaire) souligne que l’enfant ne répond pas aux attentes demandées. « Qu’est-ce que j’ai loupé », « mon petit bébé est devenu un monstre pourtant il était si mignon » sont des phrases qui résonnent dans l’intimité du cabinet.

Les parents sont souvent dans le déni car ils n’avaient souvent rien vu venir : « non c’est pas vrai » ou alors « c’est l’autre enfant qui exagère » sont les réactions « à chaud » les plus fréquentes dans les bureaux des proviseurs. Beaucoup de parents ont également du mal à imaginer que leur enfant puisse être un "suiveur", c’est-à-dire qu’il puisse assister à des scènes choquantes sans s’y opposer.

Instaurer le dialogue 

Passé le moment du choc, il est important pour les parents de ne pas continuer à être dans le déni.

Il s’agit de se montrer à l’écoute en signifiant à l’enfant que l’on souhaite comprendre. Par exemple, les deux parents peuvent emmener leur enfant diner dans un endroit neutre, sans ses frères et sœurs. L’adolescent doit pouvoir expliquer son geste et mettre des mots sur ce qui le pousse à agir de la sorte. Est-ce une souffrance qu’il n’arrive pas à exprimer autrement ? Que cherche-t-il/elle à dire à ses parents par son comportement ?

Tout en rappelant les interdits de la loi – pas celle des parents mais de la société - il faut que l’adolescent sente l’amour de ses parents : « je n’aime pas ce que tu as fait mais je t’aime toi ». Un partage d’expérience peut alors être important : « tu sais moi aussi je voulais être populaire à ton âge. C’est pas drôle de se sentir à l’écart. Mais j’ai vite compris que la méchanceté devient vite épuisante et ne marche pas sur le long terme ».

Concernant la punition, il est important qu’elle existe. L’adolescent a besoin de limites pour se construire. Mais attention, il y a une différence entre fliquer son enfant sur les réseaux sociaux et ne rien vouloir savoir de la réalité de sa vie.

Se remettre en question

Cette démarche aboutit nécessairement à une remise en question du fonctionnement familial et des comportements de chacun. Pour aller à l’essentiel : symboliquement agresser ses camarades, c’est agresser ses parents. L’expérience montre que la plupart du temps, les harceleurs vivent dans un climat de violence active ou passive à la maison. S’ils sont plutôt discrets au sein de la famille, bien souvent ces enfants vivent dans un climat conflictuel et, de ce fait, s’identifient à l’agressivité dégagée par l’un ou les parents. En réalité, de tels enfants vivent de réelles souffrances. Le problème est qu’ils ne parviennent pas à les exprimer autrement que par la domination des autres.

Quelle prise en charge pour les auteurs de harcèlement ?

Face aux lourdes conséquences entraînées par le harcèlement scolaire il s’agit de construire une réponse cohérente c’est-à-dire à la fois individuelle, familiale, pluridisciplinaire et qui s’inscrit dans le temps. Selon mon expérience, les auteurs de harcèlement scolaire doivent être intégrés à la dynamique de prévention et de résolution du problème.

Cette réponse au harcèlement doit s’inscrire à la fois sur le lieu de l’école et en dehors de l’école.

  • Hors de l'école : 

    orientation vers les spécialistes d’où la nécessité pour l’école de travailler en étroite collaboration avec les professionnels de santé de proximité ou en téléconsultation si la famille est en situation d’expatriation.

    En psychothérapie individuelle avec un enfant harceleur, il s’agira d’abord de gagner sa confiance sans se faire manipuler. Le projet sera de tenter de faire augmenter l’empathie, à amener les harceleurs dans une réflexion sur leurs actes, leurs motivations, leurs responsabilités, les amener à prendre conscience d’eux et de leurs affects. Une intervention qui marche bien par exemple est de dire : « à ton avis, ne peux-tu pas inventer d’autres conduites, acceptables, pour exprimer tes ressentis et continuer à être toi-même ? »

  • Dans l’enceinte de l’école :

    travail conjoint entre le proviseur, l’équipe enseignante, et le pôle médico-social (infirmière scolaire, psychologue scolaire, médecin scolaire etc.) mais également avec les associations de parents d’élèves.

