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Compliments, encouragements ? Une bonne solution pour augmenter la confiance de nos petits expats ?


Faut-il encourager son enfantNos enfants expatriés sont soumis à des expériences parfois difficiles et sont confrontés à de nombreux apprentissages et ce, dans une autre langue. Souvent perdus, ils recherchent une validation d’un adulte : "Papa, maman, c'est bien ce que je fais ?"

Compliments, encouragements, réconfort,  nous mettons tout en œuvre pour augmenter leur confiance en eux.

Mais un simple "Oui, c’est bien", s’il est positif dans le court terme, n’est-il pas problématique sur le long terme ?  Notre enfant ne va-t-il pas du coup constamment rechercher cette validation ?

Que faire alors pour aider au mieux notre enfant ?

 

Les encouragements sont importants mais…

Si notre enfant se retourne vers nous, c’est parce qu’il n’arrive pas à savoir si ce qu’il fait a du sens, de la valeur, de l’intérêt. Il voit en vous un expert en la matière qui va le guider. Bien sûr, cette démarche est parfaitement compréhensible et naturelle. Elle aide l’enfant à se construire. En l’aidant à faire la part des choses, les parents lui permettent de grandir.  Dans certaines cultures, comme aux USA, le fait d’encourager est très présent.

Je me souviens de ce coach de base-ball, aux Etats-Unis, qui encourageait mon fils. Même s’il ratait sa balle plusieurs fois de suite, chaque fois son coach lançait des encouragements :

"Relève ton coude, les pieds bien ancrés dans le sol. Fixe la balle. Oui tu y étais presque, continue !"

On pouvait aussi entendre dans les tribunes les autres enfants qui soutenaient leur équipier. Combien de fois ai-je vu ces encouragements changer les choses : le buste plus droit, le regard déterminé, la concentration maximale.

Mais je me souviens aussi de cet autre enfant qui n’y arrivait pas malgré les encouragements et qui, de rage, jette furieusement sa batte sur le sol avant de quitter le terrain, les larmes aux yeux.

Un encouragement peut être une motivation mais il peut être aussi interprété comme une pression pour atteindre un objectif. Et si cet objectif n’est pas atteint, l’enfant se trouve dans une impuissance qui le dévaste.

 

Et les compliments alors ?

Un compliment, c’est émettre un jugement sur un enfant ou sur ses actes : "Bravo, c’est très joli ! " - "Tu es très intelligent(e) !"

Le compliment nourrit l’affectif, donne un coup de pouce, c’est une sorte de petite récompense pour le cerveau de l’enfant.

Pourtant il est à plus long terme contre-productif. Notre enfant peut, en effet, en devenir dépendant :

"Si mes parents ne me disent plus de compliment, c’est que je fais mal, que je ne suis pas assez bon…"

Par ailleurs, l’enfant donne alors au jugement de l’adulte une valeur de validation, mais si l’adulte n’a pas aimé, ça ne veut pas dire que le travail n’a pas été bien fait.

"Mes actions ne comptent que si elles sont remarquées et validées par un adulte."

Enfin, l’enfant peut penser qu’il doit toujours être à la hauteur. Ce qui peut provoquer des angoisses. Une mauvaise note, un travail moins bien réalisé peuvent l’amener à penser que ses parents vont mal le juger :

"Si je ne fais pas bien, on va moins m’aimer."

Les conséquences peuvent aller loin : l’enfant peut préférer mentir, cacher des choses, rendre responsable quelqu’un d’autres plutôt que d’assumer complètement ses actes.

Les compliments ne sont donc pas des encouragements et sont à mon avis à limiter le plus possible.

 

Un phénomène à connaître : l’impuissance apprise

Notre cerveau nous joue des tours ! Savez-vous que si vous êtes confrontés à une situation où vous avez vécu un échec, il y a plus de chances que vous échouiez encore et ce même si les circonstances sont en votre faveur. C’est ce qu’on appelle l’impuissance apprise.

Une expérience montre ce phénomène : il est proposé un exercice d’anagramme à l’ensemble d’une classe. Trois mots, dont il faut découvrir l’anagramme. Mais la moitié de la classe se voit donner pour les deux premiers des mots impossibles à résoudre. Le troisième mot est le même pour toute la classe. Tous les élèves qui ont échoué sur les deux premiers, n’ont pas trouvé le troisième. Il faut comprendre que nos enfants réagissent en projetant sur le futur ce qu’ils ont déjà expérimenté. "Si je n’y suis pas arrivé, je n’y arriverai pas". Et notre cerveau a tendance à jeter l’éponge avant même d’essayer ! (C’est aussi valable pour les adultes !)

Qu’est-ce que cela a à voir avec l’encouragement ? Il faut être conscient que même en encourageant un enfant, si celui-ci est dans cette pensée de la spirale de l’échec, il est beaucoup plus difficile de l’en sortir.

Les mots ont leur limite : les encouragements pour qu’ils marchent doivent être approuvés, validés par l’enfant. Finalement ce sont les pensées générées par l’enfant lui-même qui vont l’aider.

 

Comment encourager mieux ?

On le voit donc : l’équilibre est fragile. À trop encourager, nous pouvons tomber dans l’effet inverse : l’enfant ne se sent plus à la hauteur. Mais ne plus encourager peut aussi mener l’enfant à ne pas y arriver parce qu’il peut avoir besoin des autres pour se sentir valide dans sa démarche.

