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Allemagne Europe Munich

Témoignage – Premiers pas en Bavière


Bavière1Mon mari et moi, ça faisait longtemps que nous voulions faire une expérience à l'étranger. Chacun de notre côté, nous en avions déjà fait, mais pas ensemble. Quand l'occasion s'est présentée, nous n'avons pas hésité longtemps, et mon mari a signé son contrat allemand. En mars 2013, nous partons nous installer en Bavière. En plus, ma maman est allemande (mais ne m'a pas appris l'allemand, je lui en veux encore aujourd'hui), et j'ai un niveau d'allemand scolaire plutôt bon, donc la prise de risque n'était pas inconsidérée.

Nous disposons alors de 6 mois pour nous organiser. Première étape, trouver un logement. Mon mari travaillant au nord de Munich, nous cherchons logiquement dans cette ville et ses alentours. C'est là que la galère commence !
En bon internautes que nous sommes, nous consultons les annonces immobilières. A notre surprise, la plupart d'entre elles disparaissent en 48h. Nous essayons de prendre contact avec des agences (dont les tarifs sont exorbitants en comparaison avec la France), sans réponse.
Nous découvrirons plus tard à travers les témoignages des français de Munich qu'il est quasiment impossible de trouver un logement sur Munich tant qu'on n'y est pas déjà installé, à moins de faire appel à une agence de relocation. Les propriétaires allemand ont en effet peur des expatriés et préfèrent miser sur des familles "stables". N.B.: le bavarois est conservateur.

Mon mari prend alors l'initiative de contacter ses futurs collègues, seul réseau dont nous disposons alors, et ça a marché. N.B.: le bavarois est serviable. Nous avons donc un super appart, dans le budget fixé, correspondant à tous nos critères, au nord de Munich… mais tellement au nord qu’on est à mi-chemin entre Munich et Ingolstadt ! Cependant pas de quoi nous plaindre : nous sommes très bien desservis en transports en commun.

Puis c’est le départ. On arrive donc fin mars dans notre village de Bavière, sous la neige ! Le décor est magnifique, depuis notre terrasse, nous avons vue sur les champs et la forêt. Nous ressentons une impression étrange dans cet appart, tout nous semble plus grand ! Les portes sont plus larges qu’en France, les pièces sont plus spacieuses, particulièrement les salles d’eau. A chaque retour en France, nous nous sentons maintenant étriqués !

Notre propriétaire passe nous voir, pour nous souhaiter la bienvenue. N.B.: le bavarois est poli et avenant. Et là, grand moment de solitude : je ne comprends rien de ce qu’il nous raconte. Je lui demande de parler plus lentement, mais rien n’y fait. Je me tourne vers ma mère (à qui j’avais demandé de nous accompagner), et me rends compte qu’elle ne comprend pas mieux que moi… c’est du bavarois ! Je savais que ça existait, bien sûr, mais je ne savais pas qu’on le parlait ! Enfin si, je savais qu’on le parlait, mais je n’aurais jamais imaginé qu’un bavarois s’adresserait en bavarois à des français ! Je finis par lui demander de parler allemand et doucement, justifiant le manque de pratique de la langue. Malgré ses efforts, je ne le comprends toujours pas ; j’aurai plus tard confirmation par ma mère que son allemand n’était pas parfait. N.B.: le bavarois ne se rend pas compte qu’il ne parle pas allemand.

Puis, nos 2 voisines passent faire connaissance. Ouf, même si le débit est encore trop rapide pour tout comprendre, voici des personnes avec qui je vais pouvoir communiquer ! N.B.: quand tu parles un allemand correct, l’allemand te parle aussi vite que si t’étais bilingue.

