Connexion en tant que membre

Les billets d'humeur

l’homme… d’expat : ze partner


55% des conjoints expats sont des hommes !Ma première rencontre avec le mot partner remonte à juillet 2013.

Rassurez-vous, je n'entends pas par là que je fus à ce point reclus et arriéré pour ne point avoir entendu ce mot d'origine anglaise pendant les 45 premières années de ma vie. Non, le business partner, anglicisme important du monde des affaires, m'avait été présenté chez Andersen Consulting, dans toute sa puissance et toute sa gloire. Le partner était au consultant ce que le Pape est au séminariste.

C'est plutôt que ce mot a connu un fantastique essor au fur et à mesure que la société civile a évolué sur le sujet de la famille, faisant émerger de nouvelles formes de couples sur la scène officielle.

Partner : un mot, des couples

Sociologues de tous les pays, le couple est un sujet en soi, et délicat qui plus est. Son caractère à la fois sensible et versatile en fait la cible parfaite pour l'esprit pratique, acerbe, voire cynique de nos amis d'outre-manche. Ce n'est en effet pas la moindre des qualités de nos ennemis cordiaux que de savoir décrire pleinement mais avec détachement les nouveaux concepts par un mot. Le mot en anglais n'est pas tout : l'idiome qui va autour est primordial, et ce dernier peut varier de sens selon la situation dans laquelle il est énoncé. En résumé, n'essayez pas de croire que vous avez compris ce que vient de vous dire un Anglais... Surtout s'il sourit. En revanche, si ce même Anglais ne parle plus de "husbands and wives" mais de "partners", prêtez-y toute votre attention. Ce que je fis.

Depuis, certaines puissances invitantes sont si prudentes dans leurs choix sémantiques, qu'elles n'osent demander si vous venez avec votre conjoint, ou, poussons-nous un peu du col linguistique, avec votre significant other. Sans doute la section Compliance, qui nous régit tous, exige t-elle l'emploi du terme le plus neutre qui soit pour couvrir les différents contrats civils d'union possibles (concubinage, extra-conjugal, escort, pacs, accidentel, homosexuel, du troisième type et... mariage).

Ainsi lorsque mon ami Massimo annonce que son partner Albert vient à une soirée, on s'émerveille. Quand je confie à mon tour que mon partner Amélie sera présente, mon ami Anand, ancien élève d'Oxford me reprend avec un petit sourire : "Oh? You mean your wife, maybe ?".

Merveilleuse ambiguïté du mot "Partner" permettant à l'inventeur anglais de dominer encore et toujours le débat ! Beau perdant, je gardais à l'esprit le mot et ses fabuleuses capacités sémantiques dispersives.

Le partner en expat, le prince "qu'on sort"

Bien m'en a pris car je devais retrouver ce mot "Partner" à Hong-Kong, au meilleur de sa forme, omniprésent, protubérant et, par construction, polyvalent.

Hong-Kong, terre de mon expatriation comme celle de beaucoup d'autres français, et magnifique terrain d'observation sociale du Partner.

La vie mondaine est très développée au sein d'une communauté d'expatriés (autrefois appelée colonie, avant que la susmentionnée section compliance ne fut créée...), et les occasions de se retrouver et de se présenter les uns aux autres foisonnent dans les belles salles de la ville (autrefois appelées Clubs, avant que la susmentionnée...). Le rituel devrait être imperturbable ; mais il est très perturbé dans mon cas personnel. Un couple d’expats s'approche. Monsieur me sert la main et me dit : "Bonsoir, je suis CFO de X pour la region APAC, ex-Japan, ex-Corée. Et toi ?". Heureusement, l’épouse du brave homme, communément appelée femme d’expat, me connait (car je suis moi-même homme d’expat). Elle flanque un coup de coude dans le foie de son mari tout en lui disant : "T'ai-je présenté le CFO regional Asie de Y qui est au bras de Nicolas ?".

Pauvres de nous tous… Mon épouse est UNE CFO, je suis UN homme d’expat, membre de FemmExpat.com. Comment voulez-vous qu’on s’y retrouve ?

C'est le syndrome du mari de l'ambassadeur, ou du Prince "qu'on sort". Philip Mountbatten l'a dit et je le confirme, c'est finalement très agréable.

Si nos sociétés occidentales ont fortement évolué sur la condition féminine, il reste quand même des poches de résistance. Les expatriés en font partie. Et pour une raison statistique simple; la proportion écrasante de cadres dirigeants en son sein. Je vous fais grâce de l'explication, elle est assez "obvious", pour utiliser un terme anglais qui vous assène l'évidence pendant que j'en pense le contraire. Malgré les efforts acharnés de nos fleurons du CAC40 pour y mettre un terme et pouvoir augmenter leur notation RSE auprès "des marchés", il faut constater la forte proportion d'hommes parmi les cadres dirigeants. Avec une probabilité de 0,95, le monsieur devait tomber juste en se précipitant sur ma main et en me demandant ce que je faisais. On ne peut pas lui en vouloir. Je suis, il faut le dire, hors de l'intervalle de confiance.