Alors on fait quoi ???

On le voit, ce qui détermine finalement la réussite, ce sont les pensées que peut avoir l’enfant. Le premier pas est donc d’écouter, de poser des questions, de détecter ce qui le bloque. L’idée est de savoir ce qu’il se passe dans sa tête. L’enfant doit se sentir capable, compétent, courageux ! Ce n’est qu’à partir de là qu’il peut sereinement passer à l’action.

Une des solutions pour renverser cette « impuissance apprise » en une « puissance apprise » peut être de lui rappeler les réussites précédentes.

Je me souviens d’un de mes ninjas (c’est comme ça que j’appelle mes jeunes élèves) qui se plaignait de ne pas pouvoir se concentrer longtemps sur un travail d’écriture pourtant simple et ludique. Je savais par ailleurs qu’une de ses passions était les Legos. Lorsque je lui ai demandé combien de temps il pouvait rester concentré sur une construction en Lego, la réponse a fusé  : "je peux y passer des heures !". Et j’ai bien vu qu’à ce moment-là, il se connectait avec une expérience passée qui lui prouvait qu’il était totalement capable de rester concentré et qu’il pouvait donc l’appliquer à la pratique écrite du français !

 

Encourager, c’est finalement insuffler du courage à nos enfants. Mais ce courage doit tout d’abord venir d’eux-mêmes.

En résumé, voici ce que vous devez garder en tête :

  • Se baser sur des faits réels, ne pas être dans le jugement.
  • Développer sa motivation intrinsèque en lui posant des questions sur ce qu’il ressent, comment il vit l’expérience, ce qu’il pense.
  • L’aider à avoir un esprit critique et bienveillant envers lui-même : l’avis des autres est important mais c’est à lui de développer la réflexion sur ce qu’il fait.
  • Instaurer un climat de confiance et montrer notre amour inconditionnel.
  • Booster sa confiance en lui remémorant les réussites qu’il a pu avoir.
  • Célébrer avec lui le simple fait d’avoir terminé quelque chose (quelque soit le résultat).
  • L’inviter à se projeter dans l’après : que ressentira-t-il une fois qu’il aura passé l’épreuve ?

 

Et concrètement ?

Quelques pistes pour vous aider à soutenir et à donner de l’élan à vos enfants :

  1. Jouer l’effet miroir : "Qu’en penses-tu, toi ? ", "Que ressens-tu par rapport à ça ?"
  2. Développer son intuition : "Quelles sont les choses dont tu es sûr à 100% et celles dont tu es moins sûr ?"
  3. Donner son avis à travers le prisme de notre opinion : " Je pense que", "il me semble", "de mon point de vue"
  4. Ne pas étiqueter son enfant ("Qu’est-ce que tu es intelligent !") ou ses actes ("C’est bien ce que tu as fait !"). Mais émettre clairement son avis : "ton travail me semble très bien rédigé" et autres "J’aime beaucoup cette partie parce que… ".
  5. Aller plus loin que les simples encouragements : donner des pistes d’amélioration, ouvrir la réflexion, échanger ensemble sur les possibilités.

 

Dernier point : comment faire quand les autres encouragent notre enfant et qu’il attend donc nos encouragements ?

Lors de mon expatriation aux USA, je me suis rendu compte que mes enfants attendaient beaucoup que je les encourage. Et ce parce que les professeurs eux-mêmes étaient très « supportive ». Je me rappelle d’une petite bouille qui me fusille du regard, les poings sur les hanches :

"Maman, il faut me dire « good job ! » quand je fais bien !"

Du coup, nous en avons parlé. Oui, les encouragements, ça fait plaisir, mais il ne faut pas que ce soit uniquement cela qui nous fasse avancer. Et surtout, il ne faut pas attendre des encouragements de la part des autres. S’ils sont là, tant mieux, sinon, il faut aussi savoir trouver en soi les ressources pour continuer.

C’est un peu comme lorsqu’on fait une longue course : il y a des passages où le public est nombreux et va vous applaudir et il va y avoir des passages où c’est le désert et où il va falloir trouver en soi la petite voix qui va nous aider à aller jusqu’à la ligne d’arrivée !

 

Encourager finalement, c’est accompagner son enfant pour qu’il soit autonome et trouve en lui-même les  ressources qui l’aident à aller au bout de ses rêves. C’est un état d’esprit qui permet de réfléchir. Et ça commence par une relation saine et complice avec son enfant.

 

Catherine Allibert, une histoire de samouraïsCatherine Allibert

Exploratrice de la langue française. Elle embarque petits et grands dans des activités ludiques et créatives autour de l'apprentissage du français, tout en améliorant la relation parents-enfants.

> Son site : http://www.unehistoiredeninjasetdesamourais.com - "Apprendre le français avec la souplesse du ninja et la rigueur du samouraï !"

> Retrouvez-la également dans ses podcasts : « Le français comme j’aime » 

> Vous pouvez aussi rejoindre son groupe de parents sur Facebook  « Le français à la maison »pour échanger autour des difficultés d’apprentissage du français pour nos enfants.
 
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NOUVEAU : Catherine vient de sortir un roman jeunesse "La fille de l'empereur" , le premier tome d'une série intitulée... "Une histoire de ninjas et de samouraïs", bien évidemment !
 
 
 
 

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