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Mon enfant a un accent !


Mon-enfant-a-un-accent-UNE femmexpat 559x520Qu’il soit français dans la langue du pays où l’on se trouve ou inversement, l’accent peut être une source de problème. Remarques désobligeantes de l’entourage, impression de ne pas faire partie du groupe, il peut amener notre enfant (ou nous-même !) à un mal-être et il faut alors envisager des solutions. Et si on en parlait ?

"Do you have a reuuum ? A what ? A reum ! Oh ! You mean a room ! It is vouat I have been saying, you feuuul !

Si ce dialogue extrait de la Panthère rose, avec l’inénarrable Inspecteur Clouzot « of ze sûreté » nous fait rire, il peut en être tout autrement quand c’est notre enfant qui a ce léger défaut de prononciation.

Car oui, l’accent peut être source de problème. Et si nous essayions de comprendre les enjeux et de réfléchir sur les solutions possibles à ce désagrément qui peut gêner notre enfant ? Eclairage de notre experte, Catherine Allibert.

 

Accent ? Quel accent ?

Un accent c’est, d’après la définition du Petit Robert "l’ensemble des caractères phonétiques distinctifs d’une communauté linguistique considérés comme un écart par rapport à la norme (dans une langue donnée)." Oui, un accent français en France, il n’y a rien de plus normal. C’est lorsque nous nous trouvons dans un pays étranger (ou dans une autre région de France, d’ailleurs !), que, souvent, il apparaît !

Car bien sûr, les règles de prononciation de chaque langue ne sont pas toujours évidentes et même en les connaissant, leurs usages font qu’elles comprennent souvent beaucoup d’irrégularités (je prendrais pour exemple les mots anglais « though », « through », « rough »… qui ont déjà fait s’arracher les cheveux de nombreux non-anglophones !).

Par ailleurs, certaines langues nous obligent à apprendre à articuler de nouveaux sons (par exemple le « th » en anglais, ou les différents « r »/« j » en espagnol). Notre langue, notre bouche, notre gorge n’ont pas l’habitude de faire ces sons et il faut alors s’entraîner (physiquement !) si on veut parler comme un natif.

 

Mais ça ne s'arrête pas là ! Même si nous arrivons à maîtriser l’articulation de tous ces sons, notre cerveau nous joue encore des tours !

Oui, une des raisons pour lesquelles notre accent nous colle à la peau, c’est que nous avons été habitué à faire des liens entre l’écrit et l’oral. Et que les règles de prononciation de notre pays sont ancrées en nous.

Il faut donc en quelque sorte désapprendre pour apprendre la nouvelle règle.

Et pour aller encore plus loin, une langue, c’est complexe : au-delà de l’accent lui-même, c’est l’intonation générale, les petites onomatopées, les mots pas tout à fait justes qui peuvent aussi nous trahir.

 

Et nos enfants, dans tout ça ?

La plupart des enfants ont des facilités pour capter l’accent du pays d’expatriation.

D’une part, les plus jeunes n’ont pas la barrière de l’écrit, ils apprennent à l’oreille comme on le ferait d’une chanson.

Les plus grands, eux, sont dans un bain linguistique qui souvent les aident : les réactions immédiates de leurs interlocuteurs les font en réalité avancer à grand pas. Oui, si au début les erreurs sont nombreuses, nos ados se reprennent souvent grâce aux retours de leurs camarades de classe.

Mais il reste les irréductibles ! Ceux qui n’arrivent pas à copier exactement cette manière de s’exprimer.

Et cela peut poser problème.

 

Alors, cet accent ? Qu’est-ce qu’on en fait ?

Il est important de comprendre que nos pensées, nos croyances, notre expérience influent sur notre acceptation de l’accent de notre enfant.

  • Si vous pensez que l’accent de votre enfant est ridicule, qu’il va se faire remarquer à chaque fois, qu’il ne va pas pouvoir évoluer correctement, vous allez automatiquement ressentir de la frustration et vouloir l’aider à s’en débarrasser.
  • Inversement, si vous pensez que ce n’est pas grave, qu’il s’en sort très bien, qu’après tout, c’est son identité, vous allez probablement relâcher la pression et laisser votre enfant parler comme il le souhaite.

Par ailleurs, il est intéressant de se poser les bonnes questions :

Quelles sont les conséquences réelles pour votre enfant ? Est-ce que ça le gêne pour se faire comprendre ? Est-il victime de moqueries à l’école ? Et surtout, comment lui vit-il tout ça ? Quel est son ressenti ?

N’oublions pas qu’un accent peut être parfaitement assumé !

 

Un lien fort avec l’identité

« Si je parle, tout le monde va savoir que je suis français ! »

Derrière la remarque de cet enfant, se cache en réalité une peur très forte de ne pas s’intégrer au groupe. Une des particularités de l’école, c’est de pouvoir se faire des copains et des copines. Or si la différence n’est pas acceptée, on se retrouve tout seul.

Parfois, l’enfant se projette dans ce rejet : il pense que les autres vont mal réagir et du coup, il préfère ne rien dire.

 

Nous y sommes aussi probablement pour quelque chose...

C'est un fait, admettons-le (sans nous culpabiliser !). Lorsque nous débarquons dans un pays, nous souhaitons souvent vivre totalement l’expérience, nous voulons nous mettre au diapason de cette nouvelle culture, nous voulons nous glisser dans les baskets d’un vrai natif !

Et nous mettons ainsi, sans nous en rendre compte, une grosse pression sur toute la famille. Et quand notre langue fourche, nous sommes trahis et nos origines ressortent.

