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Ma soeur ou ma meilleure amie d’expatriation


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Le jour où le DRH nous a dit que nous partions avec notre petite valise voir si les affaires étaient plus florissantes de l’autre côté du globe, on a découvert, stupéfaite, que dans notre ADN, il y avait le goût du voyage et le goût des autres. Dans notre vie d’avant, nous mijotions en cercles amicaux concentriques à géométrie variable, certes, mais pas vraiment Woodstock non plus.

Nous sommes arrivées avec un petit air SOS amitié au coin des yeux, genre gueule d’épagneul sous tranxène en se disant que ça allait être chaud bouillant de se faire copain/copine avec les filles de la sortie d’école/du bureau d’à côté/de la résidence/du cocktail de Mr l’ambassadeur. En fait, des copines on s’en fait assez vite. Pensez bien, entre paumées primo arrivantes comme nous et celles déjà installées dans la place, ça fait des wagons.

On sait aussi de nos errances géographiques et amicales, souvent tanniques en Erasmus qu’il ne faut pas se fier aux apparences.

Comme dit Lili, les copines c’est bien la vraie amie en expatriation, ça c’est vital. A la question : « C’est quoi une vraie amie ? » Lili, qui a un poste et les finances qui vont avec, à gros potentiel comme on dit dans les milieux autorisés, (soit une vie inversement proportionnelle de la mienne à l’époque de notre rencontre en Inde) a répondu : « L’amitié est une douce responsabilité, jamais une opportunité. » Ceux qui me liront me comprendront : Lili est top. Et depuis seize ans, avec Lili, on a toujours vingt ans, bon, oui, un peu plus. Avec l’aide de Skype et de Steve Jobs, nos nuits et nos jours confondus, les fuseaux horaires emmêlés on continue de refaire le monde. Une rencontre au sommet sur fond d’expatriation.

Oui, trouver une amie en expatriation, une qui deviendra LA parmi LES meilleures amies, une qui n’a pas de DLC, date limite de consommation -en expatriation : date de départ-, une avec qui on tisse des liens indéfectibles, à la limite de la sororité, c’est un élixir.

Et l’expatriation favorise des rencontres improbables, inattendues, des sur qui la vie normale n’aurait pas misé une roupie. Comme Anne-Sophie qui a le classicisme de son prénom et qui est tombée en amour amical de Yolanda :
Sur cette base vie, je me suis fait deux amies à la vie à la mort : Habiba, musulmane, voilée, artiste peintre, et Yolanda. Yolanda, comment dire, elle a un look improbable, plus Audigier que Chanel. Comme dirait mon mari quand je la lui ai présentée : « ah....oui....quand même !?!? » Elle finit toutes ses phrases pas putaing, est blonde sans l’aide du Bon Dieu, c’est elle qui le dit, trouve qu’elle a une classe internationale, ce à quoi je réponds, qu’internationale, ça fait un peu beaucoup, n’a pas été aimée à la hauteur de sa valeur, n’a pas été instruite non plus à la hauteur de ses capacités mais elle a une intelligence de vie avec master générosité et doctorat de cœur. Quand je les ai rencontrées, elles ont bousculé tous les dossiers bien rangés dans ma tête de petite fille de bonne famille. Nos débats sont toujours respectueux bien que nous ne soyons pas toujours d’accord. Des amitiés rares parce que non convenues.

Différence d’univers, différence d’âge, différence de culture, en expatriation, l’amitié devient aussi une arme d’intégration massive. A l’image de Frédérique qui est devenue une sœur de cœur de son guide de haute montagne« Je faisais des treks en montagne au Chili, un peu pour tromper mon ennui d’expat perdue et sans enfant. Alicia a déboulé dans ma vie et m’a ouverte la sienne. Celle de sa famille, celle des guides, la culture de son pays, ses amis étudiants. La roue a tourné et quand j’ai eu besoin de prendre du recul, elle m’a dit vient. L’amitié, la vraie c’est aussi facile que ça. On a des vies et une culture complètement différentes mais on se comprend sur l’essentiel. En France tous me disaient ‘fais ci, pas ça’, là juste une écoute bienveillante, le temps de la respiration.

Et puis on peut bien être à Pétaouchnokvograd, et trouver une Lynette tout comme nous, débordée par ses enfants ingérables, se refaire le Wisteria Lane des deseperate expat wife, une next door friend, une madame tout le monde en très très sympa qui dix ans plus tard et quatre expatriations plus loin reste toujours votre meilleure amie. Celle que l’on retrouve tous les ans, avec nos 5 kilos supplémentaires sous le bras, celle avec qui on a envie d’être toute cellulite dehors sur une plage, le cerveau ballant, et dont l’amitié subtile n’a rien d’étouffant.
Elle a partagé le meilleur et le pire de votre expatriation, avec elle vous vous souvenez du jour où elle vous a retrouvé le nez dans le torchon un jour de cœur à marée basse et qui vous a prise sur son giron en disant : « Dis donc toi, tes cheveux ils sentent pas un peu le PMU ? » et qui d’un coup vous a fait rire...Avec elle on ne refait pas le monde, c’est juste un moment de plénitude zénithale, avec elle vous pouvez faire un travelling arrière sur votre vie, votre œuvre en expatriation.

Paquita

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