Le lendemain, nous partons à la découverte du village. Les décors enneigés sont somptueux, nous voyons à plusieurs reprises des chevreuils. Arrivés au premier supermarché, l’euphorie de l’étranger commence : le panier se remplit de bière, charcuterie, Leberkäse, Nusszopf, et autres mets typiques. Arrivés pour payer : la caissière ne parle pas allemand non plus, et la carte de crédit ne marche pas… En Allemagne, les supermarchés ne prennent que des espèces ou des cartes allemandes. N.B.: l’allemand a toujours un portefeuille bien rempli, surtout quand il part à l’étranger.

On ne désespère pas, on passe par la boulangerie prendre des Bretzels. La boulangère ne nous comprend pas. Nous comprendrons au fil des mois qu’en Bavière, ce ne sont pas des « Bretzel », mais des « Brezen ». Perso, je n’arrive toujours pas à le prononcer comme eux, mais maintenant nous sommes repérés dans le village, ça aide !

Puis, nous commençons le marathon administratif : mairie, banque, assurances, mes compétences linguistiques sont tellement mises à l’épreuve, que je finis par me demander si j’ai vraiment appris l’allemand. Puis une bonne prise de recul m’a permis de réaliser que le vocabulaire administratif français n’est pas plus simple que l’allemand.

Ensuite commence l’intégration de notre fils de 11 mois à la crèche, et les premiers chocs culturels. Lorsque nous expliquons que notre fils, depuis l’âge de 4 mois, va chez une nounou, nous choquons les gens. Encore aujourd’hui, je ne suis pas capable de dire si ce choc est positif ou négatif.

Nous remplissons alors le contrat en choisissant les horaires de garde 8h – 16h. La directrice me demande alors si j’ai fait une erreur : « normalement, quand ils sont si petits, ils ne viennent que le matin ». Je lui demande alors comment font les mamans qui travaillent, sans obtenir de réponse. Le sujet est tabou. Je découvrirai par la suite que seuls 40% des enfants restent à la crèche toute la journée. Parmi ces enfants, 60% sont là pour soulager leur maman qui vient d’accoucher du 2ème. Pour le reste, nous sommes 90% de familles étrangères… N.B.: la mère bavaroise ne travaille pas, ou du moins pas avant que son enfant ait 12 mois, et rarement à plein temps.

Le premier jour de crèche arrive, et nous devons suivre la « procédure d’habituation ». Je me permets alors de demander combien de temps cela va durer, ce à quoi on me répond « autant de temps que cela sera nécessaire pour votre fils ». Je passe alors 3 semaines à la crèche, dont quasiment une semaine enfermée dans une pièce annexe à attendre, au cas où mon fils serait inconsolable suite à mon absence (ce qui n’est jamais arrivé). Lors de ce séjour, je me rendrais compte que bien que cette crèche soit communale, chaque pièce est ornée d’une croix catholique. N.B.: l’Allemagne est un pays catholique, la France est un pays laïc.Bavière2

Une fois la maisonnée organisée, il est temps de m’occuper de moi, et voilà que je commence ma recherche d’emploi. Cela durera alors plusieurs mois, ce à quoi je n’étais absolument pas préparée. Je pensais qu’avec autant de diplômes, autant d’expérience, et un bon niveau d’allemand, ça marcherait ! En plus, les médias français ne cessaient de nous seriner avec l’Allemagne, cet eldorado du travail. En France, j’avais suivi le parcours élitiste des classes prépa, concours, école d’ingénieur, j’avais bossé dans des entreprises de forte renommée. J’avais bâti une carrière, je me sentais méritante, j’avais bossé dur pour ça.

En Bavière, j’étais la mère d’un bébé qui ne parlait pas assez bien l’allemand (ou le bavarois ?). Je ne veux surtout pas dénigrer le travail de mère au foyer, et encore moins de mère au foyer dans un pays étranger, j’admire ces femmes. De mon côté, je ne suis pas faite pour ça. A la maison, je suis comme un lion en cage, je tourne, vire, m’impatiente, deviens folle !

Pour ma recherche d’emploi, j’ai mis mon CV sur tous les réseaux pro, tous les sites internet de toutes les grandes entreprises munichoises, fait des dizaines de candidatures spontanées, répondu à des centaines d’offres, et passé au total 67 entretiens.