D'ailleurs, en passant, il n’y a d’ailleurs pas que l’accent qui peut nous trahir. Nous pouvons avoir un accent parfait mais ne pas connaître les subtilités de la langue (ne pas connaître les expressions typiques, les onomatopées, la gestuelle, faire des erreurs de syntaxe, etc.).

 

Dans tous les cas, pourquoi ne pas discuter avec votre enfant de ce qu’il pense de cette identité ?

Est-ce qu’elle est lourde à porter et pourquoi ?

On peut tout à fait l’aider à l’assumer en montrant qu’il n’est pas le seul dans son école à venir d’ailleurs, par exemple. On peut aussi s’ouvrir aux autres enfants en les invitant chez soi pour faire découvrir notre culture. (Les crêpes ont un succès fou !).

Dans tous les cas, il faut être à l’écoute de son enfant et essayer de percevoir comment il gère son identité particulière d’enfants de la troisième culture. (1)

Car souvent les enfants expatriés sont entre deux pays, deux langues et vont devoir se forger leur propre identité. Enfin, il faut aussi savoir faire la part des choses : nous pouvons avoir des avis différents avec notre enfant au sujet de l’accent. Par exemple, nous pouvons penser que l’accent de notre enfant est gênant, mais il peut très bien le vivre au jour le jour.

 

Quel préjudice ?

Si certains accents semblent charmants dans l’inconscient collectif, d’autres par contre sont tellement stéréotypés qu’ils font rire.

Oui, les accents ne sont pas sur le même pied d’égalité !

S’il y a le romantisme de l’accent français, le très chic accent anglais, le cool accent américain, il y a aussi des accents belges ou québécois qui ont tendance à faire sourire les franco-français… Comme toute chose qui n’est pas dans les normes, l’accent va être perçu comme un signe de différence.

Le regard des autres a un impact énorme sur la relation de notre enfant avec ses camarades.

C’est sa vie sociale qui finalement est en jeu. Ce regard peut être réel (ce sont des moqueries ou de l’isolement), il peut être aussi imaginé par notre enfant (« si je parle, ils vont se moquer de moi », mais dans les faits, les autres enfants ne se moquent pas.).

Il se peut aussi que notre enfant soit coincé entre deux langues : un accent français en anglais et un accent anglais en français ! À force de baigner dans cet « entre-deux cultures », c’est plutôt normal !

 

Pourquoi certains enfants prennent plus vite l’accent du pays que d’autres ?

C’est une question très intéressante ! Et je n’ai pas de réponse claire et nette mais quelques suppositions à vous soumettre.

En discutant autour de moi, je me suis rendu compte que certaines personnes avaient réussi à supprimer leur accent car elles étaient mues par une très forte volonté de s’intégrer. Dans leur travail, par exemple, le fait d’être français pouvait les desservir. Donc c’est peut-être une question de nécessité, d’enjeux, de volonté profonde.

Mais je pense que ça ne repose pas seulement sur ça. Je me demande souvent si ça ne vient pas tout simplement… de l’oreille.

Nous oublions souvent que nous n’entendons pas tous de la même manière.

Certains vont détecter par exemple très rapidement une fausse note. D’autres ne vont même pas s’en rendre compte. Et si c’était finalement cette oreille musicale qu’il fallait travailler ?

 

Corriger l’accent à tout prix ou pas ?

Voici quelques pistes pour vous aider si l’accent de votre enfant (en français ou dans la langue de son pays d’expatriation) est problématique :

  • Lui faire comprendre qu’on ne peut pas tout maîtriser : notre cerveau fait du mieux qu’il peut. Il écoute et essaie de reproduire ce qu’il entend mais n’est pas parfait du premier coup !
  • Ce n’est pas une fatalité ! Oui, nous évoluons chaque jour ! Et au gré de nos rencontres, de nos essais, de nos discussions, nous modifions notre perception et nous pouvons arriver à développer une meilleure expression dans la langue de notre choix.
  • Il est important de faire comprendre à nos enfants qu’il ne faut pas trop tenir compte des avis des autres : après tout, il vaut mieux que leurs amis les connaissent tels qu’ils sont et qu’ils les acceptent ainsi, non ?
  • En cas de grave problème, d’impasse, sachez que vous pouvez toujours vous tourner vers un orthophoniste qui peut vous aider.

 

N’oublions pas que ces accents nous montrent toute la diversité des langues et des cultures ! Enfin, pour la petite anecdote, lorsque je parle anglais, on m’a dit que j’avais l’accent… russe ! Allez comprendre !

 

(1) À ce propos, vous pouvez lire le livre de Cécile Gylbert « Les enfants expatriés : enfants de la troisième culture » qui donne d’excellentes pistes de réflexions sur les particularités de nos enfants expatriés.

 

 

Catherine Allibert, une histoire de samouraïsCatherine Allibert

Exploratrice de la langue française. Elle embarque petits et grands dans des activités ludiques et créatives autour de l'apprentissage du français, tout en améliorant la relation parents-enfants.

> Son site : http://www.unehistoiredeninjasetdesamourais.com - "Apprendre le français avec la souplesse du ninja et la rigueur du samouraï !"

> Retrouvez-la également dans ses podcasts : « Le français comme j’aime » 

> Vous pouvez aussi rejoindre son groupe de parents sur Facebook  « Le français à la maison »pour échanger autour des difficultés d’apprentissage du français pour nos enfants.
 
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NOUVEAU : Catherine vient de sortir un roman jeunesse "La fille de l'empereur" , le premier tome d'une série intitulée... "Une histoire de ninjas et de samouraïs", bien évidemment !
 
 
 
 

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