    Le chef d’établissement : il est garant de la loi et rappelle celle-ci aux parents et aux jeunes. Depuis 2014, le harcèlement à l’école est puni pénalement, et cela même si les faits n’ont pas été commis dans l’établissement. Les auteurs âgés de plus de 13 ans risquent en effet entre 6 et 18 mois de prison ainsi que 7500 euros d’amende. Les parents des auteurs mineurs peuvent également être amenés à indemniser la famille d'une victime. Le rôle du proviseur est d’être à la fois au chevet des victimes comme des agresseurs.

    Le psychologue scolaire : il peut, avec l’accord des parents, recevoir en entretien individuel ou collectif les adolescents. Soumis au secret professionnel, son rôle est d’aider les jeunes à mettre des mots sur leurs ressentis. L’école n’est pas le lieu du travail psychothérapeutique. Le rôle du psychologue scolaire est ailleurs d’orienter sur les professionnels compétents.

Mise en place d’ateliers dédiés au harcèlement scolaire 

Les intervenants sont multiples et chaque adulte a son rôle à jouer : du policier au médecin, du professeur principal au témoignage d’adultes ex-harcelés. Ces ateliers doivent être variés dans leurs contenus comme dans leurs formes. L’essentiel est qu’ils attirent la curiosité des élèves. Ici la classe débattra du contenu d’une chanson de rap, là la classe organisera en atelier d’improvisation théâtrale un conseil de discipline.

Lesrésultats de ces ateliers sont excellents sur la baisse du harcèlement scolaire. Il est d’ailleurs étonnant de constater à quel point les adolescents à qui on donne la parole, trouvent eux-mêmes facilement leurs solutions.

J’insiste ici sur le fait qu’une soirée de sensibilisation au harcèlement scolaire peut tout à fait être proposé par les établissements via l’association des parents d’élèves. Les parents d’élèves peuvent ici être les moteurs. Le « public » le plus réceptif à ces ateliers est le profil des harceleurs-suiveurs et ça tombe bien.

L’importance de la prévention dans la prise en charge précoce : les enseignants d’écoles maternelles sont parfois dévalorisés par leurs collègues du secondaire (ne parlons même pas ici de ceux du supérieur…) mais, à l’instar des pays nordiques et du Canada, les études prouvent toute l’efficacité d’un focus très précoce sur le harcèlement scolaire.La prévention par l’acquisition de compétences psychosociales dès la maternelle est certainement celle qui donne les meilleurs résultats sur le long terme. C’est pouvoir interagir en s’affirmant dans le respect des autres, en acceptant les différences.

Bien entendu, la prévention ne garantit pas le zéro harcèlement, mais limite le nombre d’enfants exposés.

Le phénomène est parfois encore plus prégnant dans les écoles françaises de l’étranger qui se situe dans un contexte concurrentiel et où le personnel expatrié peine parfois à trouver sur place le soutien nécessaire. C’est ici tout l’intérêt du programme Eutelmed à destination de ces écoles avec des besoins particuliers.

Eutelmed vous conseille de partager autour de vous et avec l’équipe éducative de l’établissement de vos enfants les outils suivants:

 

Cet article est édité ici en version courte, pour le lire en entier cliquez ici.

En savoir plus sur Etienne Dumenil

[1]Hélène Romano, « harcèlement en milieu scolaire », Dunod, 2015

logo eutelmedEutelmed, c’est aussi :
Réseau international de +150 consultants et psychologues
+40 langues et cultures
Conseil et consultations sur les enjeux humains de la mobilité
6 spécialités para/médicales en télé-consultation sécurisée
www.eutelmed.com

28 rue d'Aboukir
75002 Paris
Tel : 01 40 26 07 32

Ce texte est un publi-rédactionnel

 

Femmexpat vous conseille de lire :
L’amour « off shore »
Thérapie de couple et de famille : une riche expérience
Replay – Les défis de l’expatriation au féminin
Quand on rentre au bercail…

 


INSCRIVEZ-VOUS GRATUITEMENT À NOTRE NEWSLETTER

ACCÉDEZ GRATUITEMENT À NOS FACEBOOK LIVE

VOTRE PROTECTION SOCIALE AVEC LA logo CFE

Nos derniers articles !