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Ma vie en expatriation Psycho

L’art de ne pas se projeter en expatriation


L’art de ne pas se projeter en expatriationLorsque l’on décide de vivre une expatriation, on sait rarement combien de temps cette aventure va durer. Il peut y avoir des imprévus en cours de route, des rebondissements, des opportunités à saisir (ou pas). Notre avenir est un gros point d’interrogation. Pour certains, cela représente tout le charme d’une expatriation. Pour d’autres, cela serait plutôt synonyme de stress. En tout cas, une chose est sûre : Ceci développe la faculté à profiter du moment présent, sans trop faire de « plans sur la comète ».

En général, quand on pose la question aux futurs expatriés « Tu comptes partir pour combien de temps? » et aux expatriés «  Tu comptes rester combien de temps? » , on obtient deux types de réponse. Première option si la personne est en contrat d’expatriation : « Normalement, nous restons x années car nous avons un contrat de x années. On verra si celui-ci se prolonge ou pas. » ou la réponse suivante si la personne est en contrat local*, ce qui est de plus en plus le cas : « Aucune idée… Tout va dépendre si on se plait ici ».

Mais dans les deux cas, il y a un point commun : on ne sait jamais de quoi est fait l’avenir !

Rester flexible et à l’écoute des opportunités

En effet, quand je suis partie vivre au Japon, nous étions censés partir pour trois ans dans le cadre d’un contrat d’expatriation de mon père. Nous y sommes restés neuf années !

J’ai vécu le même scénario, dans le sens inverse, dernièrement. Lorsque nous sommes arrivés à Rochester (New-York) avec mon mari et nos deux filles, nous pensions y rester quelques années, d’autant plus que nous nous y plaisions bien. Au bout d’un an, nous avons déménagé en Floride.

Il arrive également qu’une mission à l’étranger soit raccourcie en raison d’une situation économique défavorable, la perte de marchés commerciaux, des restructurations internes à l’entreprise. Un événement familial peut également précipiter le retour dans le pays d’origine.

Le point en commun dans ces deux scénarios est non seulement le fait que l’expatriation offre son lot d’imprévus mais qu’il faut savoir rebondir, être flexible, et à l’écoute des opportunités. Savoir évaluer très rapidement l’opportunité que présente une mobilité interne ou géographique. Si nous avons pu rester au Japon pendant neuf ans, ce n’est pas dû au hasard. Mon père a saisi toutes les opportunités qui nous permettraient de rester au Japon, en acceptant de changer de poste, d’entreprise, de manager, etc. 

De même, si nous sommes aujourd’hui en Floride, c’est parce que mon mari a saisi une opportunité proposée par son Manager, a obtenu le support de sa femme (le conjoint suiveur a bien son rôle à jouer !) et nous nous sommes décidés en un mois !

On reste maître de son destin.

On a tendance à penser que lorsque l’on est expatrié, on est « à la merci » de notre employeur. Si au bout de trois ans dans un pays, notre recruteur décide de nous envoyer à l’autre bout du monde, a-t-on vraiment le choix ? Si on refuse, que se passe t’il ? En fonction des entreprises, il est possible de refuser deux ou trois fois mais pas systématiquement. 

Si on accepte de changer de statut (contrat expatrié vs contrat local) et donc de faire une croix sur un certain nombre d’avantages financiers, il y a bien sûr la possibilité de transformer le contrat expatrié en contrat local. C’est le cas de nombreux expatriés qui ne souhaitent pas rentrer en France par exemple. Il y a également la possibilité de trouver un emploi dans une autre entreprise, afin de pouvoir rester dans le pays, même si cela n’est pas toujours aussi évident qu’on puisse l’imaginer. En effet, lorsque l’on est embauché dans une entreprise, notre VISA est généralement rattaché à notre employeur. Donc si on quitte l’entreprise, « bye bye » le VISA et les Etats-Unis. Seule option pour rester :   avoir la green card, ou trouver une entreprise qui a vraiment besoin de nous au point d’accepter de prendre en charge l’obtention du VISA.