Les mois ont passé, je me sentais de plus en plus isolée. Sans activité, mon allemand ne s’améliorait pas. A chaque entretien passé, où le feeling semblait le bon, je faisais des plans sur la comète pour retomber toujours un peu plus bas. Ajouté à cela un drame familial, et le vase a débordé ! J’ai alors cherché de l’aide. J’ai appelé le praticien le plus proche de mon domicile… qui s’est avérée être une française installée en Allemagne !

Jusque-là, j’avais tout fait pour éviter les français ! Je voulais m’intégrer au peuple allemand dans son intégralité. Bien obligée de me rendre compte que je n’y arrivais pas comme ça, cette personne m’a libérée. Mon intégration a alors commencé.

Tout d’abord, je suis sortie de mon isolement. J’ai commencé à retrouver les mamans au foyer de la crèche pour papoter autour d’un café. Ainsi, je me suis fait une amie allemande, mais aussi des amies lithuanienne, chinoise, autrichienne (que j’ai presque autant de mal à comprendre que les bavarois !), polonaise.

J’ai pris contact avec la communauté française : consulat, association Munich Accueil, inscription sur Munich French Connection et Framuc. J’ai aussi pris des cours d’allemand à la Volkshochschule. Les beaux jours sont arrivés, et j’ai profité en famille des innombrables festivités bavaroises.

Via le consulat, j’ai pu participer à un séminaire de recherche d’emploi. Et je me suis fait des amis français ! Et là, j’ai réalisé avec émotion la légèreté de la relation quand la langue et la culture sont les mêmes ! J’ai aussi découvert l’entre-aide qui existe entre les expatriés. Je ne parle pas seulement des français, mais de tous les expatriés.

J’ai pu parler de mes déboires : dans chaque entretien que j’ai passé m’étais posée à plusieurs reprises la question « mais comment allez-vous faire avec votre fils ? », ou « comment ferez-vous quand votre fils sera malade ? ». L’objectif de l’entretien est-il de tester mes compétences à exercer le poste ? Oui, mais en Allemagne, la sphère privée est elle aussi interrogée. Ce qui n’est pas toujours facile à accepter quand on est français.

J’ai aussi décidé de reprendre une activité professionnelle pour pratiquer mon allemand, et avoir un peu moins l’impression de dilapider l’argent de mon mari. Cela me permettait aussi de prouver aux allemands que je n’étais pas qu’une mère, que le mode de garde de mon fils me permettait de travailler. J’ai commencé par de la plonge. Puis préparé des colis dans un service logistique. J’ai ensuite fait le « check-in from passengers » à l’aéroport de Munich. J’ai surtout découvert avec amertume le système du marché de travail exploitant les gens sans diplômes dans un pays sans SMIC…

Et puis c’est arrivé, via le réseau français, j’ai trouvé un travail à hauteur de mes compétences. Et depuis, ça va mieux !

Bavière3Je me sens à nouveau utile, j’ai trouvé ma place dans la société. Cette expérience m’a appris la patience : tout vient à point à qui sait attendre. Ça m’a aussi remis les pieds sur terre, repasser par le bas de l’échelle et réaliser que sortis de notre quotidien et de notre environnement, on n’est pas grand-chose (pas besoin d’escalader l’Everest pour faire la prise de conscience !). Puis j’ai appris à mettre de côté ma culture et mes certitudes, et à considérer d’autres modes de vie. Maintenant, je pense que les allemandes ont de la chance de pouvoir faire le choix d’élever leurs enfants à plein temps !

Depuis que j’ai ouvert mon esprit, je prends à nouveau du plaisir, je m’intègre, et je commence à me sentir chez moi. Nous avons encore du chemin à parcourir ici, mais mon mari et moi, nous commençons déjà à considérer la prochaine expat’, forts de notre actuelle expérience.

Par Aude.

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