C’est là que le mot "Partner", hybride linguistique asexué et hype, fait une entrée remarquable et remarquée.

Plus besoin de masculiniser la femme d’expat. Inutile de féminiser le cadre dirigeant expatrié. Vade retro le franchouillard et conservateur « conjoint d’expat ». Ouvrons nos esprits, embrassons la révolution sexuelle en marche : Je suis tout simplement « Ze Partner », au même titre que mes copines, les vraies femmes d’expat.

Comme l’illustre « Ich bin ein Berliner » rallia toute une génération, nous, femmes et hommes d’expat hong kongais, sommes tous des « Partners ».

De l'art d'être un partner

Au fur et à mesure de mes rencontres, je constate que Ze partner, homme ou femme, s'inflige un exercice de schizophrénie protectrice.

Du haut de son expérience professionnelle passée,  il ressent bien la difficulté d'accepter l'intérêt réel des clubs de cuisine ou de randonnées. Il ne trouve pas le fabuleux épanouissement procuré par la tenue d'un stand à la kermesse, ni l’utilité ultime d’encadrer une horde de gamins insupportables en randonnée.

L'égarement le guette. Un des Partners me disait autour d'un café : "Non, mais quand on y pense, quelle vacuité... Tu sais que j'ai souscrit un abonnement annuel de massage de pieds ! Pourquoi ? Dis-moi pourquoi ? Je déteste qu'on me touche les pieds, merde". Mais comme le partner n'est pas prêt à dire au monsieur qui lui sert la main qu'il ne fait rien, qu'il est le parfait double d'Alexandre le bienheureux, il se précipite sur plusieurs activités qui ne le passionnent pas beaucoup mais qui lui permettent de se donner un rôle.

Ze partner, et j'en suis un, est sur un chemin de dure conversion. Il faut lui reconnaitre un certain courage quotidien dans sa quête d'une nouvelle identité au sein d'une population dont les marqueurs professionnels sont anormalement saillants. Il est en quelque sorte précurseur sur le chemin de la rédemption promise à nos sociétés matérialistes. C'est bien connu, le travail, c'est fini. Le salariat est mort. Créer de la valeur pour l'actionnaire n'intéresse officiellement plus personne. Le seul et nouvel avantage compétitif des entreprises est "ze purpose" (encore ces anglais, damn it). Au-delà de l'"Entrepreneurship", veau d'or des années 2000 déjà voué à l'abattoir, c'est le "Social entrepreneurship" qui devient réellement "inspirational" pour les nouvelles générations.

Dans ce contexte, s'accrocher à son passé de travailleur n'est pas une option pour Ze partner. Les adjectifs pleuvent pour qualifier son nouvel état de vie suspendue : un luxe, une opportunité unique, une occasion rêvée, une préfiguration de l'avenir de l'homme-femme. Il doit y aller a fond, au nom de l'humanité. Il doit vivre cette expérience avec joie et confiance, ne serait-ce que pour la faire vivre par procuration à ses congénères encore au turbin.

Ceux-là même qui courent après leur prochaine promotion, leur visibilité professionnelle, leur employabilité parfaite, le disent à ze partner, la main posée sur son épaule : le statut social attaché au travail, c'est "has been". Fermez le ban.

Et voilà donc ze partner errant en plein désert statutaire, qui remercie le travailleur pour son encouragement. Devrait-il même s'excuser pour avoir été choisi avant les autres dans l'expérimentation du paradis sur terre ? C'est bien possible. Il incarne l'espoir de ceux qui travaillent encore. On attend qu'il montre la voie qui devrait nous mener tous au bonheur via la vrai réalisation de soi; laisser sa trace sur terre, pour la bonne raison : le "purpose" !

C'est une destinée bien particulière que celle du partner. Elle est messianique. Et l'histoire nous dit que ce n'est pas une destinée facile ni agréable, en tous cas peu comprise. Chapeau bas Mesdames, vous qui en fûtes indubitablement les premiers prophètes, sans qu'on vous en laisse le choix. En même temps, quel beau "purpose". Peut-être même le seul qui vaille vraiment la peine...

Jésus-Christ n'est plus superstar, mais ze partner parfait. Ça me réjouit.

Par Nicolas Breitburd

Retrouvez Nicolas sur son blog : lettres-de-southbay.blogspot.hk 

--

FemmExpat vous conseille de lire aussi :

L’expatriation, lieu de tous les clichés de genre (Expat Value 10)

L'homme d'expat au café rencontre

La distorsion spatio temporelle de l’expat

 


INSCRIVEZ-VOUS GRATUITEMENT À NOTRE NEWSLETTER

ACCÉDEZ GRATUITEMENT À NOS FACEBOOK LIVE

VOTRE PROTECTION SOCIALE AVEC LA logo CFE

Nos derniers articles !