A l’inverse, certains expatriés enchainent les missions de courte durée les unes après les autres et aiment l’adrénaline que cela procure. Le fait de ne pas savoir à l’avance où l’on va se retrouver dans quelques mois, voire même le mois d’après, peut causer du stress, surtout pour des familles car il faut anticiper pour la scolarité des enfants, pour le travail du conjoint suiveur. Ce dernier doit se réinventer à chaque nouveau départ. Si le conjoint suiveur décide de rester à la maison, ce choix doit être assumé pour ne pas que cela se transforme en tensions ou rancune envers le conjoint travailleur. Et si le conjoint suiveur décide à l’inverse de travailler, ce choix doit également être fait tout en étant honnête avec soi-même. Très nombreux sont ceux qui se découvrent une nouvelle passion ou décident de créer leur entreprise nomade.  En se découvrant un projet de vie, indépendant du lieu où l’on vit, nous nous créons une liberté.

Profiter de l’instant présent.

Lorsque l’on s’installe dans un nouveau pays, il y a tellement de choses à découvrir sur tous les plans : culturel, gastronomique, touristique, des rencontres, dans le pays en question mais également dans les pays voisins ! Profiter un maximum de chaque endroit parcouru, chaque visite car on n’est pas certain d’y revenir de sitôt.

On développe naturellement l’état d’esprit de profiter de l’instant présent car on ne sait jamais quand cela va se terminer. Il est important de profiter de chaque instant, tout en ayant des projets de vie. Pourquoi pas décider d’acheter une maison si on se plait là où on est actuellement ? Si on doit partir dans quelques années, il y aura toujours une solution : la revendre ou la mettre en location.

Il arrive que certains expatriés au bout de plusieurs expatriations, ne cherchent plus à nouer de nouveaux contacts car ils savent que c’est éphémère. C’est vrai que cela peut demander de l’énergie de répéter le processus : aller à la rencontre de nouvelles personnes - créer des liens - se dire aurevoir. Ce que je retiens de chaque rencontre, c’est que chacune est unique et que l’on s’enrichit personnellement. En vivant à l’étranger, on peut rencontrer plus facilement des personnes d’horizons variés : des locaux, d’autres expatriés Français ou étrangers.

Aujourd’hui nous profitons de notre vie en Floride, tout en restant prévoyant pour notre avenir, et surtout celui des enfants. Attention à ne pas confondre « Profiter de l’instant présent » et «  Vivre au jour le jour »  en réfléchissant aux questions : « Comment mettre de l’argent de côté pour notre retraite ? », « Faudra t’il rentrer en France pour les études de nos filles ? » , « Comment préparer au mieux le retour en France pour chaque membre de la famille ? ». Nombreux expatriés en témoignent, dont mon père : l’ impatriation, le retour dans son pays d’origine, est plus dure que l’expatriation. Il faut donc s’y préparer.

En conclusion, l’expatriation développe cette capacité à vivre dans l’instant présent, à s’adapter à tout environnement. C’est tellement enrichissant de découvrir tous les jours de nouveaux aspects d’une culture, de rencontrer de nouvelles personnes.  C’est également et surtout un vrai voyage au plus profond de soi même, pour mieux se découvrir et réfléchir à « Quel est mon réel projet de vie » ? 

Vivre à l’étranger demande un juste équilibre entre Etre dans l’instant présent et s’autoriser à rêver, à faire des projets à moyen ou long terme, sans oublier l’essentiel : « Carpe diem ».

« Dans le présent, ce qui importe, c’est de tirer de chaque moment ce qu’il peut contenir d’intensité. » (André Maurois)

 * D’après un article dans Le Parisien  du 22 mars 2016 : « Trois millions de Français vivent à l'étranger, près de trois fois plus qu'il y a vingt-cinq ans. Mais le profil de l'expatrié a changé : les jeunes n'hésitent plus à partir en contrats locaux. » 

Yuko Deneuville

Yuko DeneuvilleYuko Deneuville est formatrice en interculturalité franco-américaine et accompagnatrice en conduite du changement. 

Son site : www.americandreamenfamille